Bennett répond aux critiques « grotesques » de Lauder sur la loi de l’Etat-nation
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Bennett répond aux critiques « grotesques » de Lauder sur la loi de l’Etat-nation

Le ministre des Affaires de la Diaspora a rejeté les accusations du chef du Congrès juif mondial, qui accuse le gouvernement israélien de menacer le peuple juif

Naftali Bennett, ministre de l'Education, pendant le Forum Education et Economie à Jérusalem, le 22 mars 2017. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
Naftali Bennett, ministre de l'Education, pendant le Forum Education et Economie à Jérusalem, le 22 mars 2017. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Naftali Bennett, ministre des Affaires de la Diaspora a répondu mercredi à la critique sur la loi de l’Etat-nation par un dirigeant juif américain, qualifiant les réprimandes de Ron Lauder d’ « audacieuse et grotesque ».

Le président du Congrès juif mondial Ronald Lauder a fustigé lundi le gouvernement israélien, affirmant que les politiques et les lois récemment adoptées représentent une menace pour l’avenir du peuple juif.

Dans un article d’opinion publié lundi par le New York Times, le milliardaire juif, défenseur de la cause juive a évoqué l’annulation de l’accord pour la création d’un espace de prière égalitaire au mur Occidental, le durcissement des lois sur la conversion, l’adoption d’une loi interdisant aux hommes gays l’accès à la GPA, la loi sur l’État-nation, l’arrestation d’un rabbin qui a officié dans des mariages hors de l’autorité du rabbinat, et le renforcement des lois sur la fermeture des commerces pendant Shabbat dans certaines municipalités israéliennes. Selon lui, ces éléments « donnent l’impression que les dimensions démocratiques et égalitaires d’un Etat juif démocratique sont à l’épreuve ».

Bennett, qui est également ministre de l’Education et chef du parti de la coalition HaBayit HaYehudi, a répondu via une tribune du New York Times, affirmant que la nouvelle loi quasi-constitutionnelle d’Israël qui consacre le caractère juif de l’Etat ne porte pas atteinte aux minorités non-juives.

Il a également affirmé que cette loi est simplement conçue pour concilier les aspects démocratique et juif du pays, l’aspect juif faisant déjà partie des Lois fondamentales d’Israël.

« Certains détracteurs de la loi, comme l’a suggéré M. Lauder, semblent penser qu’une loi qui définit Israël comme l’Etat-nation du peuple juif, pourrait, d’une quelconque manière, être une menace pour le peuple juif », a écrit Bennett.

« Ils estiment, étrangement, que d’une certaine manière, l’ajout de cette loi au robuste système judiciaire israélien, et les pouvoirs et contre-pouvoirs politiques, représentent une menace pour le peuple juif et aux Juifs du monde entier.

Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, le 28 mars 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« C’est à la fois audacieux et grotesque », a écrit le ministre du cabinet.

« Si, en temps normal, je suis ravi de respecter les positions des Juifs du monde entier – aussi proches ou éloignées soient-elles des miennes – sur ce sujet, je ne peux rester silencieux », a-t-il poursuivi.

« Garder Israël comme État-nation juif ne menace pas l’avenir du peuple juif, cela le préserve. Préserver les traditions juives, tout comme elles ont préservé notre peuple pendant les deux millénaires qu’aura duré l’exil, c’est la seule manière de garantir qu’Israël continue à être une démocratie solide et dynamique dans une région difficile. »

Avec cet article d’opinion, c’est la deuxième fois que Lauder, ancien proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu et grand mécène d’Israël publie une virulente critique du gouvernement israélien, sans doute le reflet du fossé qui se creuse entre le judaïsme de la Diaspora et l’Etat hébreu.

En détaillant la litigieuse loi sur l’Etat-nation, Lauder a souligné qu’elle « réaffirme correctement qu’Israël est un état juif, mais porte atteinte au sentiment d’égalité et d’appartenance des druzes, des chrétiens et des musulmans citoyens d’Israël ».

La loi sur l’État-nation adoptée par la Knesset le 19 juillet comme l’une des lois fondamentales consacre Israël comme « foyer national du peuple juif » pour la première fois, mais ses détracteurs estiment qu’elle contrevient à l’engagement pour l’égalité de la constitution.

Les manifestants druzes lors d’un rassemblement à Tel Aviv contre la loi sur l’Etat-nation, le 4 août 2018 (Crédit: Luke Tress / Times of Israel staff)

Le gouvernement affirme que la loi sur l’Etat-nation ne fait que consacrer une réalité, et que le caractère démocratique d’Israël et l’égalité sont inscrits dans la loi actuelle.

Cependant, Lauder a déclaré que les répercussions de cette loi ne se feront pas ressentir uniquement à l’échelle nationale, mais également internationale, parce que le pays « pourrait se retrouver associé à un système de valeurs éclaté et à des amis douteux ».

« En résultat, les futurs dirigeants de l’Occident pourraient être hostiles ou indifférents à l’égard de l’Etat hébreu », a-t-il écrit.

Lauder, un donateur aux causes pro-Israël et républicaines a déclaré que les politiques israéliennes représentent une « grande menace » pour le futur du peuple juif, parce que « le gouvernement israélien semble ternir la valeur sacrée de l’égalité, et nombre de ses partisans ont l’impression qu’il tourne le dos à son patrimoine juif, à la philosophie sioniste et à l’esprit juif. »

« Quand les membres du gouvernement israélien actuel contreviennent involontairement au pacte entre le judaïsme et le développement, ils écrasent ce qui est au coeur de l’existence juive d’aujourd’hui », a-t-il écrit, sans pour autant mentionner nommément Netanyahu.

Des membres du mouvement réformé avec des rouleaux de la Torah au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 novembre 2017. (Crédit : Noam Rivkin Fenton,/Flash90)

Alors que de nombreuses politiques mises en oeuvre par le gouvernement semblent être le reflet des concessions de Netanyahu face aux ultra-orthodoxes de la coalition, Lauder a souligné que la majorité des Juifs du monde entier ne sont pas orthodoxes, mas plutôt traditionalistes, laïcs, Massorti, réformés ou non-affiliés.

Lauder a accusé les politiciens ultra-orthodoxes de prendre le pays en otage et que cela pourrait finir par se traduire par un manque de soutien pour Israël sur les campus américains et dans les coulisses du pouvoir.

« L’orthodoxie doit être respectée, mais nous ne pouvons pas laisser les politiciens d’une minorité radicale aliéner des millions de Juifs dans le monde entier », a-t-il écrit.

« Les jeunes juifs pourraient ne pas accepter de s’affilier à une nation qui discrimine les Juifs non-orthodoxes, les minorités non-juives et la communauté LGBT », a écrit Lauder.

« Ils pourraient ne pas combattre le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions, ne pas soutenir Israël à Washington et ne pas accorder à Israël l’avant-garde dont il a tant besoin. »

« J’appelle les dirigeants israéliens à repenser à ces actions destructrices pendant cet été de discorde », a-t-il écrit.

« Ce n’est pas ce que nous sommes, ni ce que nous souhaitons être. Ce n’est pas le visage que nous voulons montrer à nos enfants, à nos petits-enfants et à la famille des nations. Travaillons ensemble pour changer les choses et nous assurer qu’Israël continue à être l’Etat démocratique qu’il est censé être. »

En mars, Lauder avait déjà publié une opinion dans le New York Times dans lequel il a déclaré que les politiques du gouvernement israélien menaçaient le caractère démocratique du pays, voire même son existence, et insisté en faveur de la solution à 2 états, et a implicitement réprimandé Netanyahu pour ses propos sur la responsabilité des Palestiniens dans l’obstruction du processus de pays.

Lauder a été pendant des décennies proche de Netanyahu, le soutenant lors de sa première course au poste de Premier ministre en 1996 et le défendant dans les instances de la diaspora.

Au cours des dernières années, des signes ont montré qu’ils se sont éloignés, suite au refus de Lauder, il y a sept ans, de bloquer un reportage peu flatteur sur Netanyahu et son épouse, Sara, qui a été diffusé sur une chaîne de télévision israélienne et dans laquelle Lauder avait des parts.

Lauder, président émérite de l’empire cosmétique Estée Lauder et président du Congrès juif mondial depuis 2007, a également été l’une des voix les plus cohérentes de soutien à Trump dans la communauté juive, et les deux sont amis depuis les années 1980, lorsqu’ils sont tous deux devenus des magnats influents sur les scènes politique et sociale de New York.

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