Les propos de Bernie Sanders sur Israël divisent l’électorat juif
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Les propos de Bernie Sanders sur Israël divisent l’électorat juif

"Franchement si Sanders arrive à la table des négociations avec un tel langage, il a déjà dix coups de retard", déclare une électrice

Bernie Sanders à Seattle, en avril 2016. (Crédit : Matt Mills McKnight/Getty Images)
Bernie Sanders à Seattle, en avril 2016. (Crédit : Matt Mills McKnight/Getty Images)

Le démocrate Bernie Sanders a soulevé un débat dans la campagne présidentielle américaine lorsqu’il a jugé disproportionnée la réponse d’Israël dans la guerre à Gaza en 2014 et réclamé une approche plus équilibrée sur le conflit israélo-palestinien.

A quelques jours des importantes primaires dans l’Etat de New York, les déclarations du sénateur du Vermont jeudi lors d’un débat télévisé où il était opposé à Hillary Clinton ne sont pas passées inaperçues.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu « n’a pas toujours raison, a dit Sanders. On ne peut pas continuer à considérer les choses à sens unique ».

« Si nous voulons un jour apporter la paix dans cette région, qui a vu tellement de haine et de guerre, il va falloir que nous traitions le peuple palestinien avec respect et avec dignité », a-t-il ajouté.

La ville de New York compte une très importante communauté juive et Bernie Sanders est le seul candidat à être lui-même de religion juive. Il a un temps vécu en Israël.

Une photo du kibboutz Shaar Haamakim tel qu'il était en 1963, lorsque Bernie Sanders, y était volontaire pendant plusieurs mois (Ben Sales / JTA)
Une photo du kibboutz Shaar Haamakim tel qu’il était en 1963, lorsque Bernie Sanders, y était volontaire pendant plusieurs mois (Ben Sales / JTA)

Dans n’importe quel autre pays, ses déclarations seraient passées inaperçues, estime Daniel Sieradski, responsable national du groupe « Les juifs pour Bernie », qui compte plus de 8 000 soutiens sur sa page Facebook.

« Mais le discours dans la politique juive américaine a été poussé tellement à droite ces dernières décennies que Bernie est maintenant presque présenté comme un extrémiste anti-Israël ».

Durant la dernière primaire démocrate vraiment disputée à New York, en 1992, une telle déclaration aurait constitué un véritable suicide politique, a estimé le New York Times.

Sieradski n’est pas d’accord : « Je ne pense pas que c’est un suicide politique, mais ça ne l’aide clairement pas parmi ceux qui ont une ligne dure sur ce qui se passe en Israël ».

Des juifs ultra-orthodoxes dans le quartier de Brooklyn à New York (Crédit : Mendy Hechtman / Flash90)
Des juifs ultra-orthodoxes dans le quartier de Brooklyn à New York (Crédit : Mendy Hechtman / Flash90)

Selon lui les juifs américains représentent 20 % de l’électorat à New York. La majorité sont démocrates. Un soutien indéfectible à Israël a donc longtemps été considéré comme indispensable pour les candidats, mais les déclarations de Sanders reflètent un changement des mentalités dans cet électorat, notamment chez les plus jeunes.

‘Dix coups de retard’

Ainsi, Sharon Goldtzvik, 29 ans, est « très contente » de voir un candidat à la présidentielle aborder le sujet de la dignité des Palestiniens. Elle a vécu en Israël, est mariée à un Israélien et elle décrit Bernie Sanders comme « une bouffée d’air frais ».

« J’ai moins de 30 ans, les gens de ma génération ne sont pas prêts à accepter le fait qu’il n’y aurait qu’une seule manière de soutenir Israël, donc je pense que cela représente le point de vue de beaucoup de juifs, et d’un nombre croissant de juifs », dit-elle.

La candidate démocrate Hillary Clinton à la Conférence de l'AIPAC 2016 à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP / Jim Watson)
La candidate démocrate Hillary Clinton à la Conférence de l’AIPAC 2016 à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP / Jim Watson)

Les propos de Sanders ne semblent toutefois pas remporté une claire adhésion : il est devancé par Hillary Clinton tant chez l’électorat juif (40 % contre 60 % à l’ancienne secrétaire d’Etat), que d’une manière générale dans l’Etat de New York, où il accuse 13 points de retard.

Gaylen Ross, une documentariste, votera pour Clinton et pense qu’elle est la candidate la mieux à-même de négocier une solution à deux Etats : « Franchement s’il arrive à la table des négociations avec un tel langage, il a déjà dix coups de retard ».

Le sénateur du Vermont a été le seul candidat à refuser de s’exprimer devant la conférence annuelle du groupe de pression pro-israélien AIPAC, le 21 mars. Et il s’est vu reprocher d’avoir donné à tort au New York Daily News le chiffre de 10 000 civils tués dans la guerre à Gaza en 2014, signe d’une grande méconnaissance des dossiers.

Howard Graubard, juriste impliqué chez les démocrates dans l’Etat, estime pour sa part que Sanders ne souffrira pas de ses déclarations, « parce que de toute façon il va perdre ».

Selon lui ses déclarations ne dérangeront pas ses soutiens juifs progressistes, mais elles inciteront fortement les tenants d’une ligne plus dure, qui ne soutiennent pourtant pas beaucoup plus Hillary Clinton, à aller voter pour elle.

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