Rabaisser Israël – par Donald Trump et Bernie Sanders
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Opinion

Rabaisser Israël – par Donald Trump et Bernie Sanders

Un candidat se contredit en quelques minutes sur sa “priorité numéro un”. Un autre trahit son ignorance profonde d’un sujet avec lequel il devrait être extrêmement familier. Et ils sont candidats à la présidentielle américaine ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Bernie Sanders (g) et Donald Trump (Crédits : AFP / RHONA WISE / Geoff Robins)
Bernie Sanders (g) et Donald Trump (Crédits : AFP / RHONA WISE / Geoff Robins)

Imaginez si, pendant un très important évènement pro-israélien, devant un public composé de milliers de personnes, un candidat à la présidence des Etats-Unis donnait une position définitive sur un sujet vital pour juste après se rétracter de façon spectaculaire. Il serait éreinté, pensez-vous, son crédibilité mise en pièce.

En fait, vous n’avez même pas besoin de faire preuve d’imagination, car ça c’est vraiment produit.

Le 4 juin 2008, le candidat à la présidentielle Barack Obama déclare à l’AIPAC que « Jérusalem devrait rester la capitale d’Israël, et elle doit rester indivisée. »

C’était alors une marque de soutien très importante vis-à-vis de l’établissement non reconnu internationalement de la souveraineté d’Israël dans l’ensemble de la ville suite à la guerre de 1967, un changement radical de la politique américaine traditionnelle, et une déclaration incroyablement sensible pour un candidat qui venait de s’assurer les primaires démocrates.

Or, Obama a ensuite fait marche arrière.

Le candidat Obama a dit très clairement qu’il ne voulait pas dire ce qu’il avait dit. « Concrètement, ce sera très difficile d’opérer » une division de Jérusalem, a-t-il dit à CNN le lendemain. Mais, avait-il précisé, « évidemment, ce sera aux parties de négocier une partie de ces sujets. Et Jérusalem fera partie de ces négociations ». En d’autres termes : ‘oubliez ce que j’ai dit à l’AIPAC’. Les deux côtés vont devoir négocier le destin de Jérusalem.

Deux mandats présidentiels plus tard, beaucoup de critiques pro-Israël d’Obama – dont nous ne sommes pas à court – ne lui ont jamais pardonné ce revirement.

Et pourtant, lundi soir au sommet annuel de l’AIPAC, un autre candidat à la présidence des Etats-Unis a délivré une incroyable déclaration de la même trempe qu’Obama concernant une politique cruciale, avant de se rétrater – en quelques minutes, dans le même discours. Et – les deux fois, – il a été acclamé.

Au début de son discours au centre Verizon, rempli de 18 000 délégués de l’AIPAC, Donald Trump a promis que sa « priorité numéro un » – rien que ça – « est de démanteler l’accord désastreux avec l’Iran ».

L’audience se réjouit, l’applaudit. Mais, six minutes plus tard, il se contredit. Loin de démanteler l’accord nucléaire auquel l’AIPAC s’est si ardemment opposée ces derniers mois, le candidat Trump a déclaré qu’il voudrait simplement « appliquer les termes de l’accord précédent pour rendre l’Iran totalement responsable. Et nous l’appliquerons comme vous n’avez jamais vu un contrat être appliqué auparavant, croyez-moi. » Contrairement à Obama, Trump a été capable de glisser directement vers la rétractation ; sous les applaudissements de la foule.

Simplement, la plupart de ce public de l’AIPAC – à la grande surprise des propres dirigeants du groupe de lobby qui s’inquiétaient que le candidat controversé, critiquant les minorités et incitant à la révolte, ne reçoive un accueil difficile du public juif – était tellement transporté par ses « J’aime Israël » qu’ils lui ont consacré des standing ovation et de vifs applaudissements quasiment tout au long de son discours. Et au diable les preuves qu’il venait pourtant lui-même de nous fournir et qui indiquaient clairement qu’il ne peut en aucun cas être pris au sérieux.

Seulement, le vendeur Trump savait, à la différence des dirigeants de l’AIPAC, qu’il pouvait dire presque n’importe quoi à beaucoup dans ce public et s’en sortir, tant que c’était formulé avec des termes destinés à ridiculiser et à réprimander l’administration Obama.

L’AIPAC peut survivre comme lobby efficace à la condition qu’il demeure bipartisan, qu’il reste dédié au renforcement de la relation israélo-américaine, et peu importe le locataire de la Maison Blanche. L’engagement en faveur du bipartisme constitue un thème central à chaque rassemblement annuel de l’AIPAC. Mais Trump l’a balayé en quelques minutes – et le candidat républicain a prouvé que, pour une majeure partie de ces 18 000 participants, l’invitation à acclamer chaque critique relative aux huit années de l’administration Obama transgressait largement l’impératif bipartisan.

Barack Obama et Hillary Clinton ont « très, très mal traité Israël », a déclaré Trump.

« Avec le président Obama dans sa dernière année – yeah !, a souligné Trump. « Ce pourrait être la pire chose qui ne soit jamais arrivée à Israël. » Et la plupart du public a applaudi à chaque fois.

Le lendemain matin, les dirigeants de l’AIPAC ont réprimandé Trump pour ses remarques, sa présidente, Lillian Pinkus, qualifiant de « grande offense » les attaques « soulevées contre le président des Etats-Unis d’Amérique depuis notre scène. »

Elle a également critiqué les participants de sa propre conférence. « Nous sommes déçus que tant de personnes aient applaudi un sentiment que nous ne partageons pas », a-t-elle déclaré.

Le mal a néanmoins été fait – et d’autres preuves du nivellement par le bas de la politique américaine ont été fournies.

Trump, avec sa rhétorique de tribun, a foncé tel un rouleau compresseur vers la victoire devant ce qui était censé être un public très éloigné de ses rassemblements habituels – un public, après tout, issu d’un groupe minoritaire ; un public qui ne s’est pas déplacé spécialement pour Trump, mais pour écouter l’ensemble des candidats et des douzaines d’autres orateurs, et se confronter à toutes les manières d’aborder un thème complexe pendant une conférence de trois jours réputée pour être de qualité.

***

Remarquablement, le jour-même où Trump jubilait en piétinant l’engagement bipartisan de l’AIPAC, le seul candidat présidentiel à avoir manqué la conférence démontrait que le nivellement par le bas ne se limitait pas à un seul côté du spectre politique américain.

Bernie Sanders, ancien volontaire dans un kibboutz, avait décliné l’invitation de l’AIPAC à s’exprimer le vendredi après-midi avant le début de la conférence prévu dimanche. Il avait affirmé, dans une lettre d’excuses tardive, qu’il « aurait beaucoup apprécié » pouvoir s’exprimer à la conférence, mais que des engagements de campagne l’en empêchaient.

Il avait également affirmé que les « sujets impactant Israël et le Moyen-Orient sont de la plus haute importance pour moi, pour notre pays et pour le monde. »

Et pourtant le discours qu’il avait préparé trahit une approche tellement superficielle qu’il soulève d’importantes questions quant au sérieux effectif de sa campagne.

Comment un candidat, juif, qui a passé du temps en Israël, et qui semble capable de comprendre l’ampleur et la complexité de la situation en Israël, puisse présenter une approche aussi pauvre. L’on est alors en droit de s’interroger sur le caractère valable de ses autres idées politiques.

Son discours se voulait une critique intelligente d’Israël, semblable à celle faite par les personnes qui affirment être ses amis, mais qui, au contraire, souligne combien notre réalité a été déformée, mal rapportée et mal comprise, y compris par des personnes qui se promettent à nous et à eux-mêmes de s’informer d’un peu plus près.

Sanders a fustigé Israël pour ses « bombardements d’hôpitaux, d’écoles, et de camps de réfugiés » pendant la guerre de 2014 contre le Hamas – faisant apparaître une image des agresseurs israéliens durement et délibérément concentrés sur les cibles civiles, sans considération pour les innocents pris dans son barrage de feu.

Soit il ne sait pas, soit il ne s’intéresse pas de près, qu’Israël a utilisé les grands moyens pour éviter de blesser des civils, même quand il luttait pour contrecarrer les attaques menées contre son propre peuple, et que le Hamas entrepose habituellement ses roquettes et creuse ses tunnels d’attaques près de ces hôpitaux, ces écoles, et ces camps de réfugiés.

Sanders a critiqué ce qu’il a appelé « les réponses disproportionnées [d’Israël] quand il est attaqué » – déterminant apparemment ce qui est proportionné sur la base du nombre de morts, évidemment inconscient de combien de morts de Gaza étaient des hommes armés du Hamas, combattant avec ou sans uniforme, et échouant à internaliser l’étendue cynique avec laquelle le Hamas transforme les civils de Gaza en boucliers humains pour ses efforts avoués, stratégiques et toujours en cours dont le seul but vise à détruire Israël.

Sanders s’est aussi montré lui-même comme l’un de ces critiques mal informés qui serait bien plus partisan d’Israël si seulement plus d’entre nous mourraient : si le Dôme de Fer n’avait pas intercepté des milliers de roquettes du Hamas, si les forces israéliennes n’avaient pas réussi à tracer et à détruire des tunnels terroristes que le Hamas a creusé à la frontière, et si beaucoup plus d’Israéliens avaient donc été tués, Bernie Sanders n’aurait probablement pas considéré que les efforts d’Israël pour maintenir la sécurité de son peuple étaient à ce point disproportionnés.

Dans ce qui est peut-être sa remarque la plus puérile, Sanders a réclamé la fin du « blocus économique de Gaza », tout en affirmant le « droit [des Israéliens] à vivre en paix et en sécurité ».

Le blocus d’Israël sur la bande de Gaza dirigée par le Hamas est conçu pour empêcher le Hamas d’importer plus d’armes, qu’il utilise sans relâche pour accomplir son objectif de tuer des Israéliens et de détruire Israël – pour faire en sorte que les Israéliens ne puissent pas vivre en paix et en sécurité. Si Gaza n’était pas dirigée par le Hamas, ou si le Hamas abandonnait son objectif affirmé de détruire Israël, le blocus ne serait pas nécessaire.

Il y a sans aucun doute plus de choses qu’Israël pourrait faire pour aider à créer de meilleures perspectives pour progresser vers la résolution du conflit israélo-palestinien.

Pour commencer, il pourrait cesser de construire des implantations dans les zones de Cisjordanie qu’il n’envisage pas de garder dans le cadre d’un accord permanent – une action qui soutiendrait les modérés du côté palestinien, augmenterait la crédibilité internationale d’Israël comme un acteur qui recherche effectivement la paix, et servirait les intérêts vitaux et déclarés d’Israël pour éviter de s’acheminer vers un État unique binational entre le fleuve du Jourdain et la mer Méditerranée.

Mais un Israël capitulant devant le terrorisme, un Israël échouant à stopper les tirs de roquettes, un Israël permettant au Hamas d’importer des armes à volonté, n’aiderait pas à résoudre le conflit palestinien. Cela reviendrait à commettre un suicide national.

Un président américain bien informé – familier de toutes les nuances et des complexités du conflit, clairvoyant sur la mauvaise éducation pernicieuse de générations de Palestiniens qui favorise la haine d’Israël, prêt à aider à marginaliser les extrémistes – a un rôle crucial à jouer pour faire avancer d’éventuelles chances de progrès.

Le candidat Sanders, dans un discours qui ne montrait aucune conscience du fait qu’Israël, si fort et pourtant potentiellement si vulnérable s’il prend des décisions à court terme dans une région si menaçante et si imprévisible, s’est montré incapable de jouer un tel rôle.

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Entre un Trump abusant de la plate-forme de ses hôtes et chatouillant le ventre d’un public ronronnant qui s’est laissé si facilement séduit, et un Sanders se montrant lui-même incapable de rassembler la rigueur intellectuelle pour peser de manière constructive sur Israël, ce sont des jours effectivement stupides où Israël est concerné par la campagne présidentielle américaine.

Je ne doute personnellement pas que Donald Trump soit un partisan d’Israël. Mais je serais très prudent vis-à-vis de ces promesses.

Je ne doute personnellement pas que Bernie Sanders se considère comme un ami d’Israël. Mais je ne pense pas qu’il ait accompli de sérieux efforts pour comprendre le défi que tout cela représente.

Les Etats-Unis choisissent un président, élisent le dirigeant du monde libre, à un moment où le simple fait de vivre est soumis à des attaques concoctées par des forces diaboliques, puissantes, rusées.

Ecrivant de Jérusalem, tout juste de retour de l’AIPAC, choqué et déprimé, tout ce que je peux espérer, c’est que les Etats-Unis fassent un choix sage.

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