Aryeh Deri : Le gouvernement doit assumer le contrôle total du mont Meron
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Aryeh Deri : Le gouvernement doit assumer le contrôle total du mont Meron

Le chef du Shas a été très critiqué pour s'être vanté de ne pas avoir fait appliquer les consignes sanitaires, exigées par des responsables de la Santé

Le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri à la Knesset, le 3 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri à la Knesset, le 3 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

« J’ai gardé le silence pendant plusieurs jours jusqu’à la fin des funérailles. Cette terrible tragédie est un décret du ciel, mais cela ne nous dispense pas d’un examen et d’une enquête approfondie pour s’assurer qu’aucune autre tragédie de ce genre ne se produise, » a déclaré lundi lors de la cérémonie de commémoration en hommage aux 45 victimes à la Knesset, le ministre de l’Intérieur et chef du Shas, Aryeh Deri.

« Il est temps de s’attaquer à la racine [du problème], de prendre ses responsabilités, d’offrir un financement important et de construire des infrastructures sur le site, comme il se doit pour un lieu saint », a déclaré Deri.

Deri, qui est à la tête du parti ultra-orthodoxe Shas, a rejeté les critiques après qu’il eut fait pression pour que le pèlerinage de Lag BaOmer puisse avoir lieu sans faire appliquer les restrictions du COVID-19 – comme des responsables de la Santé l’avaient demandé. Il a indiqué que les discussions qui ont précédé l’événement portaient sur les risques sanitaires du rassemblement, qu’il a rejetés, plutôt que sur la surpopulation générale.

Jeudi, quelques heures avant la catastrophe, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri s’était même vanté à la station de radio haredi Kol Hai d’avoir réussi à empêcher les fonctionnaires du ministère de la Santé de limiter le nombre de participants par crainte du coronavirus. Deri a déploré que l’échelon professionnel du ministère n’ait pas compris que les participants seraient protégés par l’influence spirituelle de Rabbi Shimon Bar Yochaï, le sage du deuxième siècle commémoré lors des festivités de Meron.

« Les agents du gouvernement ne comprennent pas », a-t-il dit. « C’est un jour saint, et le plus grand rassemblement de Juifs [chaque année]. » Les mauvaises choses, a-t-il suggéré, n’arrivent pas aux Juifs en pèlerinage religieux : « On devrait faire confiance à Rabbi Shimon dans les moments de détresse. »

Alors même qu’il se vantait de son pouvoir politique et de celui de la communauté haredi, il a ensuite déployé, instinctivement, la rhétorique de la victimisation. Il a exhorté ses auditeurs à « prier pour le monde de la Torah et pour le judaïsme, qui sont en danger. Ils sont en grand danger ».

La session parlementaire avait débuté par une minute de silence pour les victimes de la catastrophe la plus meurtrière d’Israël en temps de paix.

« Nous pleurons tous ce terrible événement », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rend visite à un blessé de la bousculade du mont Méron, à l’hôpital Rambam de Haïfa, le 2 mai 2021. (Autorisation)

Le Premier ministre s’est dit ému par sa visite à l’hôpital auprès des blessés de la bousculade. Il a souligné que les Israéliens, Juifs et Arabes, ont fait preuve de « responsabilité mutuelle et d’un grand cœur » dans leur réaction à cette tragédie.

« Les familles ne sont pas seules et c’est la chose la plus importante », a-t-il déclaré, en promettant que le gouvernement les aidera.

Netanyahu a annoncé que l’incident serait examiné sous tous les angles, sans préciser s’il s’agirait d’une commission d’enquête nationale.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a suggéré que cette tragédie soulignait les dangers de l’autonomie des ultra-orthodoxes au sein de la société israélienne.

« Il est de notre devoir de transformer cette tragédie nationale en un changement », a déclaré Gantz. « L’État d’Israël ne peut pas se permettre de se fragmenter en autonomies dans lesquelles les gens font ce qui leur plaît. »

Il a ajouté qu’en Israël, « il existe une seule loi pour tous et chacun a le droit de pratiquer sa foi et ses traditions sous les auspices de l’État. »

« Par conséquent, en ce moment, nous n’avons pas besoin de critiques, mais plutôt de tirer des conclusions. Pas d’auto-flagellation, mais une étreinte nationale et personnelle tout en regardant vers l’avenir. »

A LIRE : Après le drame de Meron, les Haredim s’interrogent sur le prix de leur autonomie

Les Israéliens haredi font à la fois partie de la société israélienne au sens large et en sont séparés. Représentant jusqu’à 12 % de la population israélienne, la communauté n’est pas uniforme ; les différentes communautés et sous-cultures interagissent de manière très différente avec l’État et les autres sous-groupes. Bien que l’“autonomie”, comme les Israéliens appellent souvent ce phénomène, n’englobe pas tous les Haredim, elle englobe suffisamment la communauté pour constituer – comme le pensent désormais un nombre croissant de Haredim – un problème sérieux.

Cette autonomie se manifeste par des études sur l’économie monétaire d’Israël qui révèlent une évasion fiscale massive au sein de la communauté haredi, par des affrontements réguliers avec la police dans certains quartiers de Mea Shearim, de Beit Shemesh et d’autres endroits, par le refus de participer au service national, par des réseaux d’écoles qui refusent d’enseigner le programme de base dispensé dans les écoles non haredi et, plus récemment, par le refus de nombreuses communautés hassidiques, au cours de l’année écoulée, d’obéir aux mesures de confinement adoptées pour faire face à la pandémie.

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