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Assouplissement de la politique d’entrée des réfugiés ukrainiens en Israël

Le ministre de l'Intérieur Shaked annonce exempter les réfugiés -ayant des proches- du quota d'entrée, mais déclare qu'il n'est pas possible d'ouvrir les « portes à tout le monde »

Une Ukrainienne attend avec son bébé à l'aéroport international de Iasi en Roumanie pour embarquer sur un vol vers Israël, le 8 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
Une Ukrainienne attend avec son bébé à l'aéroport international de Iasi en Roumanie pour embarquer sur un vol vers Israël, le 8 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked a annoncé dimanche que les personnes qui fuient l’Ukraine et qui ont des parents en Israël ne seront pas concernées par le plafond de 25 000 réfugiés non éligibles de facto à la citoyenneté israélienne.

Cette décision a été prise suite à de nombreuses critiques de la politique du gouvernement au sujet de l’accueil des réfugiés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du gouvernement.

A ce jour, le nombre de réfugiés supplémentaires n’a pas été spécifié.

Le ministre des Affaires de la diaspora Nachman Shai, l’un des nombreux membres de la coalition au pouvoir qui ont protesté contre le plafond d’entrée, a qualifié la nouvelle politique de « trop ​​peu, trop tard ».

Shaked a déclaré la semaine dernière qu’Israël n’accorderait pas l’entrée à plus de 5 000 réfugiés ukrainiens – qui ne sont pas éligibles à l’immigration – et leur permettrait de rester temporairement en Israël, aux côtés des quelque 20 000 ressortissants ukrainiens qui se trouvaient d’ores et déjà dans le pays avant la guerre – la majorité d’entre eux séjournaient illégalement sur le territoire – et qu’ils ne seraient pas expulsés.

Plus tôt dimanche, les médias ont indiqué que le plafond d’entrée de 5 000 personnes avait déjà été dépassé. Selon les statistiques publiées dimanche matin par l’Autorité de la population et des frontières, 7 179 ressortissants ukrainiens sont arrivés en Israël depuis que la Russie a envahi l’Ukraine le 24 février, et 221 se sont vu refuser l’entrée. Les statistiques incluaient ceux qui immigrent et qui sont éligibles en vertu de la loi du retour, qui accorde la citoyenneté à toute personne ayant un grand-parent juif.

L’acceptation d’un plus grand nombre de réfugiés ukrainiens en Israël a été vivement débattue dans le pays et au sein du gouvernement au cours de la semaine dernière, alors que l’indignation s’est également accrue face au traitement réservé à ceux qui sont arrivés à l’aéroport, dont certains ont été bloqués pendant plusieurs heures.

En visite dimanche en Roumanie, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a déclaré qu’Israël avait le devoir moral d’accueillir un plus grand nombre de réfugiés ukrainiens, quel que soit leur statut, et a fustigé les procédures aéroportuaires. Israël a « l’obligation morale de participer à l’effort international pour aider les réfugiés d’Ukraine à trouver un foyer chaleureux et un lit pour dormir. Il est de notre devoir non seulement d’être de bons juifs, mais d’être de bonnes personnes », a-t-il déclaré.

« Ce qui est impardonnable et inacceptable, ce sont les erreurs qui ont été commises dans le traitement des réfugiés déjà arrivés en Israël », a-t-il ajouté. « Les scènes d’une vieille femme et de sa fille dormant par terre à l’aéroport Ben Gourion ne doivent pas se répéter. »

Le ministre des Finances Avigdor Liberman, lui-même immigré de l’ex-Union soviétique, a déclaré dimanche qu’Israël devait autoriser l’entrée de tous les réfugiés ukrainiens arrivant dans le pays. « Quand les canons se font entendre, nous devons accepter tous ceux qui fuient dont la vie est en danger », a-t-il déclaré au site d’information Walla. « Quand les tirs s’arrêteront, il faudra arrêter d’accepter des réfugiés, mais à l’heure actuelle, il y a danger de mort, des gens viennent de toutes sortes d’endroits où se livrent des combats… Il n’y a aucun danger qu’ils s’installent ici pour trouver un emploi », a-t-il ajouté. « Nous devons laisser entrer ceux qui arrivent. »

En annonçant la nouvelle politique, Shaked a déclaré dimanche qu’en « tant que peuple juif persécuté, nous comprenons ce que sont les réfugiés : nous ouvrons également nos cœurs et nos portes à ceux qui ne sont pas éligibles à la citoyenneté ».

Mais une telle démarche, a-t-elle dit, « doit être faite dans une mesure limitée. Nous ne pouvons pas ouvrir nos portes à tout le monde. Cela n’arrivera pas sous ma garde. »

Par conséquent, a-t-elle déclaré, « un plafond sera maintenu, mais – afin de maintenir l’accord de visa avec l’Ukraine – après avoir rencontré le procureur général adjoint ce matin, il a été décidé que les réfugiés ayant des proches en Israel, seraient exemptés du quota ».

Toute personne arrivant d’Ukraine qui a un parent vivant en Israël, qui signera un formulaire indiquant que le réfugié restera avec eux pendant un mois ou deux, sera exemptée du quota, a déclaré Shaked. Il n’a pas été clairement indiqué quel degré de parenté serait nécessaire pour être admissible, ni quelle preuve serait requise. La plupart des réfugiés ukrainiens arrivant en Israël auraient déjà de la famille ou des amis dans le pays.

L’annonce de Shaked est intervenue après qu’une requête a été déposée devant la Haute Cour ce week-end contre la politique antérieure du ministre de l’Intérieur. L’ambassade d’Ukraine en Israël a soutenu la pétition, qui affirme que le plafond d’entrée des réfugiés viole les accords internationaux entre Israël et l’Ukraine, ainsi que les conventions internationales auxquelles Israël a souscrit.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’est félicité de l’annonce de Shaked dimanche, déclarant que, si l’objectif principal d’Israël est d’aider les immigrants, « en même temps, le moment où nous nous trouvons nous oblige à tendre la main et à être un refuge, même temporaire, pour les personnes qui ont échappé à la guerre et ont des parents ici en Israël, qui peuvent être leur soutien en cette période difficile. »

Shaked tôt dimanche avait renchéri sa politique de limitation du nombre de réfugiés non éligibles à la citoyenneté autorisés à entrer dans le pays, affirmant qu’ « il est possible de faire quelque chose de populiste, mais je choisis de faire quelque chose de bien, même si ce n’est pas populaire ».

Elle a également réitéré l’affirmation selon laquelle Israël doit limiter le nombre de réfugiés ukrainiens non immigrés autorisés à entrer, afin de pouvoir absorber la vague attendue de nouveaux immigrants fuyant les combats. Jusqu’à présent, plus de 2 000 nouveaux immigrants ukrainiens sont arrivés en Israël et plus de 7 000 ont contacté l’Agence juive pour se renseigner sur les modalités pour immigrer en Israel.

Photo d’illustration. Des immigrants juifs fuyant la guerre en Ukraine arrivent à l’aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, le 6 mars 2022. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Le ministre des Affaires de la diaspora, Shai, a critiqué la mise à jour proposée par Shaked.

« Aucun autre pays n’a imposé de limites aux réfugiés. Ce cadre est toujours problématique, et nous restreignons à nouveau l’arrivée de réfugiés et faisons une distinction entre ceux qui ont de la famille en Israël et ceux qui n’en ont pas », a déclaré Shai.

Le ministre des Affaires de la diaspora, le Dr Nachman Shai à droite, accueille Rita Parjanskaya, âgée de 84 ans, dans une zone d’accueil des réfugiés à Korczowa, en Pologne, juste de l’autre côté de la frontière ukraino-polonaise, le 8 mars 2022. (Crédit : Cabinet du ministre des Affaires de la diaspora, le Dr Nachman Shai )

« Comme je l’ai dit à maintes reprises ces derniers jours, Israël doit jouer un rôle plus large et plus actif dans l’effort humanitaire pour secourir les citoyens ukrainiens fuyant la guerre. C’est un acte éthique et humain que nous devons accomplir. »

Shai a constamment critiqué la politique de Shaked depuis que la Russie a envahi l’Ukraine. La semaine dernière, Shaked a riposté, accusant Shai de « calomnier Israël » dans ses déclarations.

L’ambassadeur d’Ukraine en Israël, Yevgen Korniychuk, a déclaré vendredi que la plupart des réfugiés ukrainiens ne souhaiteraient probablement pas rester en Israël une fois la guerre terminée.

« Israël n’est pas l’endroit le plus facile d’accès ou l’endroit le plus confortable où vivre », a-t-il déclaré à la Douzième chaîne. « Vous êtes l’un des pays les plus chers au monde. Et en supposant que la plupart des pays européens fournissent un abri, de la nourriture, des permis de travail, une éducation aux enfants, c’est ce qui se passe. Alors que racontez-vous? »

Judah Ari Gross et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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