Belmondo, une mère qui aurait sauvé des Juifs, son combat contre l’antisémitisme
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Belmondo, une mère qui aurait sauvé des Juifs, son combat contre l’antisémitisme

Patriarche du cinéma français, Bébél ne s'est jamais rendu en Israël, bien qu'il y était relativement connu, notamment des cinéphiles

L’acteur français Jean-Paul Belmondo, au match de football Monaco/Toulouse au Stade Louis II à Monaco, le 4 août 2017. (Crédit : VALERIE HACHE / AFP)
L’acteur français Jean-Paul Belmondo, au match de football Monaco/Toulouse au Stade Louis II à Monaco, le 4 août 2017. (Crédit : VALERIE HACHE / AFP)

Jeudi dernier, dans la cour des Invalides, un hommage national était rendu à Jean-Paul Belmondo, décédé trois jours plus tôt à l’âge de 88 ans. La cérémonie a eu lieu en présence de nombreuses personnalités politiques et du monde du spectacle et du président de la République Emmanuel Macron.

Patriarche du cinéma français, Belmondo ne s’est jamais rendu en Israël, bien qu’il y était relativement connu, notamment des cinéphiles.

Si ses liens avec la communauté juive n’ont pas été très importants, l’acteur avait déclaré, dans une interview au Figaro en 2010, que sa mère « a caché des Juifs pendant la guerre, pendant que nous vivions à Clairefontaine ».

Dans le même entretien, il était revenu sur le passé de son père, Paul Belmondo, un temps accusé de collaboration après la guerre, bien qu’aucune faute n’ait été finalement retenue contre lui. Le sculpteur était accusé d’avoir participé à un voyage de propagande organisé par le régime nazi en 1941.

« Mon père n’a pas à être ‘réhabilité’, puisqu’il n’a jamais été retenu aucune faute contre lui », déclarait l’acteur. « Tout le monde sait bien que tous les plus grands artistes du moment sont allés en Allemagne dans un but culturel et à des fins humanitaires. Mon père s’y est rendu à la demande de son maître, Charles Despiau. Mais il y a eu aussi Vlaminck, Van Dongen, Dunoyer de Segonzac, Bouchard, Landowski et beaucoup d’autres. Ils avaient l’espoir que leur voyage permettrait de faire libérer de jeunes artistes prisonniers en Allemagne. Un chercheur spécialisé dans l’histoire de l’art a rappelé très clairement que des promesses en ce sens leur avaient été faites par de hauts responsables allemands. Devrait-on ‘réhabiliter’ également tous ces grands artistes uniquement parce qu’ils ont fait ce voyage ? Devrait-on ôter leurs œuvres des musées de France ? »

Dans cette même interview, Belmondo avait expliqué qu’au contraire, son père, né à Alger d’une famille modeste d’origine italienne, « avait profité de ses relations d’artiste avec Arno Breker (le sculpteur officiel de Hitler, que tous les artistes français fréquentaient bien avant la guerre) pour venir en aide à de nombreuses victimes des Allemands » et qu’il avait eu de nombreux amis résistants, dont le général de Gaulle.

Par ses rôles, Belmondo a pu prendre fait et cause pour certains combats, et notamment celui contre l’antisémitisme. En 1982, l’acteur a ainsi joué dans le film « L’As des As » de Gérard Oury, l’un de ses plus grands succès, dans lequel il occupait le rôle d’un entraîneur de boxe en voyage à Berlin pour les Jeux olympiques de 1936. Son personnage avait alors pris sous son aile un petit garçon juif, menacé par la Gestapo. Malgré le grand succès du film, Jean-Paul Belmondo, qui l’a co-produit, aurait renoncé à son cachet, désirant plutôt à travers l’œuvre « stigmatiser sous le ton léger de la comédie, l’antisémitisme et l’intolérance ».

Autre film dans lequel Belmondo a pu s’opposer à l’antisémitisme : « Léon Morin, prêtre » de Jean-Pierre Melville, sorti en 1961.

« Durant l’Occupation, dans une ville de province, la jeune veuve de guerre d’un Juif communiste, mère d’une fillette, défie un prêtre sur le terrain de la religion », lit la note d’intention du film. « Certaine de sa rhétorique, elle est pourtant déconcertée par les réponses qu’il lui donne. Peu à peu, elle perd pied. Chaque nouvelle rencontre avec ce prêtre la rapprochera de la conversion. Sa résistance cédera devant le travail de la grâce. Une amie lui ouvrira involontairement les yeux sur l’une des raisons de sa conversion : l’abbé Léon Morin est beau. »

Belmondo jouait le rôle principal du film, celui du prêtre.

Figure de proue de la Nouvelle Vague (« À bout de souffle », « Pierrot le fou »), avant de devenir champion du box-office dans des comédies et des films d’action à succès (comme « Le Professionnel » (1981) et « L’As des as » (1982)), l’acteur a enchanté des générations de Français au fil de quelque 80 films, cinéphiles pointus ou amateurs de cascades spectaculaires.

Son enterrement a eu lieu vendredi dernier, au lendemain de l’hommage national, à l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris.

La cérémonie réservée aux proches n’a pas été retransmise à l’extérieur, ce qui n’a pas empêché le public, venu en nombre, d’applaudir le cercueil pendant quatre minutes à la fin de la cérémonie, qui a duré près de deux heures.

Elle a été marquée par une prise de parole émouvante de Victor Belmondo, un des petits-fils de la star, lui-même comédien, et une ovation debout à l’initiative du réalisateur Claude Lelouch, selon Dany Boon, interrogé par BFMTV. Une crémation dans l’intimité familiale devait avoir lieu dans l’après-midi.

Les funérailles de l’acteur français Jean-Paul Belmondo à l’église Saint-Germain-des-Prés, à Paris, le 10 septembre 2021. (Crédit : Thomas SAMSON / AFP)

Des « Bébel », « Bébel » ont été lancés parmi la foule, comptant des fans arrivés dès 08H00. Des admirateurs ont également applaudi debout de la terrasse des Deux-Magots, à côté de l’église, preuve de l’immense popularité de l’acteur, souvent comparé à un soleil.

Le « Magnifique » avait disparu du grand écran depuis près de 15 ans, après un AVC aux lourdes séquelles. Mais il était toujours aussi populaire.

Dans la cour des Invalides la veille de l’enterrement, près de 1 000 personnes du public ont pu assister à l’hommage, munies de leur pass sanitaire.

Le président français Emmanuel Macron devant le cercueil de l’acteur français Jean-Paul Belmondo lors de sa cérémonie nationale d’hommage à l’hôtel des Invalides, à Paris, le 9 septembre 2021. (Crédit : Ludovic MARIN / AFP)

Pour ceux qui ne pouvaient pas entrer, des écrans géants avaient été installés sur l’esplanade. Le cercueil de l’acteur est ensuite sorti au son de « Chi Mai », musique d’Ennio Morricone dans « Le Professionnel », jouée par l’orchestre de la Garde républicaine.

La nuit tombée, une longue file d’attente de bien plus d’un millier de personnes a patienté pour rendre un dernier hommage à l’acteur.

Glenn Cloarec et l’AFP ont contribué à cet article.

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