Bnei Brak : La police et les pompiers ont attendu une heure pour intervenir
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Bnei Brak : La police et les pompiers ont attendu une heure pour intervenir

Ignorant les supplications des résidents de Bnei Brak, les pompiers présents ont refusé d'intervenir, citant des ordres de la police ; l'incendie a brûlé des câbles électriques

Un bus incendié par un groupe d'ultra-orthodoxes dans la ville de Bnei Brak, le 24 janvier 2021. (Police israélienne)
Un bus incendié par un groupe d'ultra-orthodoxes dans la ville de Bnei Brak, le 24 janvier 2021. (Police israélienne)

Les pompiers stationnés au bas d’une rue où des ultra-orthodoxes se sont livrés à une manifestation violente, dimanche soir, ont refusé d’intervenir pour éteindre un bus qui brûlait, incendié par des émeutiers, pendant une heure et ce malgré les supplications des résidents, selon des informations qui ont été rendues publiques lundi par la presse israélienne.

La police a aussi largement évité le secteur, permettant au rassemblement violent contre le confinement et à l’incendie de continuer jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Selon un article publié par le quotidien Haaretz , les émeutiers ont obligé le chauffeur à descendre de son bus et l’ont agressé, le blessant légèrement, aux environ de minuit. Cela a été la deuxième attaque contre un chauffeur de bus après un incident similaire impliquant là encore des manifestants violents qui avait eu lieu en début de soirée.

Des jeunes ultra-orthodoxes, venus en grand nombre, ont alors commencé à essayer de mettre le feu au véhicule. Un camion de pompiers est passé à ce moment-là mais la police lui a donné l’ordre de retourner à la caserne, installée au bas de la même rue, selon Haaretz.

Ce n’est qu’une heure et demie plus tard, vers 1 heure 30 du matin – alors qu’aucun policier n’était visible – que les jeunes sont parvenus à mettre le feu au bus. L’incendie s’est propagé aux poteaux électriques avoisinants et s’est dangereusement rapproché des immeubles résidentiels placés à proximité.

« Mon mari a appelé les pompiers et il lui a été répondu que la police ne leur avait pas donné l’autorisation de venir », a raconté une habitante au journal. « Après trente minutes, il leur a encore téléphoné parce que les flammes atteignaient le quatrième étage et que nous avions peur. Ils ne sont arrivés qu’une heure plus tard, quand le bus était devenu une carcasse noircie ».

D’autres résidents se sont précipités à la caserne pour supplier les pompiers d’intervenir pour éteindre l’incendie qui ravageait le bus, en vain. Les pompiers ont affirmé que les forces de l’ordre leur avaient interdit de se rendre sur le lieu des affrontements.

Une heure plus tard, à 2 heures 30 du matin, la police est arrivée sur le site et elle a utilisé des grenades incapacitantes pour disperser les émeutiers. Quatre personnes ont été arrêtées. Ce n’est qu’après que les pompiers, sous couverture policière, sont venus éteindre l’incendie.

Des manifestants ultra-orthodoxes incendient un bus à Bnei Brak pendant un rassemblement contre le confinement induit par la crise du coronavirus à Bnei Brak, le 25 janvier 2021. (Capture d’écran/ Twitter)

Le véhicule avait été complètement détruit à l’arrivée des pompiers, et les flammes s’étaient propagées aux câbles électriques, ce qui a entraîné une panne dans certaines parties de cette ville ultra-orthodoxe proche de Tel Aviv. Plusieurs résidents des immeubles environnants ont été par ailleurs évacués, les forces de l’ordre craignant que le bus n’explose.

Les émeutes ont entraîné une onde de choc dans le pays, faisant naître la peur de violences continues.

Les responsables ultra-orthodoxes ont blâmé la police pour ces violences. Ils ont néanmoins tenté, lundi, d’apaiser les tensions.

Un courrier écrit par les éminents rabbins Chaim Kanievsky et Gershon Edelstein a ainsi donné l’ordre aux fidèles de ne pas prendre part à des manifestations ou à des affrontements avec la police, et cette missive devrait être publiée dans les journaux ultra-orthodoxes mardi, selon certaines informations. Les émeutiers de Bnei Brak, toutefois, seraient affiliés à des groupes hassidiques et à la Faction de Jérusalem de la ligne dure, qui ne sont pas soumis aux jugements rendus par Kanievsky et Edelstein.

Kanievsky a également invité le chauffeur du bus à le rencontrer et à recevoir sa bénédiction, selon la Douzième chaîne.

Eyal Tzipori, le chauffeur dont le bus a été attaqué par des manifestants ultra-orthodoxes à Bnei Brak, évoque cet incident le 25 janvier 2021. (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Le chauffeur du bus, Eyal Tzipori, a déclaré devant les caméras de la Douzième chaîne, lundi soir, qu’il avait craint pour sa vie. Il a raconté avoir appelé la police mais avoir attendu en vain l’arrivée des agents. Il a dit être alors descendu du bus, avoir été attaqué et avoir tenté de trouver refuge dans son véhicule, dont il a été finalement extrait par deux membres des équipes de secours.

C’est à ce moment-là que le bus a été incendié. « Plus jamais je n’emprunterai cet itinéraire », s’est-il exclamé.

La police a fait savoir dans un communiqué que dix personnes avaient été arrêtées, soupçonnées de dégradation de biens et notamment d’avoir volontairement mis le feu au bus. Elles sont aussi accusées d’avoir blessé des employés des équipes d’urgence et d’avoir mis le public en danger.

Tzipori, 41 ans, a décrit l’incident comme « un cauchemar inimaginable ».

« Je suis blessé physiquement et mentalement. J’ai réussi à m’en sortir de justesse », a-t-il confié, lundi matin, à la Treizième chaîne.

Les émeutiers ont brisé toutes les vitres du bus et le chauffeur a été blessé par de multiples éclats de verre.

« D’abord, ils m’ont donné des coups de pied et des coups de poing, ils m’ont frappé avec des bâtons et aspergé de gaz lacrymogène. Jamais je n’aurais cru me retrouver un jour dans une telle situation », a-t-il dit. « Je voulais simplement faire demi-tour et quitter la zone, mais je n’ai pas réussi à le faire ».

Tzipori, qui travaille pour l’entreprise Afikim, a ajouté qu’il avait été en lien, pendant une demi-heure, avec un centre d’appel de la police mais qu’aucune aide ne lui avait été envoyée.

« Deux cent personnes ont tenté de me lyncher – une foule sauvage, complètement folle, bestiale. Je ne sais pas comment j’ai réussi à m’en sortir – je n’en ai aucune idée. Ce n’est pas demain que je vais reprendre le travail », a-t-il poursuivi.

Le directeur-général-adjoint d’Afikim, Shai Malka, a indiqué dans un communiqué que la compagnie était « sous le choc » face aux événements survenus à Bnei Brak et face « aux violences croissantes contre les chauffeurs de bus en général et en particulier au cours de cette période compliquée ».

Malka a fait savoir qu’une évaluation de la situation serait faite mardi et que la compagnie réexaminerait ses services à Bnei Brak, ainsi que dans d’autres zones marquées par des violences contre les chauffeurs et les biens, en collaboration avec le ministère des Transports.

Cet incendie a été la deuxième attaque d’un bus en l’espace de quelques heures. En début de soirée, des manifestants avaient jeté des pierres en direction d’un bus avant de le réquisitionner. Le chauffeur était parvenu à prendre la fuite, selon des informations parues dans les médias israéliens.

Les manifestants ont aussi poussé dans la rue des conteneurs à poubelles avant d’y mettre le feu, et une vidéo montre des agents visés par des pétards.

A Jérusalem, les émeutiers ultra-orthodoxes ont vandalisé la ligne de tramway de la ville dans le cadre d’un mouvement de protestation en cours contre une nouvelle ligne qui doit traverser leurs quartiers insulaires.

Dimanche également, un policier a tiré des coups de semonce, entouré par des émeutiers qui le bousculaient alors que les forces de l’ordre tentaient de faire appliquer les directives de confinement à Bnei Brak.

La police a fait savoir qu’elle ne se laisserait pas décourager par les violences et elle a fait la promesse de continuer à faire respecter le confinement national induit par la crise du coronavirus.

Ces dernières émeutes sont survenues après une réunion organisée sur le toit de la mairie de Bnei Brak – à laquelle avaient participé les députés du parti Yahadout HaTorah et d’autres responsables Haredim, qui avaient attribué à cette occasion la totale responsabilité des violences en cours à la police.

« C’est la police israélienne qu’il faut blâmer pour les catastrophes qui ont lieu depuis plusieurs jours dans notre ville », avait commenté le maire de Bnei Brak, Abraham Rubinstein, qui a lui-même été agressé par des manifestants en colère quand il est sorti ultérieurement pour aller à leur rencontre, lançant un appel au calme.

Le maire a essuyé des jets de pierres et des pétards ont été lancés en direction de son entourage. Ses gardes du corps ont dû utiliser du gaz lacrymogène pour lui permettre de quitter les lieux.

Il a aussi accusé la police de « provocations » et d’avoir infligé une « sanction collective » à tous les résidents de Bnei Brak. Il a appelé les forces de l’ordre à quitter la ville.

Parmi les députés présents lors de la rencontre des responsables haredim, le ministre du Logement Yaakov Litzman et le parlementaire Moshe Gafni, de proches alliés politiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Des policiers montent la garde à côté de poubelles en feu lors d’affrontements avec des ultra-orthodoxes à Bnei Brak, Israël, 24 janvier 2021. (Crédit ; AP Photo/Oded Balilty)

« Il est inconcevable que la police, en raison d’une violation sur la plage de Tel Aviv, ferme un quartier tout entier en utilisant des explosifs, des fumigènes et du gaz lacrymogène comme elle l’a fait à Bnei Brak dans la soirée de jeudi et aujourd’hui », a déclaré Gafni.

Le législateur a aussi déclaré que l’éminent rabbin Kanievsky avait appelé à ce que cessent enfin les manifestations et les « choses terribles » que, selon lui, la police fait subir aux résidents de Bnei Brak.

Les critiques ont accusé Netanyahu d’avoir répugné à réprimer les Haredim afin de ne pas susciter la colère de ses partenaires de coalition ultra-orthodoxes.

Netanyahu a condamné les émeutes dans la soirée de lundi, ajoutant que les personnes responsables seraient amenées devant les magistrats et qu’elles devraient répondre de leurs actes.

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