Attentats de Paris : Hollande annonce une riposte, en Syrie et en France
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Attentats de Paris : Hollande annonce une riposte, en Syrie et en France

Le président français a fait une allocution ovationnée par les députés et sénateurs réunis en Congrès à Versailles

Le président français François Hollande lors de son allocution devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès le 16 novembre 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le président français François Hollande lors de son allocution devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès le 16 novembre 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Trois jours après les sanglants attentats djihadistes de Paris, François Hollande a livré un discours de guerre devant le Parlement français, promettant une intensification des frappes en Syrie, « fabrique de terroristes », et un renforcement draconien des mesures sécuritaires en France.

Après avoir participé à la mi-journée à une minute de silence nationale à la mémoire des victimes, marquée par d’émouvantes scènes de recueillement dans tout LE PAYS, le président français a fait une allocution martiale, ovationnée debout par les députés et sénateurs solennellement réunis en Congrès à Versailles.

Il a promis une riposte tous azimuts après les pires attentats perpétrés en France -129 morts et 350 blessés-, revendiqués par le groupe djihadiste Etat islamique (EI).

Les commanditaires « doivent savoir que leurs crimes, loin de faire vaciller la résolution de la France, renforcent encore notre détermination à les détruire », a déclaré Hollande, insistant: « il ne s’agit pas de contenir, mais de détruire cette organisation » de l’EI.

Paris, qui a déjà lancé des frappes dimanche soir sur le fief syrien de l’EI à Raqa, va « intensifier ses opérations en Syrie », a annoncé le chef de l’Etat. « Il n’y aura ni répit ni trêve », a-t-il ajouté, rappelant que le porte-avions Charles de Gaulle allait appareiller jeudi pour se rendre en Méditerranée orientale, « ce qui triplera nos capacités d’action ».

« La Syrie est devenue la plus grande fabrique de terroristes que le monde ait connue et la communauté internationale est encore trop divisée et trop incohérente. Aujourd’hui, il faut plus de frappes », a réclamé Hollande, dont le pays, qui participe à la coalition anti-EI en Irak, s’était refusé jusqu’à septembre à se joindre aux bombardements en Syrie, par crainte de renforcer le président Bachar al-Assad.

Assad « ne peut constituer l’issue du conflit syrien », mais « notre ennemi, c’est Daech » (acronyme arabe de l’EI), a déclaré M. Hollande, augurant d’une inflexion de la stratégie française qui ainsi ne met plus en priorité le départ d’Assad.

Il a réclamé « un rassemblement de tous ceux qui peuvent réellement lutter contre cette armée terroriste », et plaidé pour la première fois pour « une grande, et unique, coalition ».

Les Etats-Unis et leurs alliés bombardent des positions de l’EI en Syrie, tandis que les Russes, qui soutiennent le président syrien Bachar al-Assad, frappent de leur côté des cibles « terroristes ».

Hollande doit rencontrer « dans les prochains jours » le président américain et le président russe « pour unir nos forces » et prévoit de demander au Conseil de sécurité de l’ONU de se réunir pour adopter une résolution marquant « la volonté commune de lutter contre le terrorisme ».

Durcissement drastique

Sur le front intérieur, le président français a annoncé des mesures de sécurité draconiennes, semblant donner raison à l’opposition de droite menée par Nicolas Sarkozy, qui a réclamé des « inflexions majeures » de la politique sécuritaire.

Hollande a annoncé que le Parlement serait saisi mercredi d’un projet de loi prolongeant l’état d’urgence pour trois mois, et que la Constitution serait révisée pour permettre aux pouvoirs publics « d’agir contre le terrorisme de guerre ».

Mesure rarissime permettant notamment des restrictions de circulation et des perquisitions administratives, l’état d’urgence avait été décrété dans la nuit de vendredi à samedi après les attentats.

Le chef de l’Etat a annoncé 8 500 nouveaux postes dans la sécurité et la justice, et estimé que « la question de la légitime défense des policiers », une antienne de la droite, devrait être « traitée » « sans délai » au niveau législatif.

Il a souhaité que la déchéance de nationalité puisse être étendue aux binationaux « nés français » en cas de terrorisme, une autre revendication de la droite.

« Nous devons pouvoir expulser plus rapidement les étrangers qui représentent une menace d’une particulière gravité », a-t-il aussi déclaré.

L’enquête avance

Parallèlement, l’enquête met en lumière les ramifications internationales des attentats qui ont été « décidés, planifiés en Syrie, organisés en Belgique », et « perpétrés avec des complicités françaises », a résumé M. Hollande.

Cinq des sept kamikazes qui ont opéré vendredi soir à Paris ont été identifiés. Quatre d’entre eux sont des Français, âgés de 20 à 31 ans, et au moins trois auraient séjourné en Syrie au cours des dernières années.

Omar Ismaïl Mostefai et Samy Amimour, qui seraient tous deux passés par la Syrie, sont morts au Bataclan. Bilal Hadfi, un Français, et un autre kamikaze auprès de qui un passeport syrien au nom d’Ahmad al Mohammad a été retrouvé, font partie des trois hommes qui se sont faits exploser près du Stade de France, au nord de Paris.

Le cinquième homme identifié est Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser devant un café sur un boulevard de l’Est parisien. Son frère Salah Abdeslam, qui comme lui vivait en Belgique, est activement recherché.

Les enquêteurs s’intéressent par ailleurs à Abdelhamid Abaoud, Belge de 28 ans, déjà considéré comme le cerveau d’attaques déjouées en janvier à Verviers en Belgique. Soupçonné d’être un membre très actif du groupe EI, résidant en Syrie, l’homme, qui a aussi séjourné à Molenbeek, était en contact avec au moins un des frères Abdeslam.

Par ailleurs, la découverte par les enquêteurs français que les empreintes d’un des kamikazes correspondaient avec celles d’un homme contrôlé le mois dernier en Grèce, dans un flux de migrants, a commencé à susciter des déclarations anti-migrants.

La chef de file de l’extrême droite française, Marine Le Pen, a réclamé lundi « l’arrêt immédiat de tout accueil de migrants » en France.

Les « terroristes ont exploité les migrations de masse » en cours depuis plusieurs mois vers l’UE, a estimé le Premier ministre populiste hongrois Viktor Orban.

Au G20 en Turquie, le président américain Barack Obama a appelé à éviter les amalgames entre « réfugiés » et « terrorisme ». « Les gens qui fuient la Syrie sont ceux qui souffrent le plus du terrorisme, ce sont les plus vulnérables. Il est très important que nous ne fermions pas nos coeurs aux victimes d’une telle violence », a-t-il déclaré.

Hollande juge « vital que l’Europe continue d’accueillir » les réfugiés

Le président français François Hollande a jugé lundi « vital » que l’Union européenne continue d’accueillir les réfugiés de Syrie et d’Irak, rejetant un appel de l’extrême droite à fermer les frontières aux migrants après les attentats de Paris.

« Les habitants de ces pays-là (Syrie, Irak), notamment ceux des territoires contrôlés par Daech (ndlr, acronyme du groupe Etat islamique) sont martyrisés et fuient. Ils sont les victimes de ce même système terroriste », a souligné le chef de l’Etat.

« Voilà pourquoi il est vital que l’Europe accueille dans la dignité ceux qui relèvent du droit d’asile, mais renvoie dans leurs pays ceux qui n’en relèvent pas », a-t-il défendu devant le Parlement.

La chef de file de l’extrême droite française, Marine Le Pen, avait auparavant réclamé « l’arrêt immédiat de tout accueil de migrants » en France à la suite des attentats de Paris vendredi, qui ont fait au moins 129 morts et 352 blessés.

La présidente du Front national (FN) a argué du fait que, selon les enquêteurs, les empreintes digitales d’un des auteurs des attaques, près duquel un passeport syrien a été retrouvé, concordent avec celle d’un homme contrôlé le mois dernier en Grèce.

L’accueil des migrants, a poursuivi François Hollande dans son discours, « exige, ce qui n’est pas le cas encore aujourd’hui, une protection effective des frontières extérieures » de l’UE. « Si l’Europe ne contrôle pas ses frontières extérieures, alors, et nous le voyons aujourd’hui sous nos yeux, c’est le retour aux frontières nationales (…) Ce sera alors la déconstruction de l’Union européenne », a mis en garde le président français.

La France n’a accueilli qu’une faible proportion des réfugiés arrivés depuis l’été dans l’UE, mais Marine Le Pen a fait de la dénonciation d’une « submersion migratoire » l’axe de sa campagne avant des élections régionales importantes en décembre.

La présidente du FN est la favorite des sondages pour ce scrutin dans le nord de la France, où elle est candidate. Son éventuelle victoire dans cette région serait une première historique pour son parti.

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