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Aryeh Deri : « Si les juges m’empêchent d’être ministre, nous les contournerons »

Le chef du parti Shas - condamné pour infractions fiscales - promet qu'une coalition dirigée par Netanyahu, adoptera une loi permettant d'annuler des décisions de la Haute Cour

Aryeh Deri, chef du parti Shas, lors d'une conférence Kikar HaShabbat à l'hôtel Waldorf Astoria, à Jérusalem, le 12 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Aryeh Deri, chef du parti Shas, lors d'une conférence Kikar HaShabbat à l'hôtel Waldorf Astoria, à Jérusalem, le 12 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Aryeh Deri, chef du parti Shas, a promis samedi qu’un gouvernement dirigé par le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu adopterait un projet de loi permettant d’annuler des décisions de la Haute Cour, et a déclaré qu’il assurerait l’adoption d’une loi lui permettant de devenir ministre, malgré ses condamnations pénales, si les juges devaient se prononcer contre.

S’exprimant dans le cadre d’une émission diffusée sur la Douzième chaîne, Deri a déclaré que la loi israélienne lui permettait d’occuper un poste de ministre, tout en menaçant d’adopter une loi de la Knesset pour annuler toute décision de la Haute Cour de justice visant à l’en empêcher.

« La loi israélienne dit que je peux servir en tant que ministre. La Haute Cour doit statuer conformément à la loi », a-t-il déclaré.

Dans le cadre d’un accord de plaidoyer conclu au début de l’année, Deri a admis avoir commis des infractions fiscales, a été condamné à 12 mois de prison avec sursis et a démissionné de la Knesset, évitant ainsi une désignation de turpitude morale qui l’aurait exclu de la Knesset pendant sept ans.

L’accord ne l’empêche donc pas de se représenter à la Knesset lors des prochaines élections législatives. Toutefois, selon la loi, même une condamnation avec sursis suffirait à interdire un candidat d’occuper un poste de ministre ou de vice-ministre, à moins que la commission centrale électorale ne l’y autorise.

L’actuel président de la commission centrale électorale est le juge de la Cour suprême Yitzhak Amit.

Shas fait partie du bloc religieux de droite dirigé par le leader de l’opposition et député en chef du Likud, Benjamin Netanyahu. Le bloc et ses partisans accusent depuis longtemps le système judiciaire israélien de suivre un programme de gauche et d’abuser de son autorité pour intervenir dans la législation de la Knesset.

Vue du bâtiment qui abrite la Cour suprême, à Jérusalem. (Crédit: Shmuel Bar-Am)

Aryeh Deri s’est dit confiant que le Likud de Netanyahu et ses alliés obtiendraient les 61 sièges nécessaires à la Knesset pour former une coalition après les élections législatives du 1er novembre, et a promis qu’un tel gouvernement prendrait des mesures pour limiter la capacité de la Haute Cour à rejeter les lois du Parlement.

« Si Aryeh Deri, Benjamin Netanyahu, [Bezalel] Smotrich et [Itamar] Ben Gvir forment le prochain gouvernement, il y aura une clause dérogatoire », a-t-il déclaré, faisant référence à une loi proposée depuis longtemps qui permettrait à la Knesset de passer outre les décisions de la Cour dans certaines conditions.

Le ministre de la Justice, Gideon Saar, a critiqué ces commentaires, avertissant qu’une future coalition sous Netanyahu aurait pour objectif de détruire le système judiciaire.

« Pour ceux qui en doutent encore, la réforme du système judiciaire n’est pas à l’ordre du jour [sous Netanyahu], il est plutôt question de sa destruction », a écrit sur Twitter Gideon Saar, ancien ministre du Likud devenu l’un des plus fervents critiques de son ancien patron.

« Aryeh Deri a adopté la méthode de Netanyahu : si la justice ne statue pas en votre faveur, terrorisez-la et démolissez-la au bulldozer », a réagi le parti Yesh Atid du Premier ministre Yair Lapid.

Abordant les différences idéologiques qu’il a avec son partenaire potentiel de coalition d’extrême droite Itamar Ben Gvir, Deri a été catégorique sur le fait qu’ils seraient capables de gérer leurs désaccords, et que ceux-ci étaient insignifiants par rapport aux désaccords qu’il a avec les partis de gauche et les partis centristes.

Le leader de l’opposition, le député Benjamin Netanyahu, discutant avec Aryeh Deri lors d’une session de la Knesset, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les intervieweurs ont noté que Ben Gvir, de l’alliance HaTzionout HaDatit-Otzman Yehudit, est fortement favorable aux visites juives sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, alors que le leader du parti Shas y est fermement opposé. Les dirigeants ultra-orthodoxes s’opposent généralement à ces pèlerinages, estimant que la sainteté du site interdit d’y mettre les pieds.

« Quand l’alternative est un gouvernement dirigé par Lapid avec le Meretz, Avoda et d’autres, responsables de ce qui a été fait l’année dernière pour nuire à l’identité juive de l’État… je le préfère, avec tout le respect que je lui dois », a déclaré Deri se référant à Ben Gvir.

La condamnation de Deri en 2021 était son deuxième accroc majeur à la loi, après une condamnation en 1999 pour corruption et abus de confiance pour des actions entreprises alors qu’il était ministre de l’Intérieur, qui a valu à Deri 22 mois de prison et une exclusion de la vie politique par la désignation de turpitude morale. Deri est revenu en politique et a été réélu, sur la liste Shas, en 2013.

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