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Barlev : les soldats garderont les détenus à moins que la loi ne change

Le ministre affirme que l’affectation des conscrits dans les prisons est inscrite dans la loi ; Gantz ne renouvellera pas l'accord tant que "les esprits ne seront pas apaisés"

Le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev assistant à une réunion des Travaillistes à la Knesset, à Jérusalem, le 16 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev assistant à une réunion des Travaillistes à la Knesset, à Jérusalem, le 16 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a rejeté mercredi la demande du ministre de la Défense, Benny Gantz, de mettre fin à un accord de plusieurs années permettant aux conscrits de l’armée d’être enrôlés dans l’administration pénitentiaire israélienne (IPS), affirmant qu’un changement de la loi serait nécessaire.

La demande a été faite suite aux allégations d’une ancienne soldate selon lesquelles elle aurait été violée à plusieurs reprises par un prisonnier sécuritaire palestinien – soit un détenu accusé de crimes terroristes.

Des signalements faisant état de harcèlement et d’agressions sexuelles sur des soldates et des gardiennes de prison dans les prisons israéliennes ont émergé il y a plusieurs années, mais ont en grande partie été écartés jusqu’à ce qu’une enquête soit rouverte l’année dernière après que de nouvelles allégations ont été formulées.

Barlev a déclaré que sauf amendement législatif, les soldates continueront à servir comme personnel de sécurité et à occuper des postes administratifs dans les prisons, mais qu’elles n’étaient pas censées avoir de contact direct avec les détenus.

En début de semaine, Gantz a écrit une lettre à Barlev – qui, en tant que ministre de la Sécurité intérieure, supervise l’IPS – pour demander que les soldates ne soient plus amenées à être en contact avec des terroristes palestiniens jusqu’à l’ouverture d’une enquête sur les allégations de viol. Il a également déclaré qu’il réexaminerait l’ensemble des dispositions selon lesquelles les conscrits, hommes et femmes, servent dans les prisons.

En réponse à la lettre, Barlev a fait remarquer que les demandes de Gantz nécessiteraient des modifications de la législation et qu’une évaluation récente de l’armée israélienne a montré que les soldats – hommes et femmes – qui servaient dans les prisons étaient satisfaits de leur affectation.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz lors d’une conférence de presse de la Treizième chaîne à Jérusalem, le 26 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Barlev s’est déclaré aussi « choqué » que Gantz des allégations de viol formulées par la géôlière.

« Les actes tels qu’ils sont décrits sont horribles », écrit Barlev.

Mais, a-t-il souligné, les soldates ne sont pas censées être en contact direct avec les prisonniers sécuritaires et ne sont censées s’occuper que de la sécurisation des sites et des tâches administratives.

« Tout placement d’une conscrite en présence d’un détenu sécuritaire est contraire aux directives et sera traité avec la plus grande sévérité de la loi », a déclaré Barlev.

En ce qui concerne l’insistance de Gantz pour que les soldates ne soient plus du tout chargées de garder les prisonniers sécuritaires, Barlev a rappelé un accord de 2005 qui a transféré la responsabilité des prisonniers sécuritaires de l’armée au service pénitentiaire israélien. Le plan prévoit de faire effectuer aux soldats, hommes et femmes, leur service militaire obligatoire dans les prisons, et est inscrit dans la loi sur le service militaire. Ce plan avait initialement été approuvé pour une période de trois ans et est régulièrement reconduit depuis.

Par conséquent, écrit Barlev, « un changement dans la désignation et la manière de placer les soldats conscrits dans le service pénitentiaire nécessite un changement de législation à la Knesset ».

Barlev a noté que ces dispositions législatives ont été renouvelées en décembre 2021 pour un an. À l’époque, la commission de la Sécurité intérieure de la Knesset et la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset avaient discuté de la question, car les détails des abus présumés de soldates à la prison de Gilboa avaient déjà été révélés.

Un gardien de prison dans un mirador de la prison de Gilboa, dans le nord d’Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Flash90)

Barlev a noté que Tsahal a reçu l’ordre d’examiner les conditions de travail de tous les militaires qui se voient attribuer des rôles en dehors du cadre militaire, y compris le service pénitentiaire.

Un rapport de l’équipe d’inspection de Tsahal a constaté « que tous les membres du service des prisons sont satisfaits de leur service et sont même fiers de leur travail. Ainsi, la plupart de ceux qui servent ont exprimé leur volonté de continuer à servir dans l’administration pénitentiaire sur une base permanente », a cité Barlev.

« Les soldats en poste ont même mentionné à l’équipe d’inspection qu’ils avaient été informés de la question du harcèlement sexuel lors de leur admission dans l’unité » et qu’ils savaient où signaler les incidents en cas d’abus, a écrit Barlev à Gantz.

Barlev a néanmoins proposé que les ministères de la Sécurité intérieure et de la Défense poursuivent leurs discussions sur cette question.

S’exprimant lors d’une réunion des factions à la Knesset de son alliance Kakhol lavan – Tikva Hadasha, Gantz a déclaré qu’il avait reçu la lettre de Barlev et qu’il était d’accord sur la nécessité de former une équipe interministérielle pour travailler sur cette question.

« Si nécessaire, nous soumettrons la question à la loi », a déclaré Gantz, selon un communiqué de son bureau.

Mais il a prévenu que si une solution n’était pas trouvée, il ne renouvellera pas l’accord sur les gardiens de prison à la fin de l’année.

« Si aucune solution satisfaisante n’est trouvée – je ne renouvellerai pas l’ordre autorisant le service dans quatre mois », a déclaré Gantz.

Harcèlement par des condamnés criminels

En plus des accusations selon lesquelles des soldates ont été agressées par des prisonniers de sécurité, la chaîne publique Kan a rapporté mercredi qu’une gardienne de prison de haut rang a affirmé qu’il y avait chaque année des dizaines de plaintes de femmes agressées par des prisonniers condamnés pour des infractions pénales.

« Le harcèlement est presque quotidien », a déclaré la gardienne, qui n’a pas été nommée dans le reportage. « Nous parlons de crimes sexuels, d’actes indécents, de harcèlement verbal, et aussi de tentatives d’agressions sexuelles ».

Un bus du service de l’Administration pénitentiaire transportant des prisonniers, le 18 décembre 2011. (Uri Lenz/FLASH90)

La gardienne a déclaré que les abus visent les travailleuses sociales qui se retrouvent seules avec les prisonniers, les agents d’éducation et les agents de formation.

Elle a ajouté qu’un dossier pénal était alors ouvert contre le détenu mis en cause, qu’il était sanctionné par une mise à l’isolement pendant un certain temps ou par toute autre mesure, puis renvoyé dans son aile ou transféré dans une autre prison.

D’anciens membres masculins du personnel pénitentiaire ont confirmé ces affirmations, déclarant que « c’est la réalité », selon Kan.

« Il ne fait aucun doute que, naturellement, en raison de leur travail, ils sont exposés à des défis et des réalités complexes que tout le monde ne peut ou ne veut pas accepter », a déclaré l’IPS à la chaîne dans un communiqué.

L’IPS a déclaré qu’il faisait tout son possible pour assurer un environnement de travail sûr et qu’il avait une politique de tolérance zéro pour les agressions sexuelles.

Dans un autre coup dur pour l’IPS, un gardien de prison à la prison pour femmes de Neve Tirtzah a été mis en congé suite à l’enquête du service sur les allégations selon lesquelles il aurait eu des relations sexuelles avec une prisonnière, a rapporté Kan.

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