Rechercher

Avant son audience judiciaire, Netanyahu convoque ses alliés de droite

L'audience de pré-inculpation très attendue a commencé ce mercredi matin avec la présentation de la défense dans l'affaire de pots-de-vin Bezeq

Des Israéliens manifestent en soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de l'habitation du Procureur-général d'Israël Avichai Mandelblit, le 1er octobre (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des Israéliens manifestent en soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de l'habitation du Procureur-général d'Israël Avichai Mandelblit, le 1er octobre (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu va chercher à consolider ses soutiens de droite dans la matinée de mercredi, avec – deux épées de Damoclès suspendues au-dessus de son avenir politique – le début d’une audience judiciaire à fort enjeu et la fin possible des négociations de coalition.

L’audience de pré-inculpation très attendue, en présence du procureur-général Avichai Mandelblit, survient alors que les pourparlers de coalition ont battu de l’aile, entraînant la spéculation largement répandue de ce que le leader du Likud puisse mettre un terme à sa tentative de mettre en place un gouvernement – ce qui pourrait impliquer un troisième scrutin sans précédent dans le pays.

Tandis que son équipe judiciaire forte de dix hommes présentera sa défense à Mandelblit et d’autres responsables de la justice, Netanyahu devrait rencontrer les responsables des partis Shas, YaHadout HaTorah et Yamina à Jérusalem dans la matinée de mercredi, ont indiqué les médias israéliens. Les formations devraient discuter de l’impasse dans les négociations de coalition.

Les trois partis ont signé un pacte avec le Likud, peu après les élections du 17 septembre, pour mettre en place un bloc unique de droite et religieux.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, lors de la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 3 décembre 2017. (Crédit : Sebastian Scheiner/AFP)

Les 55 membres de la Knesset issus des quatre formations devraient soutenir la législation qui offrirait à Netanyahu et aux autres députés en proie à des déboires judiciaires l’immunité face aux poursuites, mais il devrait manquer encore six sièges pour obtenir la majorité nécessaire à l’adoption d’une telle loi.

Les initiatives visant à rassembler d’autres parlementaires ont échoué.

Netanyahu devait rencontrer le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, mercredi dans la soirée, mais le parti centriste a annulé la rencontre mardi soir, clamant qu’il n’y avait aucun signe d’intérêt, de la part du Premier ministre, à trouver un compromis dans le partage du pouvoir. Une rencontre de moindre importance entre les équipes de négociation, qui devait avoir lieu mercredi matin, a également été annulée.

Cette annonce a amené les deux formations à s’accuser mutuellement d’intransigeance, affirmant que l’autre poussait le pays vers de nouvelles élections. Netanyahu pourrait mettre un terme à ses efforts de construction d’une coalition et rendre au président d’Israël le mandat qui lui avait donné cette responsabilité.

Les responsables de Kakhol lavan ont expliqué que le Likud ne négociait pas de bonne foi et qu’il tentait seulement de leur attribuer son échec à mettre en place une coalition.

« Nous ne servirons pas de toile de fond aux jeux électoraux du Likud », a annoncé Kakhol lavan.

Les officiels de la formation ont expliqué que les pourparlers pourraient avancer si le Likud prenait place à la table des négociations sans conditions préalables et sans exiger que le reste du bloc de droite et religieux soit automatiquement inclus dans les négociations.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), le président Reuven Rivlin (au centre) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)

Le Likud a répondu qu’il était « atterré » par la décision prise par Kakhol lavan de « torpiller » les pourparlers. Il a ajouté que le parti de Gantz semblait avoir décidé « d’emmener le pays vers des élections » et blâmé le numéro deux de la formation Yair Lapid, en clamant que le principal obstacle à un accord d’unité était la résistance de ce dernier face à un accord de rotation entre Gantz et Netanyahu.

Les dirigeants de Kakhol lavan ont constamment répété qu’ils n’accepteraient pas de servir dans une coalition placée sous l’autorité de Netanyahu tant qu’il sera soupçonné de malversations criminelles.

Au mois de février, Mandelblit avait annoncé que Netanyahu devrait peut-être répondre devant les magistrats – sous réserve d’une audience – de fraude et d’abus de confiance dans trois dossiers et de pots-de-vin dans l’un d’entre eux. Le Premier ministre clame pour sa part son innocence et qualifie ses déboires judiciaires de chasse aux sorcières.

Article associé : Netanyahu inculpé de corruption et d’abus de confiance, en attendant l’audience

L’audience, retardée par des manœuvres politiques dans un contexte d’organisation de deux scrutins nationaux en Israël, et qui avait été programmée en date du 2 et du 3 octobre, devrait finalement durer quatre jours, avec des procédures qui devraient s’achever le 8 octobre, début de la fête juive de Yom Kippour.

L’équipe de la défense de Netanyahu arrivera dans les bureaux du ministère de la Justice mercredi matin à 10 heures pour la première session du processus d’audience de pré-inculpation du Premier ministre.

Shaul Elovitch au tribunal du district de Tel Aviv pour une audience de prolongation de détention dans l’affaire 4 000, le 26 février 2018. (Crédit : Flash90)

C’est l’affaire 4000 qui sera en première ligne lors de cette audience, et elle sera évoquée mercredi et jeudi. Considéré comme le plus grave, Netanyahu doit répondre, dans ce dossier, sur des présomptions l’accusant d’avoir tenté d’accorder des avantages en termes de régulation au dirigeant de Bezeq Shaul Elovitch en échange d’une couverture médiatique favorable sur le site d’information Walla, que contrôle Bezeq.

Les deux autres affaires seront débattues dimanche et lundi.

Dans l’affaire 1000, Netanyahu est soupçonné d’avoir reçu des avantages et des cadeaux d’une valeur d’environ 1 million de shekels (250 000 euros) de donateurs milliardaires. Mandelblit pencherait en faveur d’une mise en examen pour abus de confiance dans cette affaire.

L’affaire 2000 concerne un accord de contrepartie illicite présumé entre Netanyahu et Arnon Moses, éditeur du journal Yedioth Ahronoth, et dans lequel le Premier ministre aurait fait entrave au quotidien rival Israel Hayom en échange d’une couverture plus favorable de la part du Yedioth.

Netanyahu nie toute les accusations lancées à son encontre, clamant qu’elles surviennent dans le cadre d’une chasse aux sorcières menées par l’opposition politique, les médias, la police et les procureurs de l’Etat qui souhaitent le chasser du pouvoir. Il est à ses fonctions depuis 13 ans et c’est le Premier ministre qui a servi à son poste le plus longtemps dans toute l’histoire du pays.

Mardi soir, environ 300 manifestants ont organisé un rassemblement aux abords de l’habitation de Mandelblit, à Petah Tikva.

Les militants sont scandé des slogans en soutien au Premier ministre et clamé que les affaires relevaient d’un complot ourdi par les responsables de la justice et les médias – reprenant une ligne avancée par le Premier ministre lui-même.

« Ils vont déchoir le meilleur Premier ministre que nous ayons jamais connu », a déclaré au site Noam Fathi qui se trouvait à ce mouvement de protestation.

Des Israéliens manifestent en soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de l’habitation du Procureur-général d’Israël Avichai Mandelblit, le 1er octobre. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Malgré ses déboires judiciaires, Netanyahu a été chargé, la semaine dernière, par le président Reuven Rivlin de tenter de former un gouvernement sur la base du poids de son pacte conclu avec les formations de droite et ultra-orthodoxes – qui représentent au bloc de 55 députés au total. Il bénéficie de 28 jours pour mener à bien sa tâche.

Gantz, pour sa part, dirige un bloc de 54 parlementaires du centre, de la gauche et des partis à majorité arabe – mais les dix législateurs arabes de ce groupe ne rejoindraient pas une coalition avec Gantz à sa tête. L’obtention d’une majorité forte de 61 membres à la Knesset s’avère ainsi problématique pour les deux candidats.

Le Président Reuven Rivlin (à droite) charge le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un nouveau gouvernement, lors d’une conférence de presse à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Rivlin a suggéré un gouvernement d’unité avec une division égale du pouvoir où Netanyahu et Gantz serviraient deux ans chacun au poste de Premier ministre.

Rivlin a laissé entendre, sans le dire clairement, que Netanyahu prendrait un congé à durée illimitée s’il devait être inculpé dans une ou plusieurs des affaires dans lesquelles il est accusé. Sous les termes de l’accord établi par Rivlin, Gantz, en tant que « Premier ministre par intérim », bénéficierait de toute l’autorité d’un Premier ministre dans un tel scénario.

Mais les deux parties se sont trouvées dans l’incapacité de déterminer qui serait le premier chef de gouvernement sous les termes d’un tel accord.

Si rien ne change dans les positionnements de la formation, Netanyahu devrait dire à Rivlin qu’il a échoué à former un gouvernement majoritaire et il pourrait le faire dès mercredi. Ce qui amènera probablement le chef de l’Etat israélien à confier cette mission à Gantz.

Des responsables du bureau des procureurs ont indiqué mardi à la Douzième chaîne qu’ils espéraient prendre une décision finale sur l’éventuelle inculpation du Premier ministre d’ici la fin de l’année.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...