Atteint de deux cancers, un ex-businessman israélien se bat pour les autres
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Atteint de deux cancers, un ex-businessman israélien se bat pour les autres

Contre vents et marées, Tamir Gilat vit depuis 7 ans avec un cancer du pancréas et du rein. Et comme si ça ne suffisait pas, sa femme vient de décéder d’un cancer du sein

Tamir Gilat, ancien footballeur devenu entrepreneur, n'avait que quelques mois à vivre quand il a été diagnostiqué avec deux formes de cancer en 2011. (Autorisation de Gilat)
Tamir Gilat, ancien footballeur devenu entrepreneur, n'avait que quelques mois à vivre quand il a été diagnostiqué avec deux formes de cancer en 2011. (Autorisation de Gilat)

SAVYON (JTA) – Quand Tamir Gilat, ancien gardien de but du Maccabi Tel Aviv, a été diagnostiqué avec deux cancers en février 2011, son médecin lui a recommandé de mettre de l’ordre dans ses affaires et de profiter du temps qui lui restait avec sa famille.

« Ma plus jeune fille avait tout juste 18 mois. Je n’aurais probablement pas eu le temps de la voir entrer en maternelle », s’est souvenu Gilat, qui souffrait d’un cancer au pancréas et au rein.

Près de 7 ans plus tard, Gilat a eu le temps de voir ses deux plus jeunes filles entrer à l’école primaire, et son aînée intégrer l’armée. En dépit des aléas médicaux, il mène une vie active dans la banlieue de Tel Aviv, grâce à de nombreuses technologies de pointe, dont certaines ont été développées en Israël.

Autrefois avocat et entrepreneur dynamique, Gilat consacre désormais la majeure partie de son temps à proposer un soutien à d’autres patients atteints de cancer et à récolter des fonds pour la recherche.

Au milieu de tout cela, il subit ses traitements toutes les deux semaines, et en faisant le deuil de sa femme, décédée d’un cancer en juin dernier.

Les problèmes ont commencé quand Gilat, qui faisait le tour du monde en tant qu’homme d’affaires, travaillant principalement dans le secteur de l’énergie, a commencé à présenter une gêne, puis une douleur dans le torse et l’abdomen. Ses médecins ont mis des mois à le convaincre de passer un scanner.

En dépit d’un pronostic terminal, Gilat, alors âgé de 48 ans, a décidé de se battre. Choisissant les thérapies agressives, dans l’espoir de passer davantage de temps avec sa famille, il a été opéré d’un Whipple, une opération qui consiste en une ablation de morceaux de son pancréas et d’autres organes internes, notamment son rein gauche. Il a ensuite entamé une chimiothérapie.

« Je m’inquiétais pour ma femme Keren, et pour mes trois filles », a expliqué Gilat. « Mia avait 18 mois, Gabrielle presque 3 ans, et Alma, 14. Je savais que si je fermais mes yeux maintenant, mes jeunes enfants ne se rappelleraient jamais de moi. J’ai décidé que je ne mourrai pas sans qu’elles n’aient de souvenirs de moi. »

Keren, qui était avocate, a eu du mal à digérer ces nouvelles, selon Gilat. « Elle avait compris qu’elle allait me perdre. »

Près de 3 mois après l’intervention chirurgicale, Gilat a également ressenti un « inconfort » et a consulté le docteur Talia Golan, oncologue au centre médical Sheba. Son cancer au pancréas s’était étendu au foie.

« Elle m’a dit que la chimio ne fonctionnait pas, et qu’aucun autre traitement traditionnel ne me conviendrait », a raconté Gilat.

Mais il y avait un essai clinique en cours à Sheba, et au MD Anderson Cancer Center au Texas. L’objectif de l’essai était d’augmenter de plusieurs mois la vie de ceux présentant des métastases, qui avaient une mutation du gène BRCA, la mutation prédisposant au cancer du sein et de l’ovaire. Les mutations du gène BRCA sont répandues dans la population juive ashkénaze. « J’ai dit à mon médecin que je prendrais ce médicament pendant de nombreuses années », se souvient Gilat en souriant.

Il a commencé une thérapie ciblée avec un inhibiteur de PARP, qui est destiné à empêcher les cellules cancéreuses de réparer leur ADN. Quand l’essai a pris fin, 15 mois plus tard, Gilat était le seul patient inscrit à l’essai encore en vie. Il a été autorisé à poursuivre le traitement pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’il ne soit plus efficace, il y a environ deux ans et demi.

Une équipe de docteurs lui a donc prescrit une immunothérapie qui n’avait pas encore été approuvée par la FDA (Food and Frug Adminstration). Gilat a également demandé à subir une nouvelle intervention complexe pour retirer un maximum de cancer possible, « bien que cette intervention ne soit pas courante dans les cas de cancers systémiques ».

Gilat a voulu repousser les limites de la médecine parce que le cancer du sein de Keren a récidivé en 2012, alors qu’elle était en rémission depuis 2004.

Keren Nahari Gilat, éminente procureure à Tel Aviv, est décédée en juin.

Gilat s’est souvenu des deux ans durant lesquels ils étaient hospitalisés dans deux endroits différents. Les médecins de Keren ne lui avaient donné que 48 heures à vivre.

Tout en luttant contre le cancer du pancréas et du rein, Tamir Gilat a perdu sa femme, décédée en juin d'un cancer du sein. (Autorisation de Gilat)
Tout en luttant contre le cancer du pancréas et du rein, Tamir Gilat a perdu sa femme, décédée en juin d’un cancer du sein. (Autorisation de Gilat)

« Cinq jours après mon intervention, j’ai accouru à ses côtés. Nous avons réussi à dépasser cette crise, mais elle était très fragile », raconte Gilat, d’une voix sourde. 

« Heureusement, elle a pu vivre deux ans de plus, en essayant tous les traitements possibles et imaginables. Je suis reconnaissant pour les moments magnifiques que nous avons passés avec les filles, qui ont maintenant 8 et 9 ans, et mon autre fille d’un premier mariage, qui a 20 ans. »

La vie que mène Gilat actuellement est drastiquement différente de la vie qu’il menait avant de tomber malade. Autrefois homme d’affaires focalisé sur sa réussite, il considère désormais que ses priorités sont ses filles, et la lutte contre le cancer. Son régime médicamenteux consiste en une vingtaine de comprimés par jour.

« Ma vie a pris une toute autre tournure », a expliqué Gilat, aujourd’hui âgé de 55 ans. « J’ai arrêté de travailler et je suis considéré comme invalide complet. Aujourd’hui, tout ce qui m’importe ce sont mes filles, et le bien que je peux répandre autour de moi. »

Il consacre une bonne partie de son temps à présider l’Israël Cancer Research Fund, qui récolte des fonds, notamment en Amérique du Nord, mais également en Israël. Ce fonds finance des technologies de pointe en Israël, qui font partie des recherches sur le cancer les plus innovantes au monde. Depuis sa création en 1975, l’ICRF a accordé plus de 2 400 bourses, soit près de 64 millions de dollars aux scientifiques israéliens et aux institutions de recherche.

Gilat a entendu parler de l’ICRF en 2011 par sa femme, qui a assisté à l’une des collectes de fonds, après le premier diagnostic de Gilat. Keren avait proposé qu’ils organisent une rencontre à leur domicile de Savyon, dans leur salon orné de peintures à l’huile et surplombant un jardin avec piscine.

Quand la collecte de fonds a eu lieu, Gilat était en convalescence d’une de ses interventions chirurgicales liées à son cancer, et était extrêmement faible. Keren lui a demandé de prendre la parole face aux invités, mais il n’était pas sûr de ce qu’il devait dire.

Il a ensuite pensé aux travaux du docteur Gal Merkel du centre Sheba et de l’université de Tel Aviv, l’un des scientifiques présents à cette soirée, et jeune chercheur sur le cancer, impliqué dans l’immunothérapie qui a servi de base pour le propre traitement de Gilat des années plus tard.

Gilat a sorti sa boîte de comprimés d’immunothérapie et a dit « « la recherche est réelle, elle n’est pas théorique. La recherche sauve des vies. Je suis ici aujourd’hui grâce à la recherche sur la lutte contre le cancer. »

Cet été, l’Institut de Recherche contre le Cancer américain (CRI), l’organisation à but non lucratif dédiée à l’immunothérapie, a annoncé qu’elle s’associait à l’ICRF pour financer conjointement la recherche sur l’immunothérapie en Israël.

Le but de ce partenariat est d’associer l’expertise immunologique du CRI à la relation entre l’ICRF avec les institutions qui encouragent et soutiennent la recherche sur l’immunothérapie en Israël et permettre aux meilleurs esprits scientifiques de se concentrer davantage sur la recherche.

Eric Heffler, le directeur national de l’ICRF à New York, a déclaré que la détermination à vivre et l’optimisme contagieux de Gilat sont des moteurs pour l’organisation et une inspiration pour les patients atteints de cancer.

« Tamir montre que si la vie vous frappe, frappez plus fort », a clamé Heffler. « À l’ICRF, nous sommes inspirés par la détermination et la motivation de Tamir pour récolter davantage d’argent concernant la recherche contre le cancer.

De son côté, Gilat affirme que souffrir du cancer « a fait de moi une meilleure personne. Cela m’a montré que ce que j’ai de plus précieux est le temps qu’il me reste ».

(Cet article a été sponsorisé par le JTA et réalisé en partenariat avec l’Israel Cancer Research Fund, qui est engagé pour trouver et financer des traitements révolutionnaires et des thérapies pour toutes les formes de cancer, en mettant en œuvre le talent, l’expertise et les avantages qu’Israël et ses scientifiques ont à offrir.)

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