Camps en Pologne : le ministère de l’Education continuera à « dire la vérité »
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Camps en Pologne : le ministère de l’Education continuera à « dire la vérité »

Les voyages scolaires sur les sites de la Shoah ne seront pas impactés par la loi qui rejette la responsabilité de la nation polonaise pour les atrocités nazies, selon le ministère

Une étudiante au camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 27 avril 2014. (Yossi Zeliger/Flash 90)
Une étudiante au camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 27 avril 2014. (Yossi Zeliger/Flash 90)

Le ministère israélien de l’Education a déclaré jeudi qu’Israël n’interrompra pas les voyages des lycéens en Pologne et que les organisateurs ne seront pas censurés par le projet de loi controversé interdisant de blâmer les Polonais de cette époque pour les atrocités commises par le régime nazi.

Le projet de loi, qui prévoit une peine d’emprisonnement pour quiconque se réfère aux « camps de la mort polonais » et interdit la mention de la complicité de la Pologne dans l’Holocauste, a été qualifié par Israël de distorsion historique.

Sus Hadashot News, le directeur du ministère, Shmuel Abuav, a souligné avec insistance que les voyages se poursuivraient et que « les guides diraient la vérité telle qu’elle était ».

Pour appuyer sa déclaration, il a mentionné les nouveaux programmes rédigés par le ministère en réponse au projet de loi polonais, qui porte sur les meurtres de plus de 2 000 Juifs par les Polonais avant et après la Seconde Guerre mondiale.

Shmuel Abuav, directeur général du ministère de l’Education, à gauche, et Naftali Bennett, ministre de l’Education, lors d’une conférence de presse à Jérusalem, le 8 janvier 2018 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

« Aucune loi ne fera taire les instructeurs et les guides, ni l’Hhistoire que nous devons raconter à la jeune génération », a déclaré Abuav à la chaîne de télévision.

Quelque 40 000 lycéens israéliens se rendront en Pologne cette année pour commémorer l’Holocauste, a-t-il noté. Lors de ces voyages, les étudiants visitent les sites nazis associés au génocide des juifs européens, et notamment le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau.

Si le projet de loi est adopté, la nouvelle loi instaurerait une sanction pénale pour les guides touristiques des voyages scolaires en Pologne qui affirmeraient que les citoyens polonais ont contribué au meurtre de Juifs pendant l’Holocauste.

Bien que la loi interdise spécifiquement de blâmer la nation polonaise pour les crimes nazis, elle prévoit la possibilité de poursuites à l’encontre de quiconque « diminue de manière flagrante la responsabilité des véritables auteurs de ces crimes », selon le texte du projet de loi adopté jeudi. Le président Adrej Duda a 21 jours pour le signer.

Dans le passé, le gouvernement israélien a soutenu la campagne contre l’expression « camps de la mort polonais» , bien qu’il ait fortement critiqué la nouvelle législation.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dénoncé une « distorsion de la vérité, la réécriture de l’histoire et le déni de l’Holocauste ».

Quelques heures après l’adoption du projet de loi, le ministère israélien des Affaires étrangères a publié une condamnation de la loi sur Twitter : « l’Etat d’Israël s’oppose catégoriquement à la décision du Sénat polonais. Israël considère avec la plus grande gravité toute tentative de contester la vérité historique. Aucune loi ne changera les faits. »

Moshe Azman, l’un des trois rabbins prétendant au titre de grand rabbin d’Ukraine, a écrit au ministre de l’Education, Naftali Bennett, en lui proposant d’organiser les voyages pour que les jeunes se rendent en Ukraine plutôt qu’en Pologne.

« A la lumière de l’adoption par le Parlement de Pologne d’une nouvelle loi qui interdit de dire la vérité sur l’Holocauste, je propose que cette année [les voyages] des écoliers israéliens dans les camps de concentration en Pologne soient annulées », a écriit Azaman dans une lettre jeudi.

Notant que ces voyages contribuent à l’économie polonaise, à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars par an, Azman a déclaré : « il me semble juste de réagir financièrement à la loi antisémite, qui tente de museler la bouche des historiens et des témoins de l’Holocauste ».

Azman a suggéré que les élèves visitent l’Ukraine, qui selon coûterait moitié moins cher que les voyages en Pologne.

« Dans notre pays, malheureusement, il y a beaucoup d’endroits liés à l’Holocauste », a-t-il poursuivi.

Quelque 900 000 Juifs ont été assassinés en Ukraine pendant l’Holocauste.

Le président ukrainien a qualifié la loi polonaise d’ « inacceptable » jeudi, car Kiev contestait un passage séparé imposant une peine criminelle à quiconque nie que des crimes ont été commis par des nationalistes ukrainiens contre des Polonais entre 1925-1950.

« Je suis profondément préoccupé par la décision du parlement polonais », a écrit le président ukrainien Petro Poroshenko sur Facebook.

Certains historiens disent que les nationalistes ukrainiens de l’UPA ont commis des atrocités pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment contre les Polonais en Ukraine.

En Pologne, cependant, les combattants de l’UPA étaient considérés comme des escadrons de la mort responsables du nettoyage ethnique des Polonais de l’ouest de l’Ukraine.

En 2015, le parlement de Kiev a accordé une reconnaissance sans précédent à ceux qui ont servi à l’UPA, les reconnaissant comme des « combattants de l’indépendance ukrainienne ». Un an plus tard, les députés polonais ont reconnu comme un « génocide » le massacre en temps de guerre de quelque 100 000 Polonais par les nationalistes ukrainiens.

Les sénateurs assistent à une séance d’une nuit au Sénat polonais à Varsovie, le 1er février 2018 (Crédit : PAP / Radek Pietruszka / AFP)

Des Polonais ont été emprisonnés, torturés et tués dans les camps nazis, et beaucoup pensent aujourd’hui que les Polonais sont injustement décrits comme les auteurs de l’Holocauste.

L’Allemagne a envahi la Pologne en 1939, en annexant une partie à l’Allemagne et en gouvernant directement le reste. Contrairement à d’autres pays occupés par l’Allemagne à l’époque, il n’y avait pas de gouvernement collaborationniste en Pologne. Le gouvernement et l’armée polonais d’avant-guerre ont fui et était en exil, à l’exception d’une armée de résistance clandestine qui a combattu les nazis à l’intérieur du pays.

De nombreux Polonais ont tué des Juifs ou les ont dénoncé aux Allemands et les pogroms antisémites meurtriers ont continué pendant et même après la Seconde Guerre Mondiale.

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