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Après la légalisation des avant-postes, pluie de condamnations internationales

L'UE, Washington, l'ONU et les nations arabes dénoncent la décision du cabinet d'approuver neuf communautés construites illégalement, dont beaucoup sur des terres palestiniennes

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des résidents d’implantations dansant en célébrant l'établissement de l'avant-poste illégal de Gofna, avant qu'il ne soit évacué et démoli par la police des frontières et l'Administration civile, le 12 février 2023. (Autorisation)
Des résidents d’implantations dansant en célébrant l'établissement de l'avant-poste illégal de Gofna, avant qu'il ne soit évacué et démoli par la police des frontières et l'Administration civile, le 12 février 2023. (Autorisation)

Un flot de condamnations internationales a commencé à affluer lundi après qu’Israël a annoncé que son cabinet avait approuvé la légalisation de neuf avant-postes illégaux au cœur de la Cisjordanie, en réponse à une série d’attentats terroristes à Jérusalem.

Les critiques sont venues des États-Unis, de l’Union européenne et d’une grande partie du monde arabe, y compris de pays qui ont des relations diplomatiques avec Israël.

L’Arabie saoudite, un pays qui n’a pas de relations avec Jérusalem mais qui est très convoité par le nouveau gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a été parmi ceux qui ont fustigé Israël au sujet de la légalisation des avant-postes.

S’exprimant lors d’une conférence de presse aux côtés du chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a dénoncé cette décision comme « un acte manifestement illégal qui ne fera qu’attiser les tensions et compliquer la situation ».

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a également publié une déclaration distincte condamnant l’annonce israélienne, qui comprenait également le feu vert à des plans pour le projet de construction de 10 000 nouveaux logements dans des avant-postes illégaux en Cisjordanie.

« C’est, malheureusement, une tendance depuis des années maintenant », a déclaré Borrell de l’UE dans des remarques après Farhan, condamnant de la même manière la décision du cabinet.

« Nous pensons qu’il est nécessaire pour nous tous, et pour les principaux partenaires internationaux, d’explorer les moyens de relancer et de sauvegarder la perspective de la solution à deux États et de parvenir à une paix juste, globale et durable en s’appuyant sur l’initiative de paix arabe, les résolutions des Nations unies et les paramètres de paix internationaux établis. »

Les États-Unis ont été l’un des premiers pays à émettre une condamnation, un responsable anonyme de l’administration ayant exprimé dimanche sa « profonde préoccupation », tout en précisant que Washington cherchait à obtenir davantage d’informations sur la question.

Lundi, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a publié une rare condamnation en son nom propre, dénonçant à la fois la légalisation des avant-postes et les plans d’expansion des implantations.

« Comme les administrations précédentes, démocrates et républicaines, nous nous opposons fermement à de telles mesures unilatérales, qui exacerbent les tensions et sapent les perspectives d’une solution négociée à deux États », a déclaré Blinken.

« Comme je l’ai déjà dit, tout ce qui nous éloigne de la vision de deux États pour deux peuples est préjudiciable à la sécurité à long-terme d’Israël, à son identité en tant qu’État juif et démocratique, et à notre vision de mesures égales de sécurité, de liberté, de prospérité et de dignité pour les Israéliens et les Palestiniens », a-t-il poursuivi. « Nous appelons toutes les parties à éviter toute action supplémentaire susceptible d’aggraver les tensions dans la région et à prendre des mesures pratiques susceptibles d’améliorer le bien-être du peuple palestinien. »

Répondant spécifiquement à la condamnation des États-Unis, un haut fonctionnaire du gouvernement, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré que le gouvernement n’était pas surpris.

« Nous avons des divergences d’opinion sur cette question depuis des dizaines d’années », a déclaré le fonctionnaire, soulignant que les avant-postes illégaux réglementés ne sont pas nouveaux et que certains d’entre eux existent depuis plusieurs décennies.

« Ces désaccords n’ont pas porté et ne porteront pas atteinte à la solide alliance entre Israël et les États-Unis », a-t-il ajouté.

Un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré que Berlin était « extrêmement préoccupé » par cette annonce, mettant en garde contre sa mise en œuvre et affirmant que cette décision conduirait à une « intensification des tensions ».

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, montant dans l’avion pour quitter Israël, le 31 janvier 2023. (Crédit : Département d’État/ Twitter)

Un porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré que le chef de l’ONU était « profondément préoccupé » et a averti que « si ces mesures sont mises en œuvre, elles saperont davantage les perspectives d’une solution viable à deux États ».

« Il réitère que toutes les implantations sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle substantiel à la paix », a déclaré le porte-parole de Guterres.

Dans sa propre condamnation, le ministère égyptien des Affaires étrangères a déclaré que « la seule façon de calmer la situation est de mettre fin à ces pratiques qui violent les lois internationales ».

Le ministère turc des Affaires étrangères s’est fait l’écho de ce sentiment et a également souligné « l’évolution extrêmement préoccupante de la situation et l’augmentation du nombre de victimes civiles en Cisjordanie », qui ont entravé les efforts de paix.

Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a dénoncé la légalisation des avant-postes comme une « violation flagrante du droit international qui va alimenter la tension et la violence croissantes ». « Nous condamnons cette décision et toutes les autres mesures illégales qui sapent la solution des deux États et les perspectives d’une paix juste. »

Dans une déclaration commune, Washington, Berlin, Paris, Rome et Londres se sont dits « fermement » opposés mardi à la décision d’Israël de légaliser neuf avant-postes, qui ne fait « qu’accroître les tensions entre Israéliens et Palestiniens ».

« Nous nous opposons fermement à ces actions unilatérales qui ne font qu’accroître les tensions entre Israéliens et Palestiniens et qui nuisent aux efforts visant à parvenir à la solution négociée des deux États », ont écrit les chefs de la diplomatie des cinq pays,

« Profondément préoccupés » par l’annonce d’Israël, les Etats-Unis et les quatre pays européens rappellent dans leur communiqué qu' »une paix globale, juste et durable au Proche-Orient doit être obtenue par des négociations directes entre les parties ».
« Nous continuons de suivre de près les évolutions de la situation sur le terrain portant atteinte à la viabilité de la solution des deux États et à la stabilité de la région dans son ensemble », écrivent-ils encore.

Le Maroc, le Bahreïn et les Émirats arabes unis, pays signataires des Accords d’Abraham, n’ont pas encore publié leurs propres condamnations.

L’avant-poste de Sde Boaz, en Cisjordanie, le 11 octobre 2022. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Dimanche, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne (AP), Mohammed Shtayyeh, a dénoncé ces approbations comme « une recette pour l’escalade, dont les conséquences dangereuses pour la région et le monde ne peuvent être évitées, car elles menacent l’existence [même] des Palestiniens ».

Shtayyeh a appelé les Nations unies et les États-Unis à intervenir, en notant que les approbations du cabinet israélien mettront à l’épreuve le sérieux de l’administration Biden, dont les hauts responsables se sont rendus sur place le mois dernier et se sont engagés à s’opposer à de telles mesures unilatérales de la part d’Israël.

Les avant-postes qu’Israël prévoit de légaliser sont Avigayil, Beit Hogla, Givat Harel, Givat Arnon, Mitzpe Yehuda, Malachei Hashalom, Asahel, Sde Boaz et Shacharit.

Pour légaliser les avant-postes, le gouvernement devra prouver qu’ils ont été établis sur ce qu’Israël considère comme des terres publiques. Cela risque d’être difficile, étant donné que nombre d’entre eux, dont la quasi-totalité de Sde Boaz et Givat Harel, ont été construits sur des terres palestiniennes privées.

La Haute Cour de justice s’opposera probablement à ces légalisations et le processus prendra probablement des mois, voire des années. Cependant, le nouveau gouvernement de droite radicale avance simultanément une série de projets de loi litigieux qui limiteraient considérablement la capacité du pouvoir judiciaire à annuler de telles décisions du cabinet. C’est en partie la raison pour laquelle les dirigeants des résidents d’implantations sont parmi les plus ardents défenseurs des plans de refonte du système judiciaire.

L’un des avant-postes, Givat Arnon, est situé sur un terrain désigné comme zone de tir de Tsahal dans le nord de la Cisjordanie, illustrant l’inégalité de traitement entre constructions israéliennes et palestiniennes non autorisées. En effet, l’État israélien a décidé de démolir plusieurs villages palestiniens situés dans une zone connue sous le nom de Masafer Yatta, également désignée comme zone de tir de l’armée.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, présidant la réunion hebdomadaire du cabinet, et Itamar Ben Gvir, à droite, à Jérusalem, le 12 février 2023. (Crédit : Amit Shabi/Pool)

Netanyahu a par ailleurs déclaré que ses ministres avaient accepté que l’organe du ministère de la Défense chargé d’autoriser la construction d’implantations se réunisse dans les tout prochains jours, afin de lancer la procédure destinée à construire de nouveaux logements israéliens en Cisjordanie.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui vit lui-même dans une implantation, a déclaré dans un communiqué que le projet de construction de 10 000 nouveaux logements serait bientôt mis en œuvre, ce qui en fera le plus grand projet de l’Administration civile du ministère de la Défense depuis des années. Cette décision est conforme à la profession de foi de la coalition radicale, à savoir que « le peuple juif a un droit exclusif et inaliénable sur toutes les parties de la Terre d’Israël », Cisjordanie comprise.

Alors que la communauté internationale considère toutes les implantations comme illégales, Israël fait le distinguo entre les logements construits dans des implantations autorisées par le ministère de la Défense sur des terres appartenant à l’État, et les avant-postes illégaux construits sans permis, souvent sur des terres palestiniennes privées.

Cependant, des avant-postes sont parfois établis avec l’approbation tacite de l’État, et les gouvernements successifs ont tenté de légaliser quelques- unes des communautés non reconnues, dont le nombre s’établirait à une centaine.

L’AFP a contribué à cet article.

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