Après son succès électoral, Erdogan intransigeant contre les rebelles kurdes et ses rivaux
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Après son succès électoral, Erdogan intransigeant contre les rebelles kurdes et ses rivaux

La victoire électorale de M. Erdogan a ravivé les inquiétudes de ses détracteurs, qui craignent qu'il ne profite de sa nouvelle légitimité pour renforcer sa mainmise sur la Turquie

Recep Tayyip Erdogan (Crédit : AFP/Adem Altan)
Recep Tayyip Erdogan (Crédit : AFP/Adem Altan)

Le président Recep Tayyip Erdogan a confirmé sa ligne intransigeante après sa victoire électorale en poursuivant ses opérations contre les rebelles kurdes et la répression de ses adversaires, quitte à conforter dans leurs inquiétudes ceux qui craignent un nouveau tour de vis autoritaire.

Deux jours à peine après le scrutin, l’état-major de l’armée a annoncé mardi que ses avions avaient procédé la veille à une série de frappes contre des objectifs du Parti des travailleurs des Kurdistan (PKK), aussi bien dans la province frontalière turque d’Hakkari (sud-est) que dans les montagnes du nord de l’Irak.

« Les caches et les emplacements d’armes de l’organisation terroriste (…) ont été anéantis », a proclamé le commandement militaire sur son site internet.

Trois militants kurdes sont en outre morts mardi dans des affrontements avec les forces de l’ordre dans les provinces d’Hakkari et de Diyarbakir, dans le sud-est, a-t-on appris auprès des services de sécurité et du gouverneur.

La justice turque a par ailleurs écroué mardi deux journalistes du magazine d’opposition Nokta, inculpés de « tentative de coup d’Etat » pour leurs propos sur les conséquences de la victoire électorale du parti islamo-conservateur de M. Erdogan.

« Le début de la guerre civile en Turquie », avait titré lundi Nokta en une.

Dimanche soir, le Parti de la justice et du développement (AKP) a remporté les législatives anticipées avec 49,4 % des suffrages, près de 10 % de plus qu’aux élections du 7 juin, et retrouvé la majorité absolue qu’il avait perdue cinq mois auparavant.

Ce triomphe a été largement interprété comme l’expression d’un désir de stabilité des électeurs turcs. La Turquie est confrontée depuis l’été à la reprise des affrontements meurtriers entre le PKK et les forces de sécurité turques et à la violence djihadiste, avec notamment l’attentat qui a fait 102 morts le 10 octobre à Ankara.

‘Enterrer les armes’

Le vice-Premier ministre Yalçin Akdogan s’est expliqué mardi sur la fermeté de son gouvernement contre la rébellion kurde. « Tant qu’il y aura la terreur, le gouvernement combattra la terreur (…) les citoyens ont montré ce qu’ils pensaient de l’organisation (PKK) », a-t-il déclaré sur la chaîne d’informations télévisées NTV.

Erdogan et son Premier ministre Ahmet Davutoglu avaient fait campagne ces dernières semaines en se posant en garants de la stabilité et de l’unité de la Turquie.

M. Akdogan a répété mardi que les discussions de paix avec les rebelles kurdes, suspendues l’été dernier ne pourraient reprendre que s’ils acceptaient d' »enterrer les armes ». « Après ça seulement on pourra passer à autres choses », a-t-il dit.

Dans une déclaration relayée mardi par l’agence de presse kurde Firatnews, le PKK a qualifié la victoire de l’AKP de « coup d’Etat politique ». « Le nouveau gouvernement a un programme politique comportant une seule mesure : la guerre », a-t-il déploré.

« Faute d’institutions capables de faire respecter l’équilibre des pouvoirs dans un régime fort, il est normal de s’inquiéter d’un éventuel renforcement des pratiques autoritaires en Turquie », a jugé l’analyste Kemal Kirisci, de la Brookings Institution.

Dans une déclaration d’une rare fermeté, la Maison Blanche s’est ainsi émue lundi soir des « pressions » et des « intimidations » visant les médias turcs.

‘Pas de pressions’

Sur la même ligne, les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont déploré les nombreuses « interventions dans l’autonomie éditoriale » de la presse de la part du pouvoir.

M. Akdogan a vigoureusement riposté mardi. « Il n’y a pas de pressions sur les médias », a-t-il affirmé, « personne n’est obligé de se taire dans ce pays ».

Mais ce fidèle du président a aussitôt défendu les nombreuses procédures judiciaires visant les journalistes. « Il ne peut y avoir de bouclier protégeant les médias, vous ne pouvez pas proférer des insultes », a réaffirmé M. Akdogan.

La semaine dernière, la police avait investi le siège de deux chaînes de télévision proches de l’imam Fethullah Gülen, l’ennemi-juré du président Erdogan, pour faire exécuter de force un ordre de mise sous tutelle judiciaire. Ce raid, effectué en direct devant les caméras, a suscité une avalanche de protestations.

Mardi à l’aube, la police turque a par ailleurs procédé à un nouveau coup de filet contre l’organisation de M. Gülen, que le chef de l’Etat accuse de tentative de coup d’Etat, en interpellant une quarantaine de ses partisans présumés à Izmir (ouest) et dans une vingtaine d’autres villes.

Seul maître de la Turquie depuis 2003, M. Erdogan est de plus en plus contesté pour ses pratiques jugées autoritaires, aussi bien en Turquie qu’à l’étranger.

« La leçon des deux élections (de juin et novembre) est claire », a mis en garde l’analyste Sinan Ülgen, du Centre d’études sur l’économie et la politique étrangère (Edam) d’Istanbul, « les Turcs veulent un gouvernement fort et stable, mais pas un (gouvernement) qui en fait voir de toutes les couleurs à ses adversaires ».

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