Beaucoup d’Autrichiens ignorent que 6 millions de Juifs ont péri dans la Shoah
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Beaucoup d’Autrichiens ignorent que 6 millions de Juifs ont péri dans la Shoah

Une étude à l'occasion de Yom HaShoah montre une "effroyable ignorance" du génocide, même si les Autrichiens surestiment le rôle de leur pays dans le sauvetage des Juifs

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

Des prisonniers libérés du camp de Mauthausen (Crédit : Domaine public)
Des prisonniers libérés du camp de Mauthausen (Crédit : Domaine public)

Une majorité d’Autrichiens ignorent l’ampleur de la Shoah et le nombre de Juifs assassinés, et minimisent le rôle de leur pays dans le génocide, selon une étude publiée à l’occasion de Yom HaShoah en Israël.

L’étude, réalisée par la Conference on Jewish Material Claims Against Germany (Claims Conference), a interrogé 1 000 Autrichiens adultes qui ont répondu par téléphone ou en ligne à une série de questions sur la Shoah et la Seconde Guerre mondiale.

Selon le sondage, 56 % des Autrichiens ignoraient que 6 millions de Juifs avaient été assassinés pendant la Shoah, et 36 % croyaient que 2 millions de Juifs ou moins avaient été tués. 25 % croyaient que moins d’un million de Juifs avaient été tués, et 12 % estimaient à moins de 100 000 le nombre de Juifs morts pendant la Shoah.

Les chiffres étaient plus élevés chez les jeunes répondants : 58 % des sondés des millenials (la génération du millénaire) ou de la génération Z ignoraient que 6 millions de Juifs avaient été tués. Fait significatif, 30 % croyaient que moins d’un million de personnes avaient été tuées et 17 % croyaient que 100 000 Juifs avaient été assassinés.

En particulier, 42 % des personnes interrogées ne connaissaient pas le camp de concentration de Mauthausen, situé à 146 kilomètres de Vienne. Selon le musée national israélien de la Shoah, Yad Vashem, 119 000 personnes ont été tuées ou sont mortes en raison des conditions difficiles qui ont régné à Mauthausen, parmi elles 38 000 juifs.

Les résultats de l’étude ne sont pas radicalement différents de ceux de deux études similaires menées aux États-Unis et au Canada au cours des 12 derniers mois, a déclaré Greg Schneider, vice-président de la Claims Conference. Cependant, le manque de connaissances est d’autant plus poignant que la Shoah s’est produite sur le sol autrichien.

« Beaucoup de tendances sont identiques – c’est-à-dire un manque effroyable de connaissances sur la Shoah », a déclaré M. Schneider au Times of Israel. « Les gens sont au courant de la Shoah, mais le défi, d’après les résultats de l’enquête, est une distorsion du contexte, des faits, de l’ampleur et de la proximité. »

Juifs viennois derrière les barreaux au camp de concentration de Mauthausen. (Avec l’aimable autorisation de la Claims Conference)

« Mauthausen était l’un des camps de concentration nazis les plus sadiques et les plus cruels, à seulement 160 km de Vienne, dans un très, très petit pays », a-t-il dit. « Alors, avoir 42 % d’Autrichiens qui disent qu’ils ne le connaissent pas, c’est très décevant. »

Un quart des personnes interrogées connaissaient le fameux camp de concentration de Dachau et, en ce qui concerne le ghetto de Varsovie, Bergen-Belsen, Treblinka et Theresienstadt, ce chiffre était inférieur à 5 %.

Outre le manque de connaissances, il y avait aussi une tendance à brosser un tableau plus positif du pays et de son rôle dans la Shoah. La moitié des personnes interrogées ne connaissaient pas le nom d’Adolf Eichmann, et seulement 14 % savaient qu’il était autrichien, tandis que 68 % ont déclaré que l’Autriche était à la fois victime et auteur de la Shoah. 13 % ont déclaré que le pays n’était qu’un exécutant.

28 % pensent que « beaucoup ou de nombreux » Autrichiens ont œuvré pour sauver le peuple juif pendant la guerre, malgré le fait que 109 personnes sur une population de 6,7 millions environ pendant la guerre sont reconnues comme ayant fait cela par Yad Vashem, un taux relativement faible par habitant.

En comparaison, la Hongrie voisine compte 844 personnes reconnues comme Justes parmi les nations par Yad Vashem sur une population en temps de guerre d’environ 9 millions d’habitants, soit environ six fois le taux par habitant de l’Autriche.

« Ils savent que la Shoah a eu lieu, que des Juifs ont été tués. Mais il y a une perception divergente du nombre de personnes tuées… Il est clair qu’il faut réaligner l’éducation sur les faits », a déclaré M. Schneider.

Il est clair qu’il faut réaligner l’éducation sur les faits

La bonne nouvelle, a-t-il dit, c’est que « ces enquêtes montrent, dans leur grande majorité, que les gens estiment que la Shoah devrait être enseignée dans les écoles. 82 % de tous les Autrichiens et 87 % des millenials et de la Génération Z pensent qu’elle devrait être enseignée. »

« Le fait que la Shoah se soit déroulée sur place représente un défi supplémentaire, car elle oblige l’enseignant à faire face à un récit très personnel et émotionnel sur la participation de leurs parents ou de leurs arrière-grands-parents – où étaient-ils, qu’ont-ils fait et que savaient-ils ? » explique Schneider.

« Mais il y a aussi une grande opportunité, parce que lorsque vous enseignez la Shoah, l’une des choses difficiles à faire est de rendre les événements d’il y a 70 ou 80 ans pertinents pour un jeune de 14 ans », dit-il.

Greg Schneider, vice-président exécutif de la Claims Conference. (Uriel Heilman/JTA)

M. Schneider a également déclaré que les résultats sont très pertinents aujourd’hui, car le monde connaît « un tsunami d’antisémitisme » plus important que ce que les communautés juives ont connu depuis la Shoah.

Citant deux fusillades dans des synagogues aux États-Unis au cours des six derniers mois, M. Schneider a déclaré qu’il existe un lien direct entre la compréhension de l’histoire de la Shoah, son contexte, son déroulement et les moyens de la prévenir et les attaques violentes qui se déroulent de nos jours.

« La Shoah ne s’est pas produite par hasard – elle n’a pas commencé à Auschwitz ou à Mauthausen – elle a commencé avec des mots, des gens déshumanisants, en disant : ‘Cette personne est autre' », a-t-il dit. « Et puis, une fois qu’on les déshumanise avec des mots, ça s’intensifie rapidement et on passe des paroles aux actes, au meurtre et aux horreurs innommables. »

Bien que l’expérience de la Shoah soit certainement unique au peuple juif, les leçons peuvent être universelles, a dit M. Schneider.

« Le mois dernier, nous avons eu des fusillades, du terrorisme, dans une mosquée en Nouvelle-Zélande, des églises au Sri Lanka, des synagogues aux États-Unis », a dit Schneider. « En fin de compte, la haine est la haine. Donc, déshumaniser quelqu’un, en faire l’autre, puis permettre le passage à l’acte, doit être éradiqué. Nous devons comprendre que c’est ce qui peut arriver et qu’il faut y mettre un terme. »

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