Rechercher

Sanders à J Street : je verserai une partie de l’aide destinée à Israël à Gaza

A la conférence J Street, le candidat 2020 attaque Trump et Netanyahu : "l'un sera destitué, l'autre finira en prison" ; traite le gouvernement du Premier ministre de raciste

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le candidat démocrate à l'élection présidentielle, Bernie Sanders, prend la parole lors de la conférence nationale de J Street, avec les animateurs de "Pod Save the World" Tommy Vietor (à gauche) et Ben Rhodes, le 28 octobre 2019, à Washington. (AP Photo/Jacquelyn Martin)
Le candidat démocrate à l'élection présidentielle, Bernie Sanders, prend la parole lors de la conférence nationale de J Street, avec les animateurs de "Pod Save the World" Tommy Vietor (à gauche) et Ben Rhodes, le 28 octobre 2019, à Washington. (AP Photo/Jacquelyn Martin)

WASHINGTON – Le candidat démocrate à la présidence Bernie Sanders a déclaré lundi qu’une partie des 3,8 milliards de dollars d’aide militaire annuelle versée par les États-Unis à Israël devrait plutôt être consacrée à l’aide humanitaire à Gaza.

Le sénateur du Vermont, s’exprimant lors de la conférence nationale annuelle de J Street, a juré d’utiliser l’aide militaire américaine comme levier pour amener Israël à faire marche arrière dans sa politique d’implantations et à entamer des négociations de paix avec les Palestiniens, une idée qui a fait son chemin parmi certains démocrates.

« J’utiliserai l’effet de levier des 3,8 milliards de dollars », a-t-il déclaré à la conférence, faisant référence au Protocole d’entente [Memorandum of understanding] entre les États-Unis et Israël conclu sous l’administration Obama. « C’est beaucoup d’argent, et nous ne pouvons pas donner carte blanche au gouvernement israélien, ni d’ailleurs à aucun gouvernement du tout. Nous avons le droit d’exiger le respect des droits humains et de la démocratie. »

Le candidat à la prochaine présidentielle a déclaré qu’il conditionnerait l’aide américaine à Israël à la prise de mesures concrètes par Jérusalem pour parvenir à une solution à deux États et améliorer les conditions des Palestiniens vivant dans l’enclave côtière ravagée.

« Ma solution est, pour Israël, si vous voulez de l’aide militaire, vous allez devoir changer fondamentalement vos relations avec le peuple de Gaza », a-t-il dit. « Je dirais qu’une partie des 3,8 milliards de dollars devrait être consacrée à l’aide humanitaire à Gaza. »

« Ma proposition en termes d’efforts israélo-palestiniens n’est pas une proposition extrémiste », a-t-il poursuivi. « Tout ce que cela signifie, c’est que nous avons besoin d’une proposition équitable pour les deux peuples. Ce qui se passe actuellement à Gaza, par exemple, est absolument inhumain. C’est inacceptable. C’est insoutenable. »

Alors que certains démocrates ont proposé de retenir une partie de l’aide pour pousser Israël dans des pourparlers de paix ou l’éloigner des plans d’annexion de la Cisjordanie, Sanders semble être le premier candidat à proposer de consacrer l’argent à Gaza à la place.

Il a fait ces commentaires alors qu’il était interviewé sur scène par Ben Rhodes et Tommy Vietor, deux anciens cadres de l’administration Obama, qui animent aujourd’hui le podcast populaire Pod Save the World.

À la tribune, Sanders a également fustigé le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, les qualifiant d’immoraux.

Le président américain Donald Trump accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 5 mars 2018 à Washington (Crédit : AFP PHOTO / Mandel NGAN)

« Vous avez affaire à des dirigeants, l’un sera destitué, l’autre pourrait finir en prison, j’ignore donc quelle est leur véritable crédibilité en termes d’intégrité », a-t-il dénoncé.

Sanders était l’un des cinq candidats démocrates pour 2020 à avoir assisté à la conférence du groupe de pression progressiste autour du Moyen-Orient, où il a déclaré que son approche pour résoudre le conflit israélo-palestinien insoluble serait « [d’]exiger » qu’Israël s’assoie à la table avec les Palestiniens pour « négocier un accord qui marche pour toutes les parties ».

Parmi les autres personnalités à avoir pris la parole lors de la conférence figuraient le maire de South Bend, Pete Buttigieg, la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar, l’ancien secrétaire au logement et au développement urbain, Julian Castro et le sénateur du Colorado, Michael Bennet.

Les deux favoris, l’ancien vice-président Joe Biden et la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, se sont adressés aux participants par vidéo.

Buttigieg et Warren ont également soutenu l’utilisation de l’aide comme moyen de pression sur Israël, bien qu’en des termes plus modérés.

M. Buttigieg a déclaré que si Israël donnait suite à la promesse de Netanyahu d’annexer les implantations en Cisjordanie, cela l’obligerait à réévaluer l’aide que les États-Unis versent à Israël.

« Nous avons la responsabilité […] de veiller à ce que le soutien des contribuables américains à Israël ne se transforme pas en soutien des contribuables pour une décision comme l’annexion », a-t-il déclaré devant un grand nombre de personnes au Washington Convention Center.

La candidate démocrate à l’élection présidentielle, la sénatrice Elizabeth Warren, du Massachusetts, prend la parole le 2 juillet 2019 à Las Vegas. (AP Photo/John Locher)

La semaine dernière, Warren avait fait savoir que réduire l’aide pour faire pression sur Israël était « sur la table ».

Biden, Castro, Klobuchar et Bennet estiment pour leur part que l’effet de levier de l’aide serait contre-productif.

Biden a peut-être été le plus énergique dans la défense de l’aide à Israël.

« Les Israéliens se réveillent tous les matins face à une menace existentielle », a-t-il dit dans son message vidéo. « C’est pourquoi nous devons rester inflexibles sur le principe qu’Israël doit pouvoir se défendre. »

Sanders a également souligné ses origines et son identité juives tout en qualifiant le gouvernement Netanyahu de raciste.

« Je suis très fier d’être juif et j’ai hâte d’être le premier président juif », a-t-il dit. « J’ai passé plusieurs mois dans un kibboutz en Israël. Je crois absolument non seulement au droit d’Israël à exister, mais aussi au droit d’exister dans la paix et la sécurité. Ce n’est pas négociable ».

« Mais ce que je crois aussi », a-t-il poursuivi, « c’est que le peuple palestinien a aussi le droit de vivre en paix et en sécurité. Ce n’est pas de l’antisémitisme de dire que le gouvernement de Netanyahu est raciste. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...