Bnei Brak : l’armée chargée de l’aide aux civils dans la ville désormais fermée
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Bnei Brak : l’armée chargée de l’aide aux civils dans la ville désormais fermée

Le gouvernement charge les militaires de "l'assistance civile" au sein de la ville ultra-orthodoxe ; les troupes aideront à évacuer les malades et les personnes âgées

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les soldats israéliens rendent visite aux personnes âgées dans le cadre d'un effort militaire visant à aider la population à risque du pays lors de l'épidémie de coronavirus du 2 avril 2020. (Crédit : armée israélienne)
Les soldats israéliens rendent visite aux personnes âgées dans le cadre d'un effort militaire visant à aider la population à risque du pays lors de l'épidémie de coronavirus du 2 avril 2020. (Crédit : armée israélienne)

L’armée israélienne a été officiellement chargée de « l’assistance civile » auprès des résidents de Bnei Brak, foyer majeur du coronavirus en Israël. La police a, pour sa part, installé des barrages aux entrées et aux sorties de cette ville ultra-orthodoxe située dans la banlieue de Tel Aviv, contrôlant sa fermeture.

Le chef du Commandement intérieur, le général de division Tamir Yadai, a indiqué que les militaires s’attendaient à être envoyés dans d’autres secteurs du pays actuellement en lutte contre la pandémie – citant notamment les villes d’Elad, de Migdal HaEmek ainsi que certains quartiers de Jérusalem.

« Bnei Brak est le premier endroit où nous sommes envoyés, et pas le dernier », a-t-il commenté. « Il y aura d’autres zones où on verra les soldats opérer. Et il n’y a pas de problème à cela. »

Jeudi, les militaires ont indiqué que deux bataillons de la 98e division de parachutistes seraient envoyés dans la ville et, mercredi matin, le gouvernement a officiellement approuvé cette initiative.

La police installe des checkpoints temporaires à l’entrée de la ville de Bnei Brak, le 3 avril 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

L’armée a déclaré que les soldats – issus de deux brigades – n’auront pas pour mission de faire appliquer les restrictions imposées par le gouvernement dans la zone. Ils interviendront à Bnei Brak pour offrir une « assistance civile » aux résidents, a commenté Yadai.

Cet effort a été coordonné avec la municipalité de Bnei Brak – et spécifiquement le chef du groupe de travail sur le coronavirus dans la ville, le général de division réserviste Roni Numa — et avec les services d’urgence du Magen David Adom, le ministère de la Santé, la police israélienne et d’autres bureaux gouvernementaux, a-t-il ajouté.

La mission des militaires comprendra l’évacuation des malades et des personnes âgées de la ville, a-t-il continué, ajoutant que « personne ne sera évacué par la force… seulement volontairement ».

Yadai a expliqué qu’environ 100 personnes avaient d’ores et déjà été emmenées dans des hôtels de quarantaine – mais il est difficile de dire pour le moment si cette initiative restera limitée ou si elle s’élargira aux milliers de personnes malades ou présentant des risques de vulnérabilité particulière face à la maladie.

Le numéro un du Commandement intérieur a également précisé que les soldats aideraient à faire des tests de dépistage supplémentaires à Bnei Brak pour mieux cartographier la pandémie.

Il a souligné que si la ville était coupée du monde, la vie, au sein de la municipalité, pouvait continuer en respectant les mêmes restrictions que celles appliquées dans le reste du pays et que les habitants avaient donc encore le droit d’aller faire des courses et de se livrer à d’autres activités de première nécessité.

Ce qui signifie que, tandis que les militaires livreront des colis alimentaires et des médicaments aux résidents les plus vulnérables, ils ne seront pas dans l’obligation d’approvisionner la population toute entière, soit approximativement 200 000 personnes.

Un soldat et la police à un checkpoint durant la pandémie de coronavirus, le 2 avril 2020. (Crédit : Armée israélienne)

Le chef du Commandement intérieur a reconnu que les efforts livrés par l’armée à Bnei Brak étaient « plus complexes » que ce n’était le cas dans d’autres parties du pays en raison de la nature spécifique de la banlieue ultra-orthodoxe.

« Les choses, dans cette ville, fonctionnent différemment », a-t-il dit. « Nous nous adaptons nous-mêmes à leurs habitudes. »

Ce qui comprend le besoin de trouver de meilleurs vecteurs de transmission des informations en direction des résidents dans la mesure où ceux qui sont utilisés, à l’ordinaire, par l’armée – par le biais d’Internet et de la télévision – ne fonctionnent pas dans une communauté où les connexions à Internet sont moins banales.

Yadai a noté que la 98e division se préparait encore pour sa mission et qu’elle ne serait probablement pas déployée avant dimanche.

Les soldats israéliens livrent de la nourriture à un homme âgé israélien dans le cadre d’un effort militaire visant à aider la population à risque du pays lors de l’épidémie de coronavirus, le 2 avril 2020. (Crédit : Armée israélienne)

Il a déclaré que, pour le moment, les forces comprendraient un bataillon issu de la Brigade des parachutistes et un bataillon de la brigade commando, ainsi que des soldats supplémentaires qui apporteraient un soutien logistique – mais que, si nécessaire, des militaires supplémentaires seraient envoyés.

« Le chef d’Etat-major l’a dit : tout ce dont j’ai besoin, je l’obtiendrai. Si j’ai besoin de deux autres bataillons, je les aurai », a dit Yadai.

Vendredi, la police a été déployée en force, avec 1 000 agents, à Bnei Brak pour patrouiller, maintenir et faire respecter la fermeture de la ville. Les habitants ne sont pas autorisés à franchir ses frontières sauf circonstances particulières, ont fait savoir les responsables. Il est par ailleurs interdit aux non-résidents d’y entrer.

La police utilise des drones et autres méthodes de surveillances pour maintenir le confinement.

Le commissaire de police, Roee Waldman, à la tête du département des enquêtes de la police, a déclaré à la radio militaire que « dans les prochaines heures, les résidents sentiront une importante présence policière et militaire pour évacuer les personnes qui iront en quarantaine ».

Il a déclaré que les policiers étaient autorisés à faire un usage « proportionnel de la force » s’ils rencontraient de la résistance.

Le député Yaakov Asher (Yahadout HaTorah) lors de sa prestation de serment en plénière de la Knesset. (Crédit : Bureau du porte-parole de la Knesset)

Yaakov Asher, député de Yahadout HaTorah, qui vit à Bnei Brak, a protesté vendredi contre l’utilisation d’agents de police armés, demandant au ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, dont le bureau est responsable de la police, d’interdire les armes aux barrages de contrôle dans la ville.

Pendant la fermeture, les services d’aide et les fournisseurs de produits essentiels seront autorisés à entrer ainsi que les journalistes. La fermeture de la ville durera initialement sept jours, avec l’option d’être prolongée par les ministres de cinq jours en cinq jours.

Le cabinet a également approuvé la formation d’une commission ministérielle supervisée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui sera chargée de déterminer si d’autres villes doivent devenir des « zones restreintes » afin d’endiguer la pandémie.

La réunion du cabinet a eu lieu par vidéoconférence. Netanyahu et le directeur-général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman-Tov, se trouvaient en quarantaine après que le ministre de la Santé Yaakov Litzman a été testé positif au coronavirus, jeudi.

Forte d’une population de 200 000 personnes, Bnei Brak est la deuxième ville la plus touchée par la pandémie, et le taux d’infection par habitant et le plus élevé du pays.

Le ministère de la Santé a fait savoir vendredi qu’il y avait 966 cas de coronavirus à Bnei Brak. 418 cas ont été confirmés au cours des trois derniers jours.

Les hôtels d’isolement, gérés par le Commandement intérieur, ont été adaptés pour convenir au mode de vie des pensionnaires haredim, mais ils sont nombreux à avoir refusé de s’y rendre et de quitter la ville.

Un officier de police vérifie que les gens respectent les directives d’urgence pour contenir le coronavirus, dans la ville majoritairement ultra-orthodoxe de Bnei Brak, le 1er avril 2020. (Tomer Neuberg/Flash90)

Jeudi, un haut-responsable de la Santé a déclaré dans un témoignage apporté devant un panel de la Knesset que presque 40 % des résidents de Bnei Brak avaient contracté le virus.

Le Dr Ran Saar, qui dirige le prestataire de soins de santé Maccabi, a ajouté que le gouvernement devait prendre des mesures dans la ville pour empêcher les résidents de se contaminer mutuellement pendant les fêtes de Pessah, afin d’éviter une catastrophe.

Selon cette estimation, 75 000 personnes seraient malades à Bnei Brak, ce qui est très largement supérieur aux 900 cas confirmés dans la ville, selon les chiffres officiels du ministère de la Santé.

Jacob Magid et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.

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