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Interview

Cannabis médical : une start-up israélienne veut aider les patients à s’y retrouver

Elad Gazit, fondateur de Cannbis, compare l'industrie du cannabis médical au Far West - les patients ne recevant aucune aide pour comprendre ce dont ils ont besoin

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Une ferme de cannabis médical en Israël. Illustration. (Crédit : Eyal Basson/ Ministère de la Santé)
Une ferme de cannabis médical en Israël. Illustration. (Crédit : Eyal Basson/ Ministère de la Santé)

Dans le monde déroutant du cannabis médical en Israël, les patients tâtonnent souvent en essayant de comprendre comment et où obtenir les produits dont ils ont besoin, explique Elad Gazit, lui-même patient au cannabis médical et fondateur d’une startup qui vise à résoudre ce problème.

La société de Gazit, Cannbis, cherche ainsi à devenir une ressource de référence et un marché en ligne spécifiquement destinés aux patients comme lui.

Les patients n’ont « accès ni aux données ni aux informations pour comprendre ce qu’ils doivent faire, les produits dont ils ont besoin, les endroits où ils peuvent les acheter, sur les prix – il n’y a aucun flux d’informations », a déclaré Gazit.

L’utilisation du cannabis médical est légale en Israël, mais les patients se plaignent souvent que la navigation dans l’industrie soit confuse et frustrante et que le parcours pour obtenir une licence de cannabis médical du ministère de la Santé est à peu près aussi sinueux qu’un tour de montagnes russes.

Dans une interview accordée au Times of Israel, Gazit a déclaré que l’industrie était un « Far West » et que les données étaient « immatures », les patients étant obligés de demander des conseils sur les chimiovars (souches), les doses et les méthodes d’administration – comme fumer, vaper ou ingérer – sur des groupes WhatsApp et Telegram, parce que les médecins et les pharmaciens n’ont pas assez de connaissances.

La consommation de cannabis médical est légale en Israël depuis une vingtaine d’années, mais le secteur n’a pas encore été pleinement intégré au système de santé publique. Le ministère de la Santé ne considère pas le cannabis médical comme un médicament. Il est approuvé pour ses effets thérapeutiques dans une courte liste de conditions spécifiques, dont le stress post-traumatique (TSPT), le cancer, les troubles gastro-intestinaux comme la maladie de Crohn et la colite, la douleur chronique, les troubles neurologiques comme l’épilepsie et la maladie de Parkinson, et les soins palliatifs de fin de vie. Il y a de la place pour des cas exceptionnels, mais l’un des critères pour aller de l’avant avec une demande de licence est d’avoir d’abord épuisé tous les médicaments conventionnels, ou médicaments pharmaceutiques.

Mais, même avec une autorisation en main, les nouveaux patients ne savent souvent pas quoi faire ensuite. Lorsqu’ils choisissent une variété après avoir effectué des recherches et fait appel à d’autres gens, ils peuvent être confrontés à un manque de cohérence dans le produit. Le cannabis étant une plante soumise à ses conditions environnementales, la qualité soutenue d’une souche donnée peut différer selon le fournisseur et il n’existe pas de dosage standardisé. Les patients se lancent très souvent dans une période d’essais et d’erreurs pour déterminer ce qui fonctionne pour eux.

En tant qu’entrepreneur et ancien investisseur en capital-risque, Gazit a vu une opportunité. Il s’est associé à un autre entrepreneur, Oded Ben Dov, pour créer Cannbis, qu’ils dirigent tous deux à Raanana.

Du cannabis de qualité médicale pousse sur des tables en Israël. (Crédit : autorisation : Israeli Medical Cannabis Agency)

Cannbis, semblable à des sites comme Weedmaps aux États-Unis, offre des informations détaillées sur les variétés de fleurs de cannabis disponibles, comme leur génétique, les niveaux de THC (le principal composé psychoactif du cannabis), les terpènes (les composés aromatiques), les résultats attendus – calme, créatif, alerte, concentré, optimiste, somnolent – en fonction des commentaires d’autres patients, ainsi que les fournisseurs et leur réputation. Israël compte une dizaine de sociétés de culture autorisées.

Cannbis indique également aux patients les pharmacies proches de chez eux qui disposent des produits en temps réel, et ils peuvent les commander en retrait ou en livraison.

Selon M. Gazit, après plus d’un an d’activité, environ 80 000 patients israéliens utilisent Cannbis pour se renseigner sur les produits et les fournisseurs, consulter les avis et passer des commandes. Israël compte près de 110 000 titulaires de licences de cannabis médical en novembre 2021, selon l’Agence israélienne du cannabis médical (IMCA), qui opère sous les auspices du ministère de la Santé.

« Je suis arrivé dans cette industrie en tant que patient, et nous avons construit Cannbis de A à Z », a déclaré Gazit, soulignant que lui et Ben Dov ont abordé l’entreprise du point de vue du patient pour aider les utilisateurs à prendre des décisions plus éclairées.

Cannbis s’engage également directement avec les communautés médicales et pharmaceutiques pour fournir une formation informelle sur la façon d’aider les patients à choisir des produits, en organisant des webinaires mensuels pour les médecins et les pharmaciens. La société espère bientôt proposer des consultations individuelles en ligne entre patients et professionnels de la santé.

« Nous sommes chargés de faire le lien [entre] le côté médical commercial [de l’industrie] et les utilisateurs et d’amener tout le monde à la table », a déclaré Ben Dov dans l’interview. Ben Dov est également le fondateur de Sesame Enable, le développeur d’un smartphone sans contact pour les personnes handicapées (qui n’est plus disponible dans le commerce).

Des sacs de marijuana prêts à l’emploi dans les laboratoires de l’entreprise BOL (Breath Of Life) dans la seconde plus importante plantation de cannabis du pays, à côté de Kfar Pines dans le nord d’Israël, le 9 mars 2016 (Crédit : Jack Guez/AFP)

Cannbis prélève une commission sur les commandes de cannabis que les pharmacies reçoivent par le biais du site. Gazit a déclaré que l’entreprise travaille actuellement avec plus de 50 pharmacies, aussi bien des chaînes que des enseignes privées. « Nous démarrons parce que nous répondons à un besoin ».

La start-up espère développer son modèle éducatif pour « offrir de véritables solutions aux pharmacies », a déclaré Ben Dov.

« Dans les dispensaires aux États-Unis et au Canada, vous avez une véritable expertise, des personnes qui connaissent vraiment les informations. Ici, les pharmaciens ont peut-être 6 à 8 heures de formation. Les médecins ne font pas grand-chose à part donner l’autorisation. Le cannabis médical n’est pas comme l’Acamol [équivalent du Doliprane en Israël]. Il faut un certain nombre de connaissances », a expliqué M. Gazit.

Cannbis espère également ajouter des sources de données supplémentaires au site. « Notre objectif est de rassembler davantage de données, en croisant éventuellement [les souches avec les données] des essais cliniques, et en utilisant des technologies [comme l’Intelligence artificielle] pour étudier les données », a-t-il ajouté.

La communauté du cannabis médical « est une communauté très investie où les gens veulent vraiment s’entraider. »

Une communauté en pleine expansion

Une récente enquête menée par Cannbis auprès de ses patients a révélé que 60 % des répondants utilisent le cannabis médical pour des douleurs chroniques, 20 % pour les troubles du stress post-traumatique (TSPT) et environ 5 % pour des symptômes liés au cancer. Près de 90 % des patients ayant répondu à l’enquête ont déclaré que le cannabis médical améliorait grandement leur qualité de vie et environ 80 % d’entre eux ont affirmé que la douleur avait considérablement diminué et que l’appétit et le sommeil s’étaient améliorés.

Le nombre de patients israéliens détenteurs d’une licence de cannabis médical a augmenté rapidement au cours des trois dernières années, passant de quelque 32 000 en janvier 2019 à 108 013 il y a deux mois.

L’usage récréatif du cannabis est actuellement illégal en Israël, bien que le ministère de la Sécurité publique l’ait partiellement dépénalisé en 2017, fixant des amendes et un traitement pour les premiers contrevenants au lieu de procédures pénales.

En juin, un projet de loi visant à dépénaliser l’usage récréatif du cannabis n’a pas réussi à franchir le cap du vote en plénière à la Knesset, en raison de l’opposition des législateurs du parti arabe islamiste Raam de la coalition.

Une nouvelle version du projet de loi, qui facilite l’accès des patients au cannabis médical tout en ne dépénalisant pas l’usage récréatif, a été adoptée en lecture préliminaire par la Knesset en octobre. Selon le texte, les personnes ayant obtenu une licence du ministère de la Santé seront légalement autorisées à cultiver, distribuer et posséder une certaine quantité de cannabis à des fins médicales.

Les réglementations strictes imposées aux producteurs locaux ces dernières années ont entraîné une pénurie chronique de cannabis médical disponible pour les personnes munies d’une ordonnance. Israël importe également une quantité importante de cannabis médical et a été couronné premier importateur mondial de fleurs de cannabis médical en 2020, selon des données compilées par le Israeli Cannabis Magazine et Marijuana Business Daily, basés à Tel Aviv.

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