D’après Sanders, Israël aurait tué « plus de 10000 innocents » à Gaza
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D’après Sanders, Israël aurait tué « plus de 10000 innocents » à Gaza

Le candidat démocrate reconnaît ne pas être sûr des chiffres, mais accuse Israël d’attaques aveugles. L'Etat juif devrait arranger ses relations avec les Palestiniens pour améliorer celles avec les Etats-Unis

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Bernie Sanders pendant le débat PBS NewsHour des candidats démocrates à l'élection présidentielle à l'université du Wisconsin-Milwaukee, le 11 février 2016. (Crédit : Win McNamee/Getty Images)
Bernie Sanders pendant le débat PBS NewsHour des candidats démocrates à l'élection présidentielle à l'université du Wisconsin-Milwaukee, le 11 février 2016. (Crédit : Win McNamee/Getty Images)

WASHINGTON – Amplifiant massivement même les propres chiffres du Hamas, le candidat démocrate à la présidentielle, Bernie Sanders, a suggéré qu’Israël avait tué « plus de 10 000 [civils palestiniens] innocents » à Gaza pendant la guerre de l’été 2014, et a déclaré que le nombre élevé de victimes était le résultat d’une offensive militaire israélienne « aveugle ».

Les autorités de santé du Hamas à Gaza évaluent le nombre de morts à environ un sixième du chiffre donné par Sanders (1 715 civils tués), et Israël le situe encore bien plus bas.

Pendant un entretien avec le comité de rédaction du New York Daily News, publié lundi, le sénateur du Vermont a reconnu qu’il n’avait pas retenu les chiffres exacts, mais a déclaré par deux fois qu’il pensait que le nombre de morts civiles palestiniennes dépassait les 10 000. Il a condamné Israël pour que ce qu’il a jugé être un usage disproportionné de la force.

« Quelqu’un peut m’aider ici, parce que je ne me souviens pas des chiffres, mais mon souvenir est de plus de 10 000 personnes innocentes tuées à Gaza. Cela semble bon ? », a-t-il d’abord dit.

Informé que le nombre était « probablement haut », Sanders a répondu : « Je n’ai pas les chiffres… mais je pense que c’est plus de 10 000. Je crois comprendre que tout un lot d’appartements a été rasé, a-t-il continué. Les hôpitaux, je pense, ont été bombardés. Donc oui, je pense, et je ne pense pas être le seul à le penser, que la force d’Israël a été plus aveugle qu’elle n’aurait dû l’être. »

Un nombre de victimes contesté

L’estimation de Sanders excède de loin celle des sources palestiniennes officielles. (Il était clair d’après le contexte que Sanders faisait référence à la guerre de 2014 ; cependant, le nombre de morts civiles palestiniennes des trois conflits Hamas – Israël depuis que le groupe terroriste a pris le contrôle de la bande de Gaza est également bien moins élevé que celui qu’il a cité.)

Selon les chiffres palestiniens cités par le conseil des droits de l’Homme de l’ONU, 1 462 civils ont été tués sur un total de 2 251 victimes gazaouies pendant le conflit de 51 jours.

Israël a pour sa part déclaré que jusqu’à la moitié des tués côté palestinien étaient des combattants, et a placé la responsabilité du nombre de morts civiles sur le Hamas, pour avoir délibérément placé les lanceurs de roquettes, les tunnels et d’autres installations militaires parmi les civils. Soixante-treize personnes ont été tuées du côté israélien.

Dans le passé, Sanders a condamné le Hamas pour avoir lancé des roquettes vers des zones civiles et construit des tunnels dans Israël, dont une fois pendant un échange savoureux avec l’un de ses constituants, en août 2014, où il avait simultanément critiqué la réponse militaire israélienne.

Interrogé par le New York Daily News sur ce qu’il aurait fait à la place d’Israël, il a répondu : « Vous me demandez à présent de prendre des décisions, non seulement pour le gouvernement israélien, mais aussi pour l’armée israélienne, et je ne pense pas vraiment être qualifié pour prendre ces décisions. »

« Mais je pense qu’il est juste de dire que le niveau des attaques contre des zones civiles… et je sais que les Palestiniens, certains d’entre eux, utilisent les zones civiles pour lancer des missiles. Ce qui rend [la situation] très difficile, a-t-il ajouté. Mais je pense que la plupart des observateurs internationaux diraient que les attaques contre Gaza étaient aveugles et que beaucoup d’innocents ont été tués alors qu’ils n’auraient pas dû être tués. »

L'est de Gaza Ville, six mois après l'opération Bordure protectrice de 2014. (Crédit : Aaed Tayeh/Flash90)
L’est de Gaza Ville, six mois après l’opération Bordure protectrice de 2014. (Crédit : Aaed Tayeh/Flash90)

En dépit de son inconfort avec la nature de la campagne israélienne, Sanders a déclaré qu’il ne soutenait pas les tentatives palestiniennes d’amener Israël devant la Cour Pénale Internationale (CPI) pour un procès en crimes de guerre.

Traiter le conflit

Il a également été demandé à Sanders comment il s’efforcerait de forger un accord de paix complet entre les Israéliens et les Palestiniens, et comment il traiterait le sujet des implantations.

Dans un discours publié il y a deux semaines, que Sanders aurait donné à la conférence politique annuelle de l’AIPAC s’il n’avait pas été ailleurs pour faire campagne, le candidat démocrate a appelé à « se retirer des implantations de Cisjordanie, tout comme Israël l’a fait à Gaza », faisant référence à la décision du Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, de se retirer unilatéralement de toutes les implantations de la bande de Gaza en 2005.

Pressé par le quotidien new-yorkais de décrire le genre de « retrait » qu’il envisageait, Sanders a répondu en disant : « Eh bien, c’est le projet du gouvernement israélien, mais je pense que maintenant… je ne vais pas diriger le gouvernement israélien. J’ai assez de problèmes à essayer d’être sénateur des Etats-Unis et peut-être président des Etats-Unis. »

Un Israélien habitant à Gaza face à une soldate pendant le retrait d'Israël de la bande de Gaza, le 17 août 2005. (Crédit : Yossi Zamir/ Flash90)
Un Israélien habitant à Gaza face à une soldate pendant le retrait d’Israël de la bande de Gaza, le 17 août 2005. (Crédit : Yossi Zamir/ Flash90)

« Si j’avais du papier devant moi, je vous donnerais une meilleure réponse, a-t-il ajouté. Mais je pense que l’expansion était illégale, aller dans des territoires qui n’étaient pas leur territoire. Je pense que le retrait de ces territoires est approprié. »

Bien qu’il n’ait pas détaillé exactement comment il ramènerait les deux parties aux négociations, Sanders a continué à critiquer les implantations comme un obstacle pour atteindre la solution convoitée à deux Etats « pour une paix à long terme dans cette région, et Dieu sait que personne n’a réussi cela en 60 ans, mais il y a de bonnes personnes des deux côtés, a-t-il ajouté. Et Israël ne peut pas simplement s’étendre quand il veut s’étendre avec de nouvelles implantations. »

Sanders, le seul candidat juif à la présidentielle, a également souligné son soutien au droit d’Israël à vivre en sécurité et rappelé le temps qu’il avait passé dans un kibboutz du pays, en 1964, et qu’il avait de la famille vivant actuellement là-bas, tout en indiquant que les Etats-Unis avaient intérêt à améliorer la qualité de vie des Palestiniens.

« J’ai vécu en Israël. J’ai de la famille en Israël. Je pense à 100 % qu’Israël a le droit d’exister, le droit d’exister en paix et en sécurité sans avoir à affronter des attaques terroristes », a-t-il déclaré. « Mais depuis le point de vue des Etats-Unis, je pense, à long terme, que nous ne pouvons pas ignorer la réalité, que vous avez un grand nombre de Palestiniens qui souffre maintenant, un taux de pauvreté hors normes, un taux de chômage hors normes, que Gaza reste une zone détruite. »

Sanders a également promis d’avoir des demandes au leadership palestinien politique, dont il dit qu’elles comprennent « la condamnation absolue des attaques terroristes » et l’assurance que les financements étrangers ne sont pas utilisés pour faire avancer le terrorisme. « L’aide étrangère devrait aller au logement et aux écoles, a-t-il déclaré, pas au développement de bombes et de missiles. »

La préoccupation sur l’utilisation de l’aide étrangère par les Palestiniens est cependant principalement dirigée vers l’Europe, puisque l’aide américaine est déjà sous contrôle strict du Congrès et subit des restrictions basées sur les inquiétudes congressistes qu’elle pourrait être « détournée [au profit] des groupes terroristes palestiniens ».

Toute aide est donc déléguée au projet d’aide et de soutien budgétaire à l’Autorité palestinienne administré par les Etats-Unis, avec les financements allant à l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient).

‘Au niveau où [les Israéliens] veulent avoir une relation positive avec nous, je pense qu’ils vont devoir améliorer leurs relations avec les Palestiniens’

Sur la manière dont il gérerait l’alliance israélo-américaine s’il était élu président, Sanders a déclaré que l’intensité de la relation d’Israël avec les Etats-Unis dépendrait de combien les choses ont progressé avec les Palestiniens : « Au niveau où ils [les Israéliens] veulent avoir une relation positive avec nous, a-t-il déclaré, je pense qu’ils vont devoir améliorer leurs relations avec les Palestiniens. »

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