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Attentat Kirchner: l’assaillant au tatouage nazi et sa compagne formellement inculpés

Fernando Sabag Montiel, dans la foule, avait pointé un pistolet à un mètre environ de la tête de la vice-présidente mais pour une raison non certifiée, le coup n'est pas parti

Capture d’écran d’une vidéo donnant à voir Fernando Andre Sabag Montiel qui pointe son arme sur la vice-présidente argentine, Cristina Kirchner, le 1er septembre 2022. (Capture d’écran)
Capture d’écran d’une vidéo donnant à voir Fernando Andre Sabag Montiel qui pointe son arme sur la vice-présidente argentine, Cristina Kirchner, le 1er septembre 2022. (Capture d’écran)

L’assaillant au pistolet de la vice-présidente argentine Cristina Kirchner il y a deux semaines, et sa jeune compagne, ont été tous deux formellement inculpés jeudi de tentative d' »homicide aggravé » avec préméditation, et placés en détention provisoire.

Fernando Sabag Montiel, 35 ans, avait été maîtrisé et arrêté sur place, alors que le coup de feu n’était pas parti, et son amie Brenda Uliarte, 23 ans, arrêtée trois jours plus tard. Sa présence sur les lieux de l’attentat le soir-même avait été avérée par des images de vidéo-surveillance, alors qu’elle avait assuré n’avoir pas revu son ami depuis deux jours.

Dans sa résolution, consultée par l’AFP, la juge Maria Capuchetti considère les deux inculpés « co-auteurs ». Elle devra statuer ultérieurement sur le sort de deux connaissances du couple arrêtées cette semaine : Agustina Diaz, 21 ans, d’un degré de complicité avéré selon la juge, et Nicolas Gabriel Carrizo, 27 ans, qui sont toujours en détention provisoire.

Mme Kirchner, ex-cheffe de l’Etat (2007-2015) et figure de proue de la gauche péroniste, à la fois influente et clivante dans la politique argentine, a été victime d’une tentative d’attentat le 1er septembre, alors qu’elle se mêlait à des sympathisants qui chaque soir venaient par centaines devant son domicile lui exprimer leur soutien alors qu’elle est en procès pour corruption – qu’elle nie.

Fernando Sabag Montiel, dans la foule, avait pointé un pistolet à un mètre environ de la tête de Mme Kirchner, mais pour une raison non certifiée, le coup n’est pas parti. L’arme -un pistolet semi-automatique Bersa calibre 7.65- était pourtant chargée de cinq balles et en état de marche, mais sans balle engagée dans la chambre, selon des sources judiciaires.

La juge note que Fernando Sabag Montiel « a appuyé au moins une fois » sur la gâchette.

Scène « étudiée en détail »

L’enquête, s’appuyant en grande partie sur l’analyse des comptes de réseaux sociaux, ordinateurs et téléphones des suspects, avait établi une « planification et entente préalable ». En particulier, la présence chaque soir de nombreux partisans de Mme Kirchner près de chez elle « a été étudiée en détail par les deux (inculpés) pour choisir le bon moment pour l’attaque, afin d’atteindre leur objectif », selon la juge.

Les motivations des deux principaux suspects, au profil précaire, sans emploi formel récent, n’ont pas été clairement établies. Fernando Sabag Montiel avait un temps été chauffeur pour des applications – mais n’avait plus d’argent pour faire réparer sa voiture – et Brenda Uliarte vendait de la barbe à papa dans les rues.

Une politisation active n’a pas non plus été avérée à ce stade les concernant, même si Fernando Sabag Montiel portait des tatouages – un soleil noir et une croix de fer – liés à une symbolique néo-nazie. Et même si certains messages ont montré une affinité de Brenda Uliarte pour le politicien libéral-libertaire Javier Milei, et une hostilité manifeste à l’égard de Mme Kirchner et du gouvernement.

« J’ai envoyé (quelqu’un) tuer Cristina », disait-elle dans un des messages.

« Mots, puis actes de haine »

La tentative d’attentat a donné lieu le lendemain à des manifestations rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes dans plusieurs villes d’Argentine, et à une vague de condamnations internationales.

Jeudi, Mme Kirchner s’est exprimée pour la première fois en public depuis l’incident, disant son émotion d’être « en vie, grâce à Dieu et à la Vierge », et évoquant le soutien du pape François, qui l’avait appelée quelques heures après l’attaque.

« Je sens que je suis en vie, grâce à Dieu et à la Vierge, vraiment », a-t-elle déclaré, la voix brisée, en recevant au Sénat – qu’elle préside – des prêtres et religieuses oeuvrant auprès des pauvres et dans les « villas miserias », les bidonvilles.

Elle a aussi raconté que le pape argentin, ancien archevêque de Buenos Aires, l’avait appelée « très tôt » au lendemain de l’attaque. « On a parlé au téléphone et il m’a dit, en substance, que les actes de haine et de violence sont toujours précédés de mots et de verbes de haine ».

La forte polarisation, crispée, de la vie politique argentine, a été au centre des débats depuis l’attentat, des politiciens du camp gouvernemental (centre-gauche) et de l’opposition de droite se renvoyant la responsabilité d’entretenir un « climat de haine ».

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