Campagne de diffamation contre l’extradition d’une présumée agresseur sexuel
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Campagne de diffamation contre l’extradition d’une présumée agresseur sexuel

La campagne vise la ministre de la Justice Ayelet Shaked et présente Malka Leifer, accusée d'agression d'enfants dans une école australienne, comme une "grand-mère de 51 ans"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'ancienne directrice d'école en Australie Malka Leifer, recherchée dans son pays pour agressions sexuelles contre des enfants, à la cour de district de Jérusalem, le 14 février 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
L'ancienne directrice d'école en Australie Malka Leifer, recherchée dans son pays pour agressions sexuelles contre des enfants, à la cour de district de Jérusalem, le 14 février 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La famille de Malka Leifer a recruté un cabinet de relations publiques qui a mis au point une campagne de diffamation visant à empêcher l’extradition de l’ancienne directrice d’école de filles ultra-orthodoxes en Australie, qui est accusée d’avoir agressé ses élèves.

La campagne, qui a été dévoilée mercredi dans le quotidien Yedioth Ahronoth, présentera Leifer comme une « grand-mère de 51 ans » et affirmera que la ministre de la Justice Ayelet Shaked, qui est responsable des autorisations d’extradition en Israël, est un arbitre partial qui est étroitement liée aux autorités australiennes, qui veulent poursuivre cette femme pour 74 accusations d’abus sexuels sur enfants.

De plus, le cabinet va tenter de recruter un psychiatre d’Etat prêt à témoigner devant le tribunal que Leifer n’est pas apte à être jugée, et il ciblera les experts médicaux qui ont rejeté jusque-là la thèse selon laquelle sa santé mentale devrait l’empêcher d’être extradée. La campagne, menée par le stratège des médias Ronen Tzur, cherchera à porter plainte contre ces psychiatres de district pour faute professionnelle médicale.

Selon un extrait récupéré par le quotidien israélien, la campagne s’en prendra à la « pourrie » Shaked, arguant que depuis son entrée au ministère de la Justice, elle a un « programme clair : pour tout suspect qui commet une infraction, il existe une présomption d’innocence… à condition d’avoir un lien étroit avec elle ».

Malka Leifer (Capture d’écran YouTube)

« Nous dévoilerons la conduite méprisable de la ministre Shaked dans l’affaire Leifer, le lien étrange entre la ministre et les capitalistes de copinage en Australie, et les échecs catastrophiques du système judiciaire », dit un des extraits récupérés par Yedioth.

Le cabinet Rosenbaum Communications de Tzur a confirmé l’existence de la campagne, mais a précisé qu’elle n’a pas encore été mise en œuvre et qu’il n’est pas sur qu’elle le soit.

« Dans le cadre de notre travail, de nombreuses idées différentes sont soulevées pour traiter avec les clients et, naturellement, elles ne franchissent pas toutes l’étape du brainstorming. Nous ne discutons généralement pas de [questions concernant] nos clients, et nous agirons en conséquence [sur cette question également] », a déclaré le cabinet de relations publiques dans un communiqué.

Dans un communiqué en réponse à l’enquête, la famille Leifer a déclaré : « Plus nous nous penchons sur cette affaire, plus nous avons de questions sur ces personnes et les autres parties concernées qui devraient déranger le grand public en Israël ».

La ministre de la Justice Ayelet Shaked lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 5 septembre 2018 (Crédit : Flash90)

Le bureau de Shaked a répondu au reportage en affirmant dans un communiqué que « la ministre de la Justice ne sera pas intimidée par une campagne tendancieuse et fausse contre elle ».

« Si le tribunal décide d’extrader Malka Leifer en Australie, Shaked n’hésitera pas à le faire… et n’a pas l’intention de céder à ces menaces ».

Dassi Erlich, l’une des victimes présumées de Leifer qui a fait campagne pour l’extradition de son ancienne directrice, a déclaré au Times of Israel qu’elle était « absolument choquée » par l’article du Yedioth, mais que « cela ne la surprenait pas vraiment ».

« Nous savions qu’ils feraient tout pour s’assurer que [l’extradition] ne se produise pas et nous savions qu’ils se comporteraient de la pire façon », a déclaré Dassi Erlich, en ajoutant qu’elle ne doutait pas que ni Shaked ni le tribunal ne seraient influencés par cette campagne.

La militante australienne des droits des victimes d’agression sexuelle a déclaré qu’elle se posait des questions sur l’origine des fonds utilisés pour financer la campagne de relations publiques dévoilée.

Tzur a tweeté que la famille Leifer « est sans ressources », suggérant que des tierces personnes ont été mobilisées pour financer la campagne visant à libérer l’auteur présumé des abus sexuels.

Erlich était en Israël avec ses deux sœurs Nicole Meyer et Elly Sapper – qui ont également accusé Leifer de les avoir agressées – pour l’audience du tribunal de district de Jérusalem qui a eu lieu mardi et qui portait sur la capacité de l’ex-directrice à être extradée.

Les sœurs espéraient faire face à leur agresseur présumée au tribunal pour la première fois, mais la juge Chana Lomp a accepté une requête de la défense qui affirmait qu’une comparution à l’audience causerait à Leifer de graves troubles émotionnels.

Mme Lomp a également ordonné que l’audience se tienne à huis clos.

(De gauche à droite) Les sœurs Elly Sapper, Dassi Erlich et Nicole Meyer posent pour une photo devant l’hôtel King David de Jérusalem le 22 novembre 2018. (Autorisation)

Au cours de l’audience, le psychiatre de district Igor Barash a témoigné à la barre sur son rapport médical qui déclarait Leifer apte à subir son procès et son extradition. L’audience a débuté à 10h, et à 17h la défense interrogeait toujours Barash, lorsque la juge Lomp a décidé que la procédure reprendrait les 17 et 24 janvier, où les psychiatres de l’État et de la défense continueront à être auditionnés.

La séance de mardi était la 42e audience dans l’affaire Leifer et la procédure d’extradition elle-même n’a même pas encore commencé.

Bien que de nombreux reports dans l’affaire ont été demandés par l’équipe de la défense de Leifer, son avocat Yehuda Fried a déclaré qu’il avait l’intention de soumettre une autre demande pour que sa cliente soit libérée, faisant valoir que celle-ci avait été forcée à rester en prison alors que la procédure avait été prolongée.

Leifer, une citoyenne israélienne, a fui l’Australie pour Israël en 2008, quelques jours avant que des allégations d’abus sexuels contre elle ne fassent surface à la suite d’un avertissement de la part de responsables à l’école Adass Israël où elle enseignait.

Dassi Erlich; Beyond a Survivor, Nicole Meyer and Elly Saper have just left the Jerusalem courtroom in the latest case to bring Malka Leifer back to Australia. This was their message for journalists and the public that have been supporting their quest for justice.

Posted by Plus61J on Tuesday, 27 November 2018

Les sœurs Erlich profitent également de leur voyage pour obtenir du soutien pour leur campagne d’extradition de Leifer. Ils ont rencontré un certain nombre de membres de la Knesset qui ont publié des déclarations de soutien, notamment Yehudah Glick (Likud), Aliza Lavie (Yesh Atid), Michal Biran (Union sioniste) et Rachel Azaria (Koulanou).

Après que les autorités de Melbourne ont porté plainte contre Leifer, l’Australie a officiellement déposé une demande d’extradition en 2014. Leifer a ensuite été arrêtée en Israël, mais libérée peu de temps après, elle a été assignée à résidence.

Plusieurs années après son arrivée en Israël et son installation à Bnei Brak, elle a déménagé avec son mari et ses 10 enfants dans l’implantation ultra-orthodoxe d’Emmanuel en Cisjordanie.

En juin 2014, un tribunal israélien a interrompu le processus d’extradition après qu’une première évaluation psychiatrique a conclu qu’elle n’était pas apte à être jugée. Des spécialistes de la santé mentale, dont le psychiatre du district de Jérusalem, ont conclu que les crises de panique de la femme avant ses comparutions devant le tribunal étaient authentiques et ont déclaré que le déroulement d’une audience l’avait mise dans une situation d’extrême anxiété.

Leifer a été autorisée à rester à Emmanuel sous la surveillance de rabbins de la communauté, à condition qu’elle se présente tous les six mois à une évaluation psychiatrique ordonnée par le tribunal.

L’ancienne directrice d’école en Australie Malka Leifer, recherchée dans son pays pour agressions sexuelles contre des enfants, à la cour de district de Jérusalem, le 14 février 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pendant ce temps, Jewish Community Watch – une organisation mondiale de lutte contre la maltraitance des enfants – a embauché un détective privé pour examiner les allégations selon lesquelles Leifer feignait une maladie mentale.

L’enquêteur a installé des caméras cachées qui montraient la femme en train d’effectuer ses tâches quotidiennes. Les images ont mené à une opération d’infiltration de la police, qui a conclu qu’elle simulait en fait afin d’éviter l’extradition.

Après l’arrestation de Leifer en février, son équipe de défense a déposé un certain nombre de requêtes demandant sa libération, affirmant qu’elle est mentalement inapte au procès, dont la plus récente a été rejetée en juin dernier par un tribunal du district de Jérusalem qui a rejeté la demande de Fried de libérer Leifer sous caution. La décision cite une évaluation psychiatrique effectuée peu de temps après son arrestation qui a jugé que les conclusions de l’évaluation de 2014 étaient fausses.

L’avocat de Malka Leifer, Yehudah Fried, s’adresse à des journalistes devant le tribunal de district de Jérusalem en mars 2018. (Capture d’écran/YouTube)

En août, un examen psychiatrique d’État a été soumis au tribunal de district de Jérusalem, jugeant Leifer apte à poursuivre la procédure d’extradition.

Fried a contesté les conclusions du Dr Moshe Weisbroth et exigé que la défense soit autorisée à faire évaluer la suspecte par ses propres médecins professionnels.

La juge Lomp a accepté la demande et a ordonné à Fried de présenter sa propre évaluation psychiatrique de Leifer, qui sera examinée par le tribunal en janvier.

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