Attaque contre des sites pétroliers en Arabie : Washington accuse l’Iran
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Attaque contre des sites pétroliers en Arabie : Washington accuse l’Iran

Le prince héritier d'Arabie saoudite a affirmé que son pays avait "la volonté et la capacité de faire face et de répondre à cette agression terroriste"

Dans cette photo du 24 octobre 2018 publiée par la Saudi Press Agency, SPA, le Prince héritier Mohammed ben Salmane, intervient lors de la conférence Future Investment Initiative à Riyadh, en Arabie Saoudite. (Saudi Press Agency via AP, File)
Dans cette photo du 24 octobre 2018 publiée par la Saudi Press Agency, SPA, le Prince héritier Mohammed ben Salmane, intervient lors de la conférence Future Investment Initiative à Riyadh, en Arabie Saoudite. (Saudi Press Agency via AP, File)

Une attaque de drones revendiquée par les rebelles yéménites a provoqué samedi des incendies dans deux installations pétrolières du géant Aramco en Arabie saoudite, une action aussitôt condamnée par les Etats-Unis qui ont accusé l’Iran d’en être responsable.

Après cette troisième attaque du genre en cinq mois contre des infrastructures du mastodonte pétrolier, le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a affirmé que son pays avait « la volonté et la capacité de faire face et répondre à cette agression terroriste », au cours d’un entretien téléphonique avec le président américain Donald Trump.

« Les Etats-Unis condamnent fermement l’attaque d’aujourd’hui contre d’importantes infrastructures énergétiques. Des actions violentes contre des zones civiles et des infrastructures vitales pour l’économie mondiale ne font qu’aggraver les conflits et la méfiance », a déclaré de son côté la Maison Blanche après cet appel téléphonique.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a été encore plus explicite : « L’Iran a lancé une attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique mondial ».

« Nous appelons tous les pays à condamner publiquement et sans équivoque les attaques de l’Iran. Les Etats-Unis œuvreront avec nos partenaires et alliés pour assurer l’approvisionnement des marchés énergétiques et pour que l’Iran rende des comptes pour son agression », a-t-il ajouté.

Après l’attaque, Ryad, premier exportateur mondial d’or noir, a dû réduire sa production pétrolière de moitié, ce qui représente quelque cinq millions de barils de pétrole par jour, soit environ 5 % de la production mondiale de brut par jour, selon le quotidien américain Wall Street Journal.

Les équipes de sécurité d’Aramco sont intervenues pour éteindre des incendies à Abqaiq et Khurais, et « les deux incendies ont été maîtrisés », selon le ministère de l’Intérieur. Une enquête a été ouverte et les autorités ont renforcé la sécurité autour des deux sites visés, empêchant les journalistes de s’approcher.

« Puiser dans les stocks »

L’attaque n’a fait aucun blessé, a déclaré à l’AFP le porte-parole du ministère, Mansour al-Turki.

Le site d’Abqaiq, à 60 km au sud-ouest de Dahran, principal siège du géant pétrolier, abrite la plus grande usine de traitement du pétrole d’Aramco, selon son site internet. Khurais, à 250 km de Dahran, est l’un des principaux champs pétroliers de l’entreprise publique.

« En fonction de l’ampleur des dégâts et d’éventuelles pannes, Aramco utilisera ses plans d’urgence en puisant dans ses stocks », a expliqué à l’AFP Samir Madani, cofondateur du site de suivi du transport maritime Tanker Trackers. « Il pourrait y avoir des ruptures d’approvisionnement si les dégâts à Abqaiq sont importants ».

L’attaque intervient alors qu’Aramco prépare son introduction en bourse qui doit avoir lieu « bientôt », selon son nouveau PDG Amin Nasser.

Dans un communiqué, les Houthis, faction yéménite soutenue politiquement par Téhéran, grand rival régional de Ryad, ont fait état d’ « une opération d’envergure contre des raffineries à Abqaiq et Khurais ».

Les Houthis, qui revendiquent régulièrement des tirs de drones ou de missiles contre des cibles en Arabie saoudite, affirment agir en riposte aux frappes aériennes de la coalition militaire menée par Ryad, qui intervient depuis 2015 dans la guerre au Yémen déclenchée en 2014 par une offensive des Houthis, qui se sont emparés de vastes pans du territoire dont la capitale Sanaa. Le conflit a provoqué la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.

Menace sérieuse

L’attaque a été condamnée par plusieurs pays arabes du Golfe et l’Egypte.

Dans un communiqué, l’émissaire de l’ONU pour le Yémen Martin Griffiths a jugé « la récente escalade militaire extrêmement inquiétante », appelant « toutes les parties à la retenue » et à « éviter de mettre en danger le processus de négociations engagées par l’ONU ».

D’après des experts, les attaques des rebelles yéménites montrent qu’ils disposent d’armes sophistiquées et constituent une menace sérieuse pour l’Arabie saoudite et plus particulièrement pour ses installations pétrolières.

Le 17 août, les Houthis avaient dit avoir mené une attaque à l’aide de dix drones, « la plus massive jamais lancée en Arabie saoudite », contre le champ de Shaybah (est), qui avait provoqué un incendie « limité » selon Aramco sur une installation gazière, sans faire de blessés.

Le 14 mai, les Houthis avaient revendiqué une attaque de drones dans la région de Ryad, contre deux stations de pompage d’un oléoduc reliant l’est à l’ouest du royaume, qui avait entraîné l’interruption temporaire des opérations sur l’oléoduc.

Cette opération avait ajouté aux tensions grandissantes dans la région du Golfe, après des attaques et des actes de sabotages contres des pétroliers en mai et juin, imputés par les Etats-Unis et son allié saoudien à l’Iran qui a nié toute implication.

La destruction d’un drone américain, entré dans l’espace aérien iranien selon Téhéran, avait fait craindre un embrasement général. Donald Trump avait alors affirmé avoir annulé à la dernière minute des frappes de représailles.

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