Sondage Times of Israel : L’annonce d’une mise en accusation changerait la donne
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Sondage Times of Israel : L’annonce d’une mise en accusation changerait la donne

A la veille de la décision du procureur général, un sondage montre que Netanyahu risque de perdre à la fois un soutien important et, surtout, la capacité de former une coalition

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite). (Gili Yaari, Yonatan Sindel/Flash90)
Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite). (Gili Yaari, Yonatan Sindel/Flash90)

Une décision du procureur général de poursuivre en justice, dans l’attente d’une audience, le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le cadre des enquêtes criminelles contre lui, pourrait avoir un impact décisif sur les élections du 9 avril, selon un nouveau sondage du Times of Israel. Le parti au pouvoir, le Likud, perdrait à la fois une bonne partie de ses partisans ainsi que sa capacité à former une coalition après le vote, selon le sondage, publié dans la nuit de mercredi à jeudi.

Selon le sondage (les résultats complets se trouvent ici), mené en exclusivité pour le Times of Israel, le Likud de Netanyahu perdrait quatre sièges prévus à la Knesset aux élections d’avril si le procureur général Avichai Mandelblit annonçait son intention de porter plainte contre lui, une décision qui devrait vraisemblablement être annoncée jeudi.

Plus important encore, en raison de la défection des électeurs du Likud et d’un léger changement dans les préférences des petits partis, trois d’entre eux se situant en dessous du seuil de vote, le parti Kakhol lavan nouvellement formé pourrait voir son nombre de sièges à la Knesset augmenter considérablement, le plaçant bien avant tous les autres partis et le plaçant en position de force pour former une coalition. (Les trois partis qui tomberaient en dessous du seuil de 3,25 % de la Knesset dans le changement induit par une décision de mise en accusation sont Shas, Yisrael Beytenu et Raam-Balad. Leurs votes seraient alors redistribués entre les partis qui franchissent le seuil. Le parti Gesher de Orly Levy-Abekasis ne parvient pas à rejoindre la Knesset, selon le sondage, que Mandelblit décide ou non de poursuivre Netanyahu).

Menée cette semaine par la société de sondage Number 10 Strategies, l’enquête montre que le Likud passerait de 29 sièges si aucune accusation de corruption n’est portée contre Netanyahu, à 25 sièges si des accusations sont portées, en attendant une audience. Plus d’un quart (28 %) de ceux qui envisagent de voter pour le Likud ont déclaré qu’ils n’ont pas l’intention de voter pour le parti si le procureur général annonce son intention d’inculper le Premier ministre.

A LIRE : Élections israéliennes : intégralité des résultats du sondage du Times of Israel

Le parti Kakhol lavan de l’alliance Benny Gantz-Yair Lapid, en revanche, passerait de 36 à 44 sièges, si Mandelblit annonce son intention d’inculper.

Le sondage montre que Kakhol lavan remporterait plus de sièges que le Likud de Netanyahu, que Mandelblit annonce ou non son intention d’inculper le Premier ministre, mais ce n’est que s’il fait face à des accusations criminelles que le bloc de droite / ultra-orthodoxe de Netanyahu ne réussira pas à rassembler les 61 sièges ou plus dans la Knesset de 120 membres nécessaires pour former une coalition majoritaire.

Le sondage Times of Israel – Number 10 Stratégies indiquant les intentions de vote actuelles, le 27 février 2019.

Sans annonce de mise en accusation, le Likud et ses partenaires probables obtiendraient 61 sièges, soit une faible majorité au sein de la Knesset de 120 sièges, mais suffisamment pour former un gouvernement. Si Mandelblit annonce son intention de porter plainte, les mêmes partis n’en recevront que 55 au total.

Kakhol lavan a été formé la semaine dernière, quand Hossen LeYisrael et Yesh Atid ont accepté de se présenter sur une liste commune avec le parti Telem de Moshe Yaalon et Gabi Ashkenazi, qui comme Gantz et Yaalon est un ancien chef militaire. Depuis lors, il a obtenu de très bons résultats dans les sondages, et les résultats du Times of Israel montrent que, même en l’absence d’une mise en accusation contre Netanyahu, il élargirait son avance sur le Likud, totalisant 36 sièges contre les 29 du parti au pouvoir à la Knesset.

Pourtant, dans ce scénario, Kakhol lavan ne serait pas en mesure de former une coalition de 61 sièges ou plus. Après l’annonce d’un acte d’accusation, cependant, Kakhol lavan pourrait réussir à former une coalition avec le soutien des travaillistes et de deux des partis Meretz, Koulanou, Yisrael Beytenu ou les ultra-orthodoxes, selon le sondage.

Mandelblit a refusé les requêtes des avocats de Netanyahu demandant que l’annonce de son intention d’inculper ou non Netanyahu ne soit faite qu’après le scrutin d’avril. Selon de nombreux rapports, il annoncera son intention d’inculper le Premier ministre, sous réserve d’une audience, dans deux, voire dans les trois des affaires contre le Premier ministre jeudi. Le processus d’audition aurait lieu après les élections.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du Cabinet de l’époque Avichai Mandelblit lors de la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 février 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

En cas d’annonces de mise en accusation, le Parti travailliste arriverait en troisième position avec huit sièges, soit une légère baisse par rapport à la hausse enregistrée dans les sondages après ses primaires au début du mois, et un creux historique pour l’ancienne puissance politique israélienne qui détient actuellement 19 sièges. Notamment, dans le scénario post-accusation, le Parti travailliste est le seul parti autre que le Likud (et les trois partis qui tombent en dessous du seuil) à ne pas voir du tout une augmentation dans le sondage.

Le parti HaYamin HaHadash, qui a été créé au début du cycle électoral par Naftali Bennett et Ayelet Shaked, deux ministres qui ont quitté HaBayit HaYehudi, obtient huit sièges, avant les inculpations, conjointement avec le Parti travailliste. Après la décision d’inculper, HaYamin HaHadash passerait à 10 sièges.

Suivant le Parti travailliste et HaYamin HaHadash, dans le premier scénario, viennent le parti ultra-orthodoxe YaHadout HaTorah et l’union Hadash-Taal de deux partis arabes-israéliens, avec sept sièges. Les deux passeraient à huit après l’annonce d’une mise en accusation.

L’union des partis de droite, une fusion récente des partis sionistes religieux HaBayit HaYehudi et Ihoud Leoumi avec l’extrémiste Otzma Yehudit, obtiennent cinq sièges avant une mise en accusation, et six après une annonce.

Dans le scénario pré-accusation, cinq partis au total se trouvent dangereusement près du seuil électoral de 3,25 % pour entrer à la Knesset. Selon les résultats, Meretz, Koulanou, Yisrael Beytenu, Shas et Raam-Balad, une deuxième union de deux partis arabes-israéliens, ont tous obtenu juste assez pour remporter quatre sièges, le plus petit nombre possible.

Le sondage Times of Israel – Number 10 Strategies, montrant les intentions de vote actuelles (en bleu foncé), et les intentions de vote si le procureur général annonce son intention d’inculper Benjamin Netanyahu en attendant une audience (bleu clair), le 27 février 2019. Il est à noter que Yisrael Beytenu, Shas et Raam-Balad glissent sous le seuil électoral dans le second scénario.

Ce sont ces partis vulnérables qui pourraient être les plus durement touchés par l’annonce d’une mise en accusation et qui, à leur tour, pourraient avoir une incidence considérable sur les résultats globaux.

Selon le sondage, un petit pourcentage des électeurs de Shas, Yisrael Beytenu et Raam-Balad passeront chez Kakhol lavan afin de renforcer l’adversaire du Likud à la lumière des accusations contre Netanyahu. Mais si, comme prévu, ce petit décalage est suffisant pour les pousser en dessous du seuil, la redistribution des votes se traduira par une augmentation significative pour Kakhol lavan.

Avec 12 sièges à répartir entre les partis restants, Kakhol lavan pourrait en gagner quatre de plus, en plus des quatre qu’ils ont déjà pris au Likud. Ainsi, avec la perte de quatre sièges pour le Likud et le gain de huit pour Kakhol lavan, l’écart entre les deux passe de 7 à 19, avec Kakhol lavan à 44 sièges et le Likud à 29.

Indépendamment de l’affectation des sièges à la Knesset, qui pourrait changer de manière significative selon que les petits partis dépassent ou non le seuil, le Likud enregistre une baisse de 19 % avant une mise en accusation à 15 % après, tandis que Kakhol lavan voit une augmentation de 23 % à 26 %.

Alors que les sondages sont presque quotidiens en Israël dans les mois qui précèdent les élections et ne sont pas considérés comme trop fiables, pris dans leur ensemble, les sondages peuvent souvent servir d’indicateur général du climat politique et de l’orientation que prendra le vote.

Plusieurs questions spécifiques posées aux personnes interrogées dans le sondage du Times of Israel au sujet des enquêtes ont également apporté de mauvaises nouvelles pour Netanyahu.

35 % des répondants ont dit qu’ils étaient d’accord avec l’énoncé : « Les enquêtes sur Benjamin Netanyahu sont mesquines et politiquement motivées. Ils savent qu’il gagnera les élections, alors ils essaient de trouver d’autres moyens de le chasser du pouvoir ».

47 % ont dit être d’accord avec une deuxième affirmation, à savoir que les enquêtes sont « extrêmement sérieuses et ne doivent pas être prises à la légère » et que si Netanyahu est inculpé, « il doit immédiatement se retirer ».

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 15 octobre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour les électeurs du Likud, 81 % ont déclaré être davantage d’accord avec la première déclaration, tandis que 10 % ont déclaré que la seconde représentait mieux leur opinion.

Lorsqu’on leur a demandé s’ils croyaient qu’après une décennie au pouvoir, M. Netanyahu devrait continuer à occuper le poste de direction, 19 % des répondants ont dit qu’ils étaient satisfaits de son leadership et voulaient qu’il continue. 26 % ont dit qu’ils croyaient qu’il était « temps pour un changement », mais qu’ils ne voyaient pas d’alternative viable, tandis que 55 % ont dit que le Premier ministre devrait se retirer.

Il est frappant de constater que si 56 % des électeurs du Likud se sont déclarés satisfaits de Netanyahu, 44 % ont déclaré qu’ils soutiendraient son éviction s’il y avait une alternative.

Dans le cas d’un face à face avec Benny Gantz, cependant, Netanyahu conserve toujours la première place, avec un score de 41 % contre 39 % pour l’ancien chef d’état-major de Tsahal.

Netanyahu nie tout acte répréhensible dans les trois affaires contre lui, et a allégué que les enquêtes contre lui sont une « chasse aux sorcières » impliquant la gauche, les médias et la police, faisant pression sans relâche sur un procureur général « faible ».

Le sondage a été réalisé par le biais de panels en ligne entre le 24 et le 27 février 2019 auprès d’un échantillon représentatif de 708 électeurs probables aux prochaines élections à la Knesset. Les répondants qui ont indiqué qu’ils étaient incertains ou moins susceptibles de voter n’ont pas été inclus dans l’échantillon. 18 % des personnes interrogées étaient arabophones et interrogées en arabe. Les résultats sont arrondis au chiffre entier le plus proche. La marge d’erreur est de +/-3,7 % avec un niveau de confiance de 95 %.

L’enquête a été formulée par le Times of Israel et Simon Davies, un partenaire du cabinet de conseil politique Number 10 Strategies.

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