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Au Liban, les réfugiés syriens vivent dans la hantise d’être renvoyés chez eux

Ces dernières semaines, l'armée libanaise a mené des raids pour arrêter et expulser des Syriens en situation irrégulière, alors que s'exacerbe un sentiment anti-syrien dans le pays

Des réfugiés syriens se préparent à quitter le Liban vers le territoire syrien par le point de passage de Wadi Hamid, à Arsal, le 26 octobre 2022. (Crédit : AFP)
Des réfugiés syriens se préparent à quitter le Liban vers le territoire syrien par le point de passage de Wadi Hamid, à Arsal, le 26 octobre 2022. (Crédit : AFP)

Depuis qu’ils se sont réfugiés au Liban après avoir fui la guerre en Syrie, Samer et sa famille ont supporté les privations et les intimidations, se croyant au moins en sécurité. Mais la semaine dernière, son frère a été renvoyé vers Damas où il a été arrêté.

« Notre plus grande peur est qu’il disparaisse » et « qu’on n’entende plus jamais parler de lui », confie cet homme de 26 ans qui, comme les autres Syriens interrogés par l’AFP, a utilisé un nom d’emprunt pour des raisons de sécurité.

Au cours des dernières semaines, l’armée libanaise a mené des raids pour arrêter puis expulser des Syriens en situation irrégulière, au moment où s’exacerbe un sentiment anti-syrien dans le pays touché par une très grave crise économique. Selon une source humanitaire, 450 personnes ont été arrêtées et au moins 66 ont été expulsées.

Les autorités libanaises estiment à deux millions le nombre de Syriens ayant quitté leur pays en guerre depuis 2011 pour le Liban voisin, soit environ la moitié de la population libanaise. Près de 830 000 d’entre eux sont enregistrés auprès des Nations unies.

La semaine dernière, l’armée a effectué une descente dans l’appartement du frère de Samer dans une banlieue de Beyrouth, l’arrêtant avec sa femme et ses enfants puis les renvoyant en Syrie.

Des réfugiés syriens se préparent à quitter le Liban vers le territoire syrien par le point de passage de Wadi Hamid à Arsal, le 26 octobre 2022. (Crédit : AFP)

« Changements démographiques »

Participant, tout comme son frère, aux manifestations contre le régime en 2011 dont la répression a déclenché la guerre, il a été arrêté dès son retour, et Samer n’a plus de nouvelles.

« Nous avons peur de subir le même sort », dit Samer.

Depuis que le gouvernement de Damas a repris le contrôle de la majeure partie de la Syrie, les autorités libanaises réclament que les Syriens réfugiés au Liban rentrent chez eux, en dépit du refus de Damas de les accueillir.

Amnesty International a appelé lundi les autorités libanaises à « cesser les déportations illégales de réfugiés syriens », par crainte qu’ils ne soient « torturés ou persécutés » à leur retour.

Les responsables libanais rendent les ressortissants syriens responsables de l’aggravation de la crise économique qui sévit depuis l’automne 2019 et a conduit le pays au bord de l’effondrement.

Le ministre des Affaires sociales Hector Hajjar a même récemment mis en garde contre « les dangereux changements démographiques » qui feront des Libanais « des réfugiés dans leur propre pays ».

Des localités ont pris certaines mesures contre les Syriens ces dernières années, leur imposant par exemple un couvre-feu nocturne, des utilisateurs sur Internet les dépeignent comme de dangereux criminels.

Des médias libanais avancent de leur côté que les réfugiés syriens reçoivent une aide généreuse de l’ONU alors que les Libanais s’enfoncent dans la misère, avec la dégringolade vertigineuse de la livre libanaise (LL).

Interrogée par l’AFP, l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a indiqué qu’elle versait une aide matérielle et financière à seulement 43 % des réfugiés.

« Le maximum pour une famille vulnérable (…) ne dépasse pas les 8 millions de LL par mois », soit environ 80 dollars par mois, a affirmé un porte-parole du HCR.

Illustration : La réfugiée syrienne Ayesha al-Abed, 21 ans, à droite, prépare la nourriture tandis que son mari Raed Mattar, 24 ans, à gauche, joue avec leur fille Rayan, 18 mois, avant qu’ils ne rompent le jeûne le premier jour du mois de Ramadan, dans un camp de réfugiés de fortune, dans la ville de Bhannine, dans le nord de la ville de Tripoli, au Liban, mardi 13 avril 2021. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

« Je préfère mourir »

Depuis les récents raids de l’armée libanaise, beaucoup de réfugiés, dont la vaste majorité vit dans la misère, n’osent plus sortir de chez eux.

Abou Salim, un Syrien de 32 ans, a avoué qu’il dormait désormais dans un entrepôt sur son lieu de travail avec 20 autres compatriotes, « parce que nous avons peur d’être arrêtés ».

Disant avoir déjà passé six ans en prison dans son pays, il craint l’expulsion plus que tout. « Si on me ramène en prison, je n’en sortirai plus », dit-il.

Un transfuge de l’armée syrienne, Ammar, est également cloîtré chez lui, inquiet de la campagne au vitriol contre les Syriens sur les réseaux sociaux.

« Pourquoi tant de haine ? Qu’avons-nous fait pour mériter ça ? Nous avons juste fui pour échapper à la mort », regrette cet homme de 31 ans, père d’un nouveau-né.

Comme d’autres Libanais ou Syriens qui fuient la pauvreté, il lui reste l’émigration clandestine vers l’Europe, malgré les risques de naufrage en Méditerranée : « Je préfère mourir en mer que revenir en Syrie. »

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