Attentat : un dentiste palestinien en Cisjordanie perd ses patients israéliens
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Interview

Attentat : un dentiste palestinien en Cisjordanie perd ses patients israéliens

Ameen Mansour a neutralisé un adolescent palestinien qui avait poignardé un de ses patients israéliens et son fils ; d'après lui, beaucoup d'entre eux craignent de revenir depuis

Ameen Mansour, un dentiste palestinien d'Azzun de 47 ans, dans sa clinique le 20 octobre 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)
Ameen Mansour, un dentiste palestinien d'Azzun de 47 ans, dans sa clinique le 20 octobre 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

Amin Mansour, dentiste palestinien du village d’Azzun, au nord de la Cisjordanie, a pour habitude d’accueillir dans sa clinique des patients israéliens.

Mais depuis qu’un jeune Palestinien a poignardé un de ses patients israéliens devant son cabinet, début septembre, Mansour n’en a pratiquement plus reçu du tout. Récemment, un dimanche, il n’y en avait pas dans son cabinet, qui était en grande partie calme et vide.

« La grande majorité d’entre eux me disent qu’ils ne peuvent pas venir », fait remarquer cet homme de 47 ans, qui a été formé à Moscou, en sirotant un café noir dans le hall de sa clinique. « Ils représentent environ 20 % de tous mes patients. Environ 17-18 d’entre eux viennent en général tous les mois, mais deux seulement sont venus le mois dernier. »

Selon Mansour, beaucoup de ses patients israéliens ont annulé leurs rendez-vous, tandis que d’autres l’ont informé qu’ils ne viendraient plus dans son cabinet.

« Ils me disent qu’ils ont peur de venir ici à cause de ce qui s’est passé », s’est-il exclamé. « Certains disent que c’est impossible de venir. »

Le 7 septembre, un adolescent palestinien a poignardé Yosef Peretz, 60 ans, et son fils Libar, 17 ans, après leur avoir demandé s’ils étaient juifs, à l’entrée du cabinet de Mansour.

« Je les ai entendus crier en bas et je me suis précipité vers eux. J’ai sauté sur le gars, lui ai tenu le bras et lui ai fait tomber le couteau de la main », se rappelle Mansour. « Je l’ai ensuite fait sortir de mon cabinet, et il s’est enfui. »

Amin Mansour, un dentiste de 47 ans du village d’Azzun, près de l’entrée de sa clinique, le 20 octobre 2019, où il a affronté un adolescent palestinien qui a poignardé un de ses patients et son fils en septembre. (Adam Rasgon/Times of Israel)

Quelques instants plus tard, dit Mansour, il a fait un bandage à Yosef et Libar pour qu’ils évitent de perdre du sang. Il raconte qu’ensuite, lui et un autre résident d’Azzun les ont emmenés d’urgence vers un hôpital à Qalqilya, mais qu’ils se sont arrêtés à côté d’un groupe de soldats de Tsahal rencontrés en route sur leur chemin. Il les a alors informés de ce qui s’était passé, et ils ont pris les dispositions nécessaires pour qu’une ambulance emmène le père et le fils au centre médical Meir à Kfar Saba.

Entre-temps, des membres de la famille de l’agresseur l’ont livré aux forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, qui l’ont depuis placé en garde à vue.

Yosef Peretz, un résident de la ville d’Ofakim, dans le sud du pays, a confirmé le témoignage de Mansour. Libar et lui ont survécu à l’attaque, bien qu’il ait dit que son fils a continué à avoir mal ces dernières semaines.

C’est moins cher

Peretz a dit qu’il s’était fait soigner chez Mansour principalement en raison des honoraires réduits du dentiste palestinien par rapport à ceux pratiqués en Israël.

« Un voisin m’a parlé d’Amin. J’ai décidé d’aller le voir parce qu’il pouvait faire les implants à très bon marché », dit Yosef, qui était en train de se faire poser 24 implants dentaires par le dentiste palestinien. « Les implants qu’il m’a posés m’auraient coûté trois fois le prix ici [en Israël]. »

Bien que le système de santé national israélien couvre la plupart des frais dentaires pour les enfants, il ne le fait pas pour un grand nombre d’interventions pour les adultes.

Selon Mansour, il propose des implants dentaires pour 1 500 à 2 000 shekels par dent, alors qu’en Israël l’intervention coûte 3 à 4 000 shekels. Il indique que d’autres interventions qu’il pratique, comme les traitements de racines et les extractions, sont aussi beaucoup moins coûteuses dans sa clinique qu’en Israël.

Les forces de sécurité israéliennes mènent une opération de recherche à la suite d’une attaque à l’arme blanche dans le village d’Azzun en Cisjordanie, près de Qalqilya, le 7 septembre 2019. Un père israélien et son fils ont été blessés par un agresseur palestinien dans le village lors d’une visite chez le dentiste. (Nasser Ishtayeh/FLASH90)

Lior Katzap, le chef de l’Association dentaire israélienne, a déclaré que les implants dentaires en Israël coûtent entre 2 000 et 10 000 shekels par dent.

Mais il a fait valoir que les Israéliens devraient aller chez le dentiste en Israël : « Il est important que les Israéliens aillent chez le dentiste en Israël parce que de cette façon, ils peuvent être sûrs de recevoir des soins conformes aux normes internationales ».

Peretz s’est dit satisfait des implants que Mansour a posés pour lui, mais il a ajouté qu’il ne retournerait pas à Azzun pour terminer son traitement.

« Les agents de sécurité m’ont dit de ne pas y retourner tant que toutes les procédures judiciaires concernant les coups de couteau n’auront pas été menées à terme », a-t-il raconté. « Je suis très satisfait du travail qu’Amin a fait pour moi, mais je ne peux malheureusement pas y retourner de sitôt. »

Des relations complexes

Mansour, qui est un dirigeant du Fatah dans la région de Qalqilya, un ancien maire adjoint d’Azzun et un ancien haut fonctionnaire du syndicat local des dentistes, est marié et père de quatre enfants. Il a dit qu’il avait été blessé par balle lors d’une manifestation en 2001, puis qu’il avait passé un peu plus de trois ans dans une prison israélienne après qu’un tribunal militaire l’a condamné en 2003 pour incitation. Il nie l’accusation.

L’armée israélienne n’a pas répondu immédiatement à une demande de confirmation des antécédents de Mansour.

Il a dit avoir commencé à traiter les Israéliens à la fin des années 1990 après la signature des Accords d’Oslo, une série d’accords entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui a donné naissance à l’Autorité palestinienne.

Yosef Peretz, 60 ans, originaire d’Ofakim, et son fils Libar, 16 ans, ont été poignardés lors d’une attaque terroriste le 7 septembre 2019 dans le village d’Azzun en Cisjordanie. (Capture d’écran de Walla News)

« Les gens des villages voisins, en particulier les Russes de Neve Menahem et d’autres de Rosh Haayin, faisaient leurs courses et allaient chez le dentiste dans notre ville », dit-il. « Je leur proposais les mêmes prix et services qu’à quelqu’un d’ici, mais après le début de la seconde Intifada, ils ont arrêté de venir. »

La seconde Intifada, qui a éclaté en 2000, a vu des groupes terroristes palestiniens commettre des attentats-suicides, des fusillades et autres attentats contre des Israéliens.

Mansour a déclaré que les Israéliens ont recommencé à venir à son cabinet en 2009 après avoir rencontré par hasard un résident d’Ofakim à Azzun qu’il a ensuite traité.

« Après sa visite, Yoni a parlé de mon cabinet à d’autres personnes à Ofakim, qui en ont ensuite parlé à d’autres », a-t-il dit, faisant référence au résident. « J’ai finalement commencé à m’occuper d’un grand nombre de patients d’Israël, mais tout cela a pris fin après ce qu’il s’est passé il y a quelques semaines. »

Un certain nombre de ses patients ayant récemment annulé leur rendez-vous à la suite de l’agression au couteau, selon lui, ont refusé de témoigner.

Yoni, qui a demandé que son nom de famille ne soit pas divulgué, a confirmé que beaucoup de ceux qu’il avait mis en relation avec Mansour ne se sentent plus en sécurité lorsqu’ils se rendent à Azzun.

« Ils apprécient ses tarifs et son travail, mais ils ont peur d’y aller après l’attaque au couteau », a-t-il dit.

Katzap a déclaré qu’aucune donnée n’était disponible sur le nombre d’Israéliens qui se rendent en Cisjordanie pour des soins dentaires parce que ces activités ne sont pas enregistrées en Israël.

Enseigne accrochée à l’extérieur du cabinet d’Amin Mansour le 8 septembre 2019, annonçant ses services dentaires en arabe, russe et hébreu mal orthographié (Capture d’écran : Kan Public Broadcaster)

Mansour a expliqué que le phénomène existe dans un certain nombre d’autres villes palestiniennes en dehors d’Azzun, mais en ignore l’ampleur.

Dans de nombreux villages et villes de Cisjordanie, on trouve ainsi des panneaux pour des cabinets dentaires avec une traduction en hébreu. Un reportage de la chaîne publique Kan en septembre présentait un cabinet dentaire dans la ville de Dahariya, au sud de la Cisjordanie, où les Israéliens se font également soigner.

Mansour aimerait que ses patients finissent par revenir.

« Ce qui s’est passé est terrible, mais je suis sincèrement content que personne n’ait été tué, ce qui est la chose la plus importante », a-t-il dit. « J’espère pouvoir les soigner à nouveau. »

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