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Après un exil, un camp d’été juif revient en Ukraine… avec un abri antiatomique

Le camp d'été, fondé il y a 31 ans et transféré en Roumanie l'an dernier suite à l'invasion russe, se déroule à Chernivtsi, et offre un répit à la guerre à plus de 120 enfants

Les campeurs de Ramah Ukraine se saluent pour la première session du camp dans le pays depuis l'invasion de la Russie (Crédit : Midreshet Schechter/JTA)
Les campeurs de Ramah Ukraine se saluent pour la première session du camp dans le pays depuis l'invasion de la Russie (Crédit : Midreshet Schechter/JTA)

JTA – Ramah Yachad, un camp d’été juif ukrainien, a célébré son 30e anniversaire en exil l’année dernière, après avoir été transféré en Roumanie suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février.

Cette année, le camp retourne dans la région de Chernivtsi, dans l’ouest de l’Ukraine, où il a toujours eu lieu, une décision qui est à la fois pragmatique et symbolique, selon les responsables du camp.

« Au début de la guerre, nous avions tellement peur de le faire, même dans les zones plus sûres en Ukraine », a déclaré la femme rabbin Irina Gritsevskaya, directrice du camp, à la Jewish Telegraphic Agency. « Cette année, nous avons décidé de revenir parce que beaucoup d’enfants ne pouvaient pas quitter l’Ukraine. Pas tous les enfants ont un passeport ».

Ce retour en terre ukrainienne a également renforcé l’esprit de mission du camp, comme l’explique l’accompagnatrice Lena Grebelnaya.

« Cette année est encore plus spéciale parce que nous sommes à nouveau en Ukraine avec les enfants », a déclaré Lena Grebelnaya à la JTA. « La situation présente quelques difficultés en raison des alarmes [de raids aériens], mais à part cela, nous essayons de faire en sorte que cette période soit joyeuse pour les enfants. Il est important de leur montrer que la vie peut encore être source de joie ».

Daniel Prichodko, 16 ans, figure parmi les jeunes qui sont venus à Ramah Yachad. Avant la guerre, il voyait ses amis tous les jours à l’école juive de Kharkiv. Mais sa ville, située à environ 40 km de la frontière russe, a subi des bombardements brutaux et incessants. Depuis le début de la guerre, beaucoup de ses amis ont quitté Kharkiv, sa famille est confrontée à une crise économique et ses cours n’ont lieu que sur Zoom.

La femme rabbin Irina Gritsevskaya appose une mezuzah sur un bâtiment à Ramah Yachad en Ukraine au début de la session 2023. (Crédit : Midreshet Schechter/JTA)

Le 28 juillet, il a rejoint 122 autres enfants âgés de 8 à 17 ans à Ramah Yachad, qui est géré par le mouvement Masorti en Ukraine. Là, les enfants qui ont été privés des joies de l’enfance en raison de la guerre passeront 12 jours à jouer, à étudier et à célébrer ensemble les traditions juives.

Leurs journées commencent par un boker tov (ou « bonjour » en hébreu) accompagné de chants et de danses, suivi des prières du matin, puis de la peoulah (activité d’apprentissage) et de chougim (activités récréatives telles que des cours d’art, de sport, de cuisine et de danse).

Prichodko explique que lorsqu’il s’est retrouvé entouré de camarades de classe et d’enseignants juifs, il a eu l’impression d’être « à la maison ».

« Depuis que je fréquente une école juive, avant-guerre, nous avions les prières du matin, les fêtes, les cours d’hébreu », explique-t-il. « Depuis le début de la guerre, les cours se font en ligne. Les célébrations sont plus difficiles, voire impossibles. Le niveau d’éducation n’est pas le même ».

Inévitablement, il y a aussi des changements à Ramah Yachad cette année. Bien que le camp soit situé près de Tchernivtsi, une ville épargnée par les missiles qui ratissent les régions de l’est, du centre et du sud de l’Ukraine, le camp est prêt en cas de sirènes de raids aériens.

Des campeurs et une accompagnatrice de Ramah Yachad posent avec leurs T-shirts 2023, représentant les contours de l’Ukraine pour la première session du camp dans le pays depuis l’invasion de la Russie en 2022. (Crédit : Midreshet Schechter/JTA)

« Nous avons préparé un abri pour y emmener tous les enfants », a déclaré Gritsevskaya. « Nous leur avons même préparé des surprises. Nous avons acheté des friandises pour que chaque enfant en reçoivent une en entrant ».

Un psychologue travaille également en permanence avec les jeunes, qui sont aux prises avec la peur et le stress.

Les 18 derniers mois ont changé tous les aspects de la vie des enfants ukrainiens. Outre les pertes, la violence et les peurs provoquées par la guerre, nombre d’entre eux ont été affectés par les conséquences économiques désastreuses de la guerre.

La proportion d’enfants vivant dans la pauvreté a presque doublé, passant de 43 % à 82 %. Nombre d’entre eux font partie des 5,9 millions de personnes déplacées en Ukraine, selon l’UNICEF. Les bombardements et les frappes aériennes ont perturbé leur accès à l’électricité, à l’eau et aux services de santé de base. Leur éducation a également souffert, s’ajoutant à deux années de scolarité interrompues par la pandémie de COVID et à plus de huit années de troubles pour les enfants de l’est de l’Ukraine.

Ces menaces généralisées à leur bien-être ont culminé en une crise de santé mentale. L’UNICEF estime que 1,5 million d’enfants ukrainiens risquent de souffrir de dépression, d’anxiété, de stress post-traumatique et d’autres problèmes psychologiques.

« La guerre m’a complètement changée », a déclaré Hannah Prizcher, une jeune participante au camp de Ramah Yachad âgée de 15 ans et originaire de Kiev. « Je crains les bruits forts et parfois j’ai peur d’être en extérieur. Au milieu de la guerre, j’ai décidé de prier tous les matins et d’allumer les bougies de Shabbat. »

Plus de 100 campeurs se retrouvent pour la session 2023 du camp ukrainien de Ramah Yachad, après une année d’interruption due à la guerre (Crédit : Midreshet Schechter/JTA)

C’est la première année de Prizcher au camp, et elle s’est déjà fait de nouveaux amis.

« J’aime les séances de danse à Ramah Yachad, les activités et le laila tov [‘bonne nuit’], avec lequel toutes les journées se terminent en groupe », dit-elle.

Le trajet vers le camp n’a pas été simple pour tout le monde. Certains enfants, comme Prichodko, ont fait le voyage depuis des zones dangereuses comme Kharkiv. Faute de pouvoir prendre l’avion, le voyage en train depuis Kharkiv peut prendre jusqu’à deux jours.

Mais l’instabilité qui règne dans leur pays n’a pas découragé les participants. En effet, alors qu’il n’avait accueilli que 80 participants en Roumanie l’année dernière, Ramah Yachad a vu la demande augmenter cet été et a atteint sa capacité habituelle une semaine seulement après l’ouverture des inscriptions. Depuis toujours, les participants bénéficient d’un soutien financier plus ou moins important ; en temps normal, la plupart des familles arrivent à couvrir environ 25 % des frais de participation, explique Gritsevskaya, mais depuis que la guerre a éclaté, ils dépendent presque entièrement de subventions sous la forme de dons.

« Nous avons une longue liste d’attente », a déclaré Gritsevskaya.

En tant que directrice de Midreshet Schechter, une initiative des instituts Schechter de Jérusalem, elle a effectué plusieurs visites en Ukraine depuis le début de la guerre afin de soutenir la pratique et la connaissance du judaïsme.

« Dans les moments difficiles, les gens se rendent compte à quel point il leur est important de se réunir », ajoute-t-elle. « Pour nombre de ces enfants, ces deux semaines leur permettent vraiment de souffler. »

Victoria Maksymovich, conseillère de première année, est accompagnée de son fils, pour qui c’est la deuxième année qu’il participe au camp. « Nous sommes venus pour ne pas penser à la guerre », dit-elle. « Mon fils est vraiment heureux ici. »

Les campeurs de Ramah Ukraine se saluent pour la première session du camp dans le pays depuis l’invasion de la Russie (Crédit : Midreshet Schechter/JTA)

À l’instar des autres camps du réseau Ramah, Ramah Yachad vise à transmettre aux enfants leur sentiment d’appartenance à une communauté juive mondiale, explique Gritsevskaya. Nombre des activités sont conçues pour favoriser les liens et l’identification avec Israël, notamment des cours d’hébreu, sur la société israélienne et sur l’armée israélienne, dont certains sont dispensés par une équipe israélienne. (L’année dernière, 15 213 réfugiés ukrainiens sont arrivés en Israël, ainsi que 43 685 Russes, d’après l’Agence juive). Midreshet Schechter sponsorise ce programme sioniste en partenariat avec Masorti Olami, qui représente les communautés juives conservatrices du monde entier.

« Pour moi, il est essentiel que les enfants se souviennent que nous formons une seule famille juive et que nous ne les laisserons jamais tomber », souligne Mme Gritsevskaya. « Il est important qu’ils connaissent la joie liée aux rituels juifs tels que celui du Shabbat, ou les prières du matin (Shacharit), et qu’ils se sentent protégés par ceux-ci tout au long de l’année – psychologiquement, et pas seulement physiquement – même si, là où ils vivent, il est difficile pour eux à l’heure actuelle d’être juifs. »

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