Netanyahu inculpé de corruption et d’abus de confiance, en attendant l’audience
Rechercher

Netanyahu inculpé de corruption et d’abus de confiance, en attendant l’audience

Le Likud dénonce une "persécution politique" ; Netanyahu sera accusé de fraude et d'abus de confiance dans les affaires 1000 et 2000, et de corruption dans l'affaire 4000

Message vidéo du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 19 février 2019. (Crédit : capture d'écran YouTube/GPO)
Message vidéo du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 19 février 2019. (Crédit : capture d'écran YouTube/GPO)

Dans une décision qui bouleverse radicalement la politique israélienne moins de six semaines avant les élections générales, le procureur général Avichai Mandelblit a annoncé jeudi que le Premier ministre Benjamin Netanyahu sera accusé de crimes dans trois affaires distinctes contre lui, incluant des pots-de-vin dans l’enquête approfondie menée sur la corruption de Bezeq, dans l’attente d’une audience.

Cette décision retentissante marque la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice apprend qu’il fait face à des accusations criminelles et va certainement bouleverser la politique israélienne lors des élections législatives du 9 avril.

Malgré les recommandations du procureur général, Shai Nitzan, et de la police selon lesquelles le Premier ministre devrait être jugé pour corruption dans tous les cas, M. Mandelblit opte pour une accusation moins grave d’abus de confiance dans deux des affaires connues sous le nom des Affaires 1000 et 2000.

Netanyahu sera informé qu’il peut demander une audience pour contester l’acte d’accusation, ce qui pourrait prendre jusqu’à un an, période au cours de laquelle il n’est pas légalement obligé de se retirer. Il n’est pas clair si Netanyahu pourrait continuer à servir après avoir été officiellement accusé d’infractions criminelles.

« C’est extrêmement important – pour le Premier ministre et pour nous tous », a déclaré Suzie Navot, professeure de droit constitutionnel et parlementaire. « Il s’agissait d’une enquête menée avec prudence, avec retenue – certains diraient trop de retenue, pendant trop longtemps. Les preuves ont été vérifiées et revérifiées ». Le procureur général savait très bien à quel point les retombées politiques seraient énormes, a-t-elle dit. « Et pourtant, la décision a été prise d’inculper, dans les trois cas ».

Le procureur général Avichai Mandelblit a décidé de ne pas mettre en accusation l’épouse du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Sara, et son fils Yair, pour leur rôle dans l’enquête sur la corruption Bezeq – connue sous le nom d’affaire 4000 – dans laquelle le Premier ministre sera inculpé de corruption, en attendant une audience.

Shaul Elovitch, l’actionnaire majoritaire de la société de télécommunications Bezeq, sera jugé pour corruption – en attendant une audience – de même que sa femme Iris, selon Mandelblit.

La décision de lancer des poursuites, dans l’attente d’une audience, dans les enquêtes criminelles contre Netanyahu pourrait avoir un impact décisif sur les élections, selon un sondage du Times of Israel publié jeudi. Le parti au pouvoir, le Likud, pourrait perdre à la fois une bonne partie de son soutien et sa capacité à former une coalition après le vote, indique le sondage, publié dans la nuit de mercredi à jeudi.

La loi israélienne exige seulement qu’un Premier ministre démissionne s’il est reconnu coupable, mais les experts ont suggéré que Netanyahu pourrait avoir un « problème » s’il cherche à rester en fonction après le dépôt d’une accusation formelle à l’issue du processus de l’audience.

En vertu de la loi et de la jurisprudence de la Cour suprême de justice, les ministres autres que le Premier ministre sont tenus de se retirer dans une telle situation. Il n’y a pas de règle juridique claire concernant le Premier ministre.

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d’une conférence à la Bibliothèque nationale de Jérusalem le 6 juin 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé qu’il prononcerait un communiqué de presse depuis sa résidence à Jérusalem à 20h.

Netanyahu ne répondra pas aux questions des journalistes lors de sa déclaration, a indiqué son bureau.

Bien qu’anticipée depuis plusieurs semaines, la décision d’Avichaï Mandelblit, 40 jours avant les législatives anticipées du 9 avril, est susceptible, si elle est confirmée, de changer la donne électorale et menace le long règne de « Bibi » qui, à 69 ans et après bientôt 13 ans de pouvoir, brigue un cinquième mandat.

« Personne n’est surpris par l’annonce du procureur-général après trois ans de pression incessante exercée sur lui par les médias, la gauche, les bureaucrates de la justice d’inculper le Premier ministre à tout prix – même quand il n’y a rien – pour que cela se produise avant les élections, » a réagi le Likud, dirigé par Netanyahu.

« C’est de la persécution politique, » affirme le parti au pouvoir. « La chasse aux sorcières contre le Premier ministre avait commencé par des tentatives de le piéger avec quatre affaires de corruption. Trois d’entre elles ont déjà échoué, avant l’audience. Le reste des charges s’effondrera de la même façon, comme un jeu de cartes, lorsque le Premier ministre sera confronté aux témoins, fera venir des dizaines de témoins qui, étrangement, n’ont pas été interrogés et présentera des documents et protocoles qui prouveront la légalité des actions et des décisions du Premier ministre. »

« La publication unilatérale de l’annonce du procureur-général un mois avant les élections, sans donner au Premier ministre l’occasion de prouver le caractère mensonger de ces accusations, constitue une interférence évidente et sans précédent dans les élections », a ajouté le Likud.

Le clip, partagé par le Premier ministre sur Facebook avec une vidéo similaire sur la page du Likud, décrit les poursuites engagées contre lui comme une tentative politique de le réduire à néant et appelle les électeurs à réagir en choisissant « spécifiquement Netanyahu » dans les urnes lors des élections d’avril.

« Les affaires contre Netanyahu sont un château de cartes », explique un acteur à la voix de baryton avec un grognement inquiétant dans le clip, tandis que les images de cartes à jouer lisant les différentes injustices contre le Premier ministre s’empilent à l’écran.

« Comment cette maison a-t-elle été construite ? Sous la pression de la gauche et des médias, couverture ‘positive’, témoins de l’État, fausses informations, plats à emporter et cigares, 43 députés qui n’ont pas fait l’objet d’une enquête pour avoir soutenu la loi israélienne Hayom », poursuit la voix off.

Alan Dershowitz, un éminent avocat américain, est venu à la défense de Netanyahu plus tôt jeudi, publiant une lettre ouverte à Mandelblit dans laquelle il avertissait qu’une mise en accusation contre le Premier ministre avant les élections minerait le processus démocratique.

Alan Dershowitz prenant la parole lors du dîner de l’Union Sioniste de l’Amérique à New York City, le 20 novembre 2016. (Crédit : ZOA/Facebook)

« Je suis très inquiet pour la liberté de la presse et la liberté du gouvernement en Israël si on commence à inculper les gens pour avoir essayé d’obtenir une bonne couverture médiatique », a également déclaré Dershowitz à la radio de l’Armée, en faisant référence aux affaires 2000 et 4000, qui tournent autour de transactions illicites présumées dans lesquelles le Premier ministre aurait offert des faveurs en échange d’une couverture médiatique favorable. « Je ne connais aucun autre pays qui ait criminalisé le fait d’essayer d’obtenir une bonne couverture et d’en faire une base de corruption ou toute autre enquête sur la corruption ».

Dimanche, la Commission des autorisations du Contrôleur de l’Etat a rejeté pour la deuxième fois une demande de Netanyahu de financer sa défense juridique dans les trois affaires par les paiements de riches partenaires, dont son cousin.

Ehud Olmert, premier ancien Premier ministre du pays à avoir purgé une peine de prison, a démissionné de ses fonctions en 2008 au cours de l’enquête le concernant, mais avant que l’intention de porter plainte soit annoncée. Il a passé 16 mois en prison pour corruption et a été libéré en juillet 2017.

L’ancien Premier ministre Ehud Olmert s’exprime lors d’une conférence à Tel Aviv, le 7 février 2018. (Flash90)

L’Union des partis de droite, une alliance des partis HaBayit HaYehudi, Union nationale et Otzma Yehudit, a annoncé qu’elle soutiendrait le Premier ministre Benjamin Netanyahu en tant que prochain Premier ministre, malgré l’annonce de charges de corruption portées contre lui, en attendant une audience.

« Toute personne, y compris Benjamin Netanyahu, est innocente jusqu’à preuve du contraire, et l’Union des partis de droite recommandera après les élections que le Premier ministre Netanyahu soit candidat à la formation d’un gouvernement de droite fort et stable », indique le parti dans une déclaration.

« Cependant, à la lumière de l’expérience amère du passé, il est maintenant plus clair que jamais que l’Union des partis de droite – la seule liste véritablement engagée envers la Terre d’Israël – doit être vaste et forte pour que nous ne nous retrouvions pas le lendemain les élections avec un gouvernement Bibi-Gantz-Lapid qui pourraient nous conduire à la création d’un État terroriste palestinien », a-t-il ajouté.

« Comme nous l’avons tout le temps dit, le Shas soutiendra uniquement Benjamin Netanyahu au poste de Premier ministre et le recommandera pour former le prochain gouvernement », a déclaré le parti ultra-orthodoxe du Shas. « Netanyahu est la personne la plus appropriée pour diriger le pays à ce moment-là et nous le soutiendrons en tant que Premier ministre aussi longtemps que la loi le lui permettra, » a conclu le Shas.

Shelly Yachimovich, députée de l’Union sioniste, assiste à une réunion de faction à la Knesset, le 1er janvier 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Shelly Yachimovich, chef de l’opposition, a déclaré que Netanyahu n’était plus apte à être Premier ministre après la confirmation de la décision du procureur général Avichai Mandelblit des accusations de corruption et d’abus de confiance portées contre lui, dans l’attente d’une audience.

« A partir de ce moment triste, Netanyahu qui se bat pour sa vie personnelle, est inapte à se battre pour les vies des citoyens de l’Etat, inapte à être Premier ministre et inapte même aux élections », a déclaré Yachimovich dans une déclaration.

« J’appelle Netanyahu : si vous êtes un patriote qui aimez le pays, allez blanchir votre nom sans traîner tout un pays en otage », ajoute-t-elle. « Vous n’êtes pas Superman, il n’y a aucun être humain qui puisse prendre des décisions nationales cruciales sans qu’il soit affecté par sa bataille personnelle 24 heures sur 24. »

Le président américain Donald Trump (à gauche) avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au Musée d’Israël à Jérusalem, le 23 mai 2017. (Mandel Ngan/AFP/Getty Images via JTA)

Netanyahu a reçu jeudi le soutien du président américain Donald Trump, à l’issue d’un sommet à Hanoï avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.

« Ce que je peux dire, c’est qu’il a fait un excellent travail en tant que Premier ministre », a dit M. Trump.

M. Netanyahu n’est pas encore inculpé. Mais la question est ouvertement posée: aussi dominante que soit la figure de M. Netanyahu sur la scène politique, les électeurs prendront-ils le risque qu’il soit reconduit alors que l’inculpation le guette ?

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...