Bannon n’est pas antisémite, mais est heureux de les courtiser, selon un ex-collègue
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Bannon n’est pas antisémite, mais est heureux de les courtiser, selon un ex-collègue

Tout en disant que Breitbart est pro-Israël, Ben Shapiro trouve que le choix de Trump veut toujours "se soumettre au pire du pire en termes de droite alternative"

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Stephen Bannon (Crédit : Twitter)
Stephen Bannon (Crédit : Twitter)

WASHINGTON – Stephen Bannon, nommé stratège en chef de la Maison Blanche par le président américain élu Donald Trump, a participé à façonner le site internet Breitbart News en repère du mouvement raciste et antisémite de la droite alternative, mais n’a jamais présenté lui-même la moindre haine envers les juifs, selon un ancien éditeur du site.

Ben Shapiro, qui a été rédacteur en chef de Breitbart, a déclaré n’avoir jamais vu « de preuve directe que Bannon soit antisémite » quand il travaillait avec lui, mais a été témoin de son confort à se soumettre au lectorat marginal de la publication, qui au cours des 18 mois écoulés a galvanisé l’improbable ascension de Trump à la Maison Blanche.

Le choix de Bannon comme conseiller et stratège en chef de la Maison Blanche, l’un des postes les plus importants de la future administration Trump, a attiré le mépris des démocrates comme des républicains, ainsi que des associations juives, musulmanes et de lutte contre le racisme.

« C’est un triste jour quand un homme qui dirigeait le premier site internet de la ‘droite alternative’, un vague mouvement de nationalistes blancs, de racistes et d’antisémites imperturbables, est désigné pour être haut responsable de la ‘maison du peuple’ », a annoncé la Ligue anti-diffamation (ADL) dans un communiqué dimanche soir, juste après l’annonce de la nomination.

Bannon a dirigé Breitbart jusqu’en août, quand il est devenu le directeur général de la campagne de Trump.

Sous la direction de Bannon, le site internet a promu un agenda nationaliste et est devenu un média leader de la droite alternative, un mouvement souvent associé avec les idées suprématistes, qui s’oppose au multiculturalisme et défend « les valeurs occidentales ».

Bannon lui-même a une fois désigné son site comme la « plate-forme de la droite alternative ».

Ben Shapiro (Crédit : Twitter)
Ben Shapiro (Crédit : Twitter)

Shapiro, chroniqueur conservateur et juif orthodoxe qui est à présent rédacteur en chef du Daily Wire, a quitté Breitbart en mars 2016 après y avoir travaillé quatre ans.

Shapiro, qui appartenait au camp des républicains anti-Trump, aurait été consterné par l’absence de soutien du site internet à un journaliste qui aurait été agressé par l’ancien directeur de campagne de Trump, Corey Lewandoswki.

Pendant toutes ses années à travailler avec Bannon, Shapiro a déclaré qu’il n’avait jamais remarqué aucun comportement antisémite de sa part, mais a noté qu’il avait développé une publication résolument pro-Israël tout en étant heureux de gratifier un lectorat à la nature clairement antisémite et raciste.

« Tout ce que je peux dire, c’est ce que j’ai vu dans ses actes, et c’est que Breitbart a été largement pro-Israël. C’est quand j’y étais, et c’est toujours le cas, a-t-il déclaré récemment au Times of Israël. Mais ils ont aussi voulu se soumettre au pire du pire en terme de droite alternative antisémite. »

« Le fait qu’ils se soumettent à la droite alternative (…) démontre qu’ils sont heureux de frayer avec des personnes qui ne sont pas particulièrement formidables avec les juifs », a-t-il ajouté.

Stephen Bannon pendant le discours de Donald Trump, alors candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, pendant le dernier meeting de la campagne, à Grand Rapids, Michigan, le 7 novembre 2016. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)
Stephen Bannon pendant le discours de Donald Trump, alors candidat républicain à l’élection présidentielle américaine, pendant le dernier meeting de la campagne, à Grand Rapids, Michigan, le 7 novembre 2016. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

Bannon lui-même a été accusé personnellement d’antisémitisme. Son ex-femme a déclaré sous serment, pendant leur procédure de divorce, que Bannon avait fait des remarques antisémites quand le couple décidait dans quelle école privée envoyer leurs filles il y a presque dix ans.

Mary Louise Piccard avait déclaré que son ex-mari avait émis des objections à l’idée d’envoyer leurs filles dans une école d’élite de Los Angeles parce qu’il « ne voulait pas que les filles aillent à l’école avec des juifs. »

Alexandra Preate, porte-parole de Bannon, a démenti qu’il ait jamais dit une chose pareille.

Shapiro a décrit Bannon comme un « populiste nationaliste » qui maintient une orientation politique assez semblable à celle de la communauté de la droite alternative en général. « Je pense qu’il est enthousiaste devant les arguments ethniques et culturels de la droite alternative, a-t-il déclaré. Il est enthousiasmé par cette idéologie. Il n’a aucun problème avec elle. »

L’un des caractères centraux de la pensée de la droite alternative est que l’immigration et le multiculturalisme sont des menaces pour l’identité blanche.

Beaucoup des articles qui ont été publiés sur le site de Breitbart au cours des années ont été très provoquants et ont gagné la dérision de nombreuses associations.

En mars, le site internet avait été critiqué pour un titre qui appelait le républicain anti-Trump Bill Kristol « un juif renégat ». Lundi, l’auteur juif conservateur David Horowitz a publié un article sur Breitbart défendant Bannon et déclarant qu’il avait lui-même écrit le titre du « juif renégat ».

Bannon « n’a pas un seul os antisémite dans le corps », a écrit Horowitz.

Dans un autre incident, peu après le meurtre de neuf afro-américains dans une fusillade dans une église de Charleston, en Caroline du Sud, Breitbart avait publié un article avec le titre « Hissez-le haut et fier : le drapeau confédéré proclame un héritage glorieux ».

Après le massacre, des photos de meurtrier, Dylan Roof, le montraient en train de poser avec une arme et un drapeau confédéré.

Vers la fin de sa campagne, Donald Trump avait donné un discours à West Palm Beach, en Floride, dont beaucoup, comme l’ADL, ont jugé composé de métaphores antisémites ancrées depuis longtemps.

Le candidat aux primaires du parti républicains en vue des élections présidentielles, Donald Trump, pendant son discours au Republican Jewish Coalition 2016 à Washington, le 3 décembre 2015 (Crédit : AFP PHOTO / SAUL LOEB)
Le candidat aux primaires du parti républicains en vue des élections présidentielles, Donald Trump, pendant son discours au Republican Jewish Coalition 2016 à Washington, le 3 décembre 2015 (Crédit : AFP PHOTO / SAUL LOEB)

Le 13 octobre, Trump avait parlé d’une « structure de pouvoir mondiale qui est responsable des décisions économiques qui ont volé notre classe ouvrière, dépouillé notre pays de sa richesse et placé l’argent dans les poches d’une poignée de grandes corporations et d’entités politiques. »

« La machine Clinton est au centre de cette structure de pouvoir, avait-il ajouté. Nous voyons directement cela dans les documents WikiLeaks, dans lesquels Hillary Clinton rencontre en secret les banques internationales pour prévoir la destruction de la souveraineté américaine afin d’enrichir ses puissances financières mondiales, ses amis aux intérêts particuliers et ses donateurs. Si vrai. »

La rhétorique complotiste de banquiers internationaux se rencontrant en secret pour détruire la souveraineté américaine fait écho aux « Protocoles des Sages de Sion », un faux antisémite qui décrit un projet juif de domination mondiale.

« Bannon sait que quand vous dites ‘banquiers internationaux’, cela a une certaine connotation »
Ben Shapiro

Une rumeur affirmait que Bannon, avec Stephen Millier, avait coécrit le discours de Trump. « Ils ne sont pas stupides, a souligné Shapiro. Bannon sait que quand vous dites ‘banquiers internationaux’, cela a une certaine connotation. »

La droite alternative a été l’une des bases de soutien les plus fortes de Trump tout au long de la campagne. Bien qu’il n’ait jamais soutenu explicitement le mouvement, des experts ont affirmé à plusieurs reprises qu’il en avait adopté le langage codé pour leur bien.

« Il fait toujours des signes à ceux qui le soutiennent, a déclaré Shapiro. Et il n’a pas de partisans plus fervents que les personnes de la droite alternative. »

Depuis que Trump a annoncé la nomination de Bannon, et celle du président du Comité national républicain Reince Priebus comme directeur de cabinet, des républicains, des démocrates et diverses associations juives ont dénoncé cette décision, affirmant que Bannon représente une marque de populisme nationaliste qui encourage les racistes et ne devrait pas être à proximité du Bureau ovale.

Plusieurs dirigeants de la droite alternative et du suprématisme blanc ont salué la nomination de Bannon, selon le Southern Poverty Law Center, qui suit les nationalistes blancs qui célèbrent la promotion de Bannon.

David Duke, ancien dirigeant du Ku Klux Klan qui a perdu une élection pour un siège au Congrès, a déclaré que la promotion de Bannon était une « excellente » décision, selon le site d’informations The Hill.

Richard Spencer, l’une des figures les plus importantes de la droite alternative, a déclaré sur Twitter que « stratège est le meilleur poste possible pour Steve Bannon dans la Maison Blanche de Trump. »

Des agences ont contribué à cet article.

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