Bernie Sanders et les sujets qui intéressent les électeurs juifs en 2020
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Bernie Sanders et les sujets qui intéressent les électeurs juifs en 2020

Alors que la campagne présidentielle s’accélère, outre les questions de politique intérieure, les Juifs US s'intéressent aux positions des candidats sur Israël et l'antisémitisme

Le sénateur Bernie Sanders, candidat démocrate à la présidence des États-Unis, un indépendant du Vermont, s'exprime lors d'une collecte de fonds pour le Parti démocrate du Nevada, à Las Vegas, le 17 novembre 2019. (John Locher/AP)
Le sénateur Bernie Sanders, candidat démocrate à la présidence des États-Unis, un indépendant du Vermont, s'exprime lors d'une collecte de fonds pour le Parti démocrate du Nevada, à Las Vegas, le 17 novembre 2019. (John Locher/AP)

Lors d’un récent débat du parti Démocrate le 19 décembre, le sénateur du Vermont Bernie Sanders a déclaré que le Premier ministre israélien était un « raciste ». Il a appelé de ses vœux une politique américaine envers Israël qui accorde à la fois de la place à la sécurité israélienne et une perspective « pro-palestinienne ».

Sanders a déclaré : « Israël a – et je dis cela en tant que quelqu’un qui a vécu en Israël quand il était enfant, fièrement juif – Israël a le droit d’exister, et non seulement d’exister mais d’exister en paix et en sécurité. Mais la politique étrangère américaine ne doit pas seulement être pro-Israël. Nous devons aussi être pro-palestinien ».

« Nous devons comprendre que maintenant en Israël, nous avons un gouvernement dirigé par Netanyahu, qui, comme vous le savez, a récemment été inculpé pour corruption, et qui, de mon point de vue, est un raciste. Nous avons besoin de rééquilibrer les choses au Moyen Orient, de traiter la crise terrible à Gaza, où 60 à 70 % des jeunes hommes sont sans emploi », a-t-il ajouté.

Indépendamment de ses sentiments envers l’homme qui a passé le plus de temps à la tête de l’Etat juif, Sanders est lui-même en train d’essayer de rentrer dans l’histoire juive et politique.

Le sénateur du Vermont est l’un des trois candidats juifs à être en course pour devenir président des Etats-Unis en 2020 – les deux autres étant l’ancien maire de New York City Michael Bloomberg et l’auteure Marianne Williamson.

Mais sauf en cas de remontée exceptionnelle de Bloomberg, qui s’est lancé tard dans la bataille, celui qui se décrit comme un démocrate socialiste de Brooklyn a actuellement la meilleure chance de devenir notre premier président juif.

Son père était un immigrant juif de Pologne, et sa mère est née en Amérique de parents juifs immigrés de Pologne et de Russie. En 1963, il a vécu et travaillé au kibboutz Shaar Haamakim dans le nord d’Israël.

Cette photo non datée fournie par la campagne de Bernie Sanders en juillet 2019 le montre enfant, (au centre), et son frère, Larry, avec leur grand-mère maternelle, Bessy Glassberg, à l’extérieur du 1525 E. 26th St., l’immeuble où il a grandi, dans le quartier de Brooklyn à New York. (Campagne de Bernie Sanders via AP)

Sanders a déclaré qu’il est fier d’être juif. Dans une interview de juin 2015, Sanders a dit qu’être juif lui avait appris « d’une manière très profonde ce qu’est la politique ».

« Un type nommé Adolf Hitler a gagné une élection en 1932. Il a gagné une élection, et 50 millions de personnes sont mortes à la suite de cette élection pendant la Seconde Guerre mondiale, dont 6 millions de Juifs. Donc, ce que j’ai appris quand j’étais petit, c’est que la politique est, en fait, très importante », a-t-il expliqué. (Vérification rapide des faits : Hitler n’a pas vraiment gagné les élections, mais on comprend le point de vue de Bernie).

Qu’a dit Bernie Sanders au sujet de l’antisémitisme ?

Il a écrit un dossier complet sur le sujet dans le magazine Jewish Currents en novembre 2019, « How to Fight Antisemitism » :

« La menace de l’antisémitisme n’est pas une idée abstraite pour moi. Elle est très personnelle. Elle a détruit une grande partie de ma famille. Je ne suis pas quelqu’un qui passe beaucoup de temps à parler de mes antécédents personnels parce que je crois que les dirigeants politiques devraient concentrer leur attention sur une vision et un programme pour les autres, plutôt que sur eux-mêmes. Mais je comprends aussi qu’il est important de parler de la façon dont nos antécédents ont influencé nos idées, nos principes et nos valeurs », a écrit M. Sanders.

Bernie Sanders, étudiant à l’université de Chicago (au centre), et d’autres militants du CORE assistent à un sit-in à l’université pendant le mouvement pour les droits civiques, 1962. (Danny Lyon/Magnum Photos via AP)

Son essai montre également que Sanders considère l’antisémitisme comme une menace universelle et intersectionnelle et considère l’opposition à cette menace de « valeur fondamentale du progressisme ».

« Comme d’autres formes d’intolérance – racisme, sexisme, homophobie – l’antisémitisme est utilisé par la droite pour diviser les gens les uns des autres et nous empêcher de lutter ensemble pour un avenir commun d’égalité, de paix, de prospérité et de justice environnementale », a-t-il ajouté.

Il décrit également son plan pour lutter contre l’antisémitisme :

Selon les mots de Bernie :

• « ordonner au ministère de la Justice de donner la priorité à la lutte contre la violence nationaliste blanche ».

• « nommer un envoyé spécial pour surveiller et combattre l’antisémitisme… immédiatement ».

• « réintégrer le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, dont Trump s’est retiré ».

Les Etats-Unis ont quitté le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en 2018 en grande partie pour ce que l’ambassadrice américaine de l’époque auprès de l’organe international, Nikki Haley, avait qualifié de « parti pris systématique contre Israël ».

Qu’est-ce que Sanders a dit encore sur l’antisémitisme ?

En novembre 2015, Sanders a parlé à NPR de sa visite au village polonais où son père a grandi. « Ce fut une expérience très traumatisante pour moi, en tant que jeune homme, de savoir que la famille de mon père a été tuée par les nazis – tuée par Hitler. Et cela a laissé – si ce n’est intellectuellement – au moins une partie émotionnelle de moi qui dirait : Mon Dieu, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour mettre fin à ce genre de racisme et d’antisémitisme horribles, et j’ai passé une grande partie de ma vie à combattre ça ».

Le sénateur du Vermont et candidat démocrate à la présidentielle Bernie Sanders et la représentante du Minnesota Ilhan Omar à un rassemblement de campagne à Minneapolis, dans le Minnesota, le 3 novembre 2019. (Crédit : Kerem Yucel/AFP)

Après que la députée Ilhan Omar a été critiquée pour avoir tenu ce que certains considèrent comme des remarques antisémites sur la richesse et l’influence des Juifs en février, la Chambre a voté une résolution visant à condamner l’antisémitisme. Cette résolution a été largement considérée comme une réprimande des propos d’Omar.

Sanders a dit qu’Omar devrait être plus prudente dans sa façon de s’adresser à la communauté juive, mais que la résolution faisait partie d’un effort pour faire taire injustement les critiques d’Israël.

Quelle est la relation de Bernie avec les organisations juives ?

MoveOn, le groupe militant progressiste de gauche, a appelé les candidats démocrates à la présidence à boycotter la conférence de l’AIPAC en 2019 – un appel étrange, car l’AIPAC évite de demander aux candidats à la présidence de participer avant le début des primaires. MoveOn a tenté de revendiquer la victoire pour les candidats non invités qui ne se sont pas présentés. Sanders est le seul candidat qui a joué le jeu, en disant que s’il avait été invité, il n’aurait pas participé.

D’autre part, il s’est adressé à J Street, le groupe de pression libéral pro-Israël, à de nombreuses reprises – le magazine US News a rapporté qu’il avait reçu un « accueil chaleureux de sa ville natale » à la conférence de 2019.

Le sénateur Bernie Sanders (Démocrate-Vermont) prend la parole à la conférence nationale de J Street de 2018 à l’hôtel Omni Shoreham à Washington DC, le 16 avril 2018. (Capture d’écran)

Que pense Sanders du mouvement de boycott, désinvestissement et de sanction d’Israël – communément appelé BDS ?

Contrairement à beaucoup d’autres progressistes, Bernie est contre le BDS. Il a déclaré que l’antisémitisme est un moteur du mouvement anti-Israël :

« Israël a fait de très mauvaises choses, comme tous les autres pays du monde », a déclaré Sanders sur MSNBC en mars 2016. « Je pense que les gens qui veulent attaquer Israël pour sa politique, sont en droit de le faire. Mais ne pas comprendre qu’il y a un certain niveau d’antisémitisme chez les gens impliqués dans cela serait une erreur ».

Sanders a également déclaré en mai 2017 qu’il ne respectait pas le BDS dans sa tactique.

Cependant, Sanders a voté contre le récent projet de loi anti-BDS au Congrès, disant à la Jewish Telegraphic Agency : « Bien que je ne soutienne pas le mouvement BDS, nous devons défendre le droit constitutionnel de chaque Américain de s’engager dans une activité politique. Il est clair pour moi que ce projet de loi violerait les droits du Premier Amendement des Américains. »

En septembre, le sénateur Sanders a nommé Linda Sarsour, une militante palestino-américaine, critique d’Israël et partisane du BDS, comme substitut de sa campagne.

Linda Sarsour, (au centre) et Cornel West, (à droite), écoutent le candidat démocrate à la présidentielle Bernie Sanders, indépendant du Vermont, lors d’une table ronde au sein de la Congregational Society, à Brooklyn, à New York, le 16 avril 2016 (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

Quelles sont les politiques générales de Bernie sur Israël ?

Son engagement public vis-à-vis d’Israël remonte à 1988, lorsque Sanders était maire de Burlington, dans le Vermont. La première Intifada avait commencé un an plus tôt, et M. Sanders avait déclaré : « Ce qui se passe au Moyen-Orient en ce moment est évidemment une tragédie, cela ne fait aucun doute. La vue de soldats israéliens brisant les bras et les jambes des Arabes est condamnable. L’idée qu’Israël boucle les villes et les bloque est inacceptable ».

Toutefois, il a poursuivi en disant : « Vous avez une crise là-bas depuis 30 ans, vous avez des gens en guerre depuis 30 ans, vous avez une situation avec certains pays arabes où il y a encore des dirigeants arabes qui appellent à la destruction de l’État d’Israël et au meurtre des citoyens israéliens. »

Cela fait maintenant plus de 50 ans, mais Sanders reste un politicien qui a continué à exprimer à la fois son soutien à Israël et sa critique des politiques du pays.

Le candidat démocrate Bernie Sanders à la présidence en 2020 pose avec des bénévoles du groupe IfNotNow dans le New Hampshire, le 29 juin 2019. (Autorisation : IfNotNow via JTA)

En mars 2016, Sanders a déclaré : « Nous devons aussi être un ami, non seulement d’Israël, mais aussi du peuple palestinien… Quand nous parlons d’Israël et des zones palestiniennes, il est important de comprendre qu’aujourd’hui il y a beaucoup de souffrances parmi les Palestiniens et que cela ne peut pas être ignoré ».

Il veut que les Israéliens et les Palestiniens reconnaissent la douleur de l’autre :

« La fondation d’Israël est comprise par un autre peuple sur la terre de Palestine comme la cause de son douloureux déplacement. Et tout comme les Palestiniens devraient reconnaître les justes revendications des Juifs israéliens, les partisans d’Israël doivent comprendre pourquoi les Palestiniens voient la création d’Israël comme ils le font », a écrit Sanders dans son essai dans Jewish Currents.

S’adressant à Al Jazeera en 2017, M. Sanders a déclaré que bien qu’il y ait « de nombreux problèmes » avec Israël, et qu’il continuerait à être critique, il estime qu’Israël est injustement critiqué, en particulier par rapport aux autres pays du Moyen Orient.

Il a également critiqué les dirigeants palestiniens.

« Bien que je sois très critique à l’égard du gouvernement de droite de Netanyahu, je ne suis pas non plus surpris par ce que je vois de la part des dirigeants palestiniens. Ils sont corrompus dans de nombreux domaines, et certainement pas efficaces », a déclaré M. Sanders au New Yorker en avril 2019.

Le candidat démocrate à la présidence, l’ancien vice-président des États-Unis Joe Biden, (à gauche), le sénateur indépendant Bernie Sanders, du Vermont, et la sénatrice californienne Kamala Harris, discutent tous ensemble lors du débat sur les primaires démocrates organisé par NBC News au Adrienne Arsht Center for the Performing Arts, le 27 juin 2019, à Miami. (AP Photo/Wilfredo Lee)

Alors, comment envisage-t-il de résoudre le conflit israélo-palestinien ?

Lors d’un entretien avec le think tank non partisan américain Council on Foreign Relations, M. Sanders a déclaré : « En fin de compte, c’est aux Palestiniens et aux Israéliens eux-mêmes qu’il appartient de faire les choix nécessaires à un accord définitif, mais les États-Unis ont un rôle majeur à jouer dans la négociation de cet accord. Mon administration serait également prête à exercer de réelles pressions sur les deux parties, notamment en conditionnant l’aide militaire, afin de créer des conséquences pour les actions qui compromettent les chances de paix ».

Concernant le conditionnement de l’aide à Israël ?

Laissons Bernie vous le dire : « J’utiliserais l’effet de levier, 3,8 milliards, c’est beaucoup d’argent, et nous ne pouvons pas donner carte blanche au gouvernement israélien ou à n’importe quel gouvernement. Nous avons le droit d’exiger le respect des droits de l’homme et de la démocratie ». Il a dit cela lors de la conférence de J Street en octobre 2019, et a ajouté que l’argent de l’aide devrait aller à l’aide humanitaire à Gaza.

Ce n’était pas la première fois qu’il évoquait le conditionnement ou l’idée d’utiliser les aides comme levier. Quand Jon Favreau a demandé à Sanders sur Pod Save America en juillet 2019, « Nous dépensons quelques milliards de dollars pour l’aide à Israël. Est-ce que vous envisageriez d’utiliser cette aide comme levier pour amener le gouvernement israélien à agir différemment ? »

Sanders a répondu : « Absolument. »

Mais voici ce qu’il a dit ensuite : « Laisse-moi revenir en arrière avant que les tweets commencent à affluer. J’ai vécu en Israël. En fait, j’ai travaillé dans un kibboutz pendant plusieurs mois. J’ai de la famille en Israël. Je suis juif. Je ne suis pas anti-Israël. Ok ? Je crois que le peuple d’Israël a, absolument, le droit de vivre dans la paix, l’indépendance et la sécurité. Fin de la discussion… Le rôle des États-Unis – et ce n’est pas facile, vous savez, croyez-moi, Clinton a essayé, Obama a essayé, Jimmy Carter a essayé, ce n’est pas une chose facile – est d’essayer d’apporter enfin la paix au Moyen Orient et de traiter le peuple palestinien avec une sorte de respect et de dignité qu’il mérite. Notre politique ne peut pas être seulement pro-Israël, pro-Israël, pro-Israël ».

Le candidat démocrate à la présidentielle, le sénateur américain Bernie Sanders (indépendant du Vermont), participe à une réunion publique organisée par Fox News à SteelStacks, le 15 avril 2019, à Bethlehem, en Pennsylvanie. (Mark Makela / Getty Images / AFP)

Quelle est la relation de Sanders avec Benjamin Netanyahu ?

« Eh bien, je dois vous dire que je ne suis pas un grand fan », disait Sanders en 2015. Il a critiqué le Premier ministre israélien et a qualifié sa politique de raciste et son gouvernement d’extrême droite.

Il a également cité Netanyahu comme faisant partie d’un nouvel « axe autoritaire », un groupe comprenant le Russe Vladimir Poutine, la famille royale saoudienne, le Hongrois Viktor Orbán et le président Trump.

Quelle est la position de Sanders sur les implantations israéliennes ?

Sanders a tweeté en novembre 2019 que « les implantations israéliennes en territoire occupé sont illégales ». Il a également qualifié l’occupation d’insoutenable, disant au forum de l’AJC en juin 2019 : « Mettre fin à cette occupation et permettre aux Palestiniens d’avoir l’indépendance et l’autodétermination dans un État souverain, indépendant et économiquement viable qui leur est propre est dans l’intérêt des États-Unis, d’Israël, des Palestiniens et de toute la région ».

Un truc juif amusant ?

Bernie a fréquenté le même lycée que Ruth Bader Ginsburg, Chuck Schumer, la juge Judy et plusieurs prix Nobel : le lycée James Madison dans le quartier de Sheepshead Bay à Brooklyn, New York.

L’aspirant candidat démocrate à la présidence Bernie Sanders, (à gauche), et le comédien Larry David apparaissent dans un sketch dans l’émission « Saturday Night Live », le 6 février 2016. (Capture d’écran : YouTube)

Un autre truc juif amusant :

Bernie Sanders et Larry David sont en fait des cousins éloignés ! Maintenant, allez revoir ces parodies de « Saturday Night Live », une nouvelle fois.

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