Cannes 2015 : Grand prix à « Son of Saul » sur la Shoah de Laszlo Nemes
Rechercher

Cannes 2015 : Grand prix à « Son of Saul » sur la Shoah de Laszlo Nemes

Le prix d'interprétation féminin a été décerné à l'Américaine Rooney Mara tandis que Vincent Lindon l'a remporté pour "La loi du marché"

Une scène du film "Son of Saul" (Crédit : Festival de Cannes)
Une scène du film "Son of Saul" (Crédit : Festival de Cannes)

Le Grand prix du Festival de Cannes a été attribué dimanche à « Son of Saul » (« Le fils de Saul ») du Hongrois Laszlo Nemes.

Le film choc sur la Shoah met en scène un juif forcé de participer à la Solution finale en travaillant dans les chambres à gaz.

L’Américaine Rooney Mara, 30 ans, prix d’interprétation dimanche à Cannes pour son jeu subtil dans « Carol » du réalisateur Todd Haynes, a reçu cette consécration trois ans après sa prestation remarquée dans « Millenium – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes ».

Éclatante à l’écran avec son visage d’ange comparé par certains critiques à Audrey Hepburn, Rooney Mara campe le personnage d’une toute jeune vendeuse qui va se laisser séduire avec une passivité gourmande par une femme bourgeoise à la beauté fatale (Cate Blanchett).

Elle finira pas s’affirmer et faire des choix, dans une Amérique des années 50 condamnant les relations lesbiennes.

Rooney Mara s’était distinguée en 2012 lors de sa nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice dans l’adaptation du best-seller « Millenium », portée à l’écran par David Fincher.

Elle y jouait la sombre et asociale Lisbeth Salander aux talents de pirate informatique.

Née le 17 avril 1985 aux Etats-Unis, Rooney Mara fait partie de la famille royale du football américain: elle est l’un des quatre enfants des patrons des New York Giants, Timothy Christopher Mara et Kathleen McNulty — la petite-fille de Art Rooney, Sr., fondateur des Pittsburgh Steelers.

D’origine irlandaise, Rooney Mara a étudié la politique internationale, et n’a commencé à s’intéresser au cinéma qu’à son entrée à l’Université de New York, auditionnant pour ses premiers rôles à l’âge de 19 ans.

Elle fut inspirée par sa grande soeur Kate Mara, avec qui elle est apparue en 2005 dans le film d’horreur « Urban Legends: Bloody Mary » sous son vrai nom de Patricia Mara.

Elle décide de devenir Rooney Mara en 2009, pendant le tournage de « Tanner Hall », qui se déroule dans un pensionnat de jeunes filles et pour lequel elle décroche son premier grand rôle.

Son premier succès date de 2010, avec la nouvelle version du film d’horreur « Les griffes de la nuit », immédiatement suivi de sa prestation dans « The Social Network » de David Fincher.

Elle y interprétait, le temps d’une scène d’ouverture mémorable, la petite amie de Mark Zuckerberg.

Rooney et sa soeur Kate figuraient toutes deux, en 2011, dans des films nommés à l’Oscar du meilleur film: la première pour « The Social Network » et la seconde pour « 127 Hours » de Danny Boyle.

Après « Millenium », l’actrice a enchaîné les rôles. En 2013 dans « Effets secondaires », elle incarne Emily, une jeune femme dépressive, aux côtés de Jude Law et apparaît la même année dans « Les Amants du Texas ». Plus récemment, elle a tourné dans le film oscarisé « Her », de Spike Jonze et dans « Favelas » de Stephen Daldry.

Rooney Mara est également présidente de Uweza, une organisation qui lutte contre la pauvreté dans le bidonville de Kibéra, au Kenya.

Vincent Lindon ou la fragilité de l’homme contemporain

Talentueux, grande gueule et sans détours, Vincent Lindon, qui a obtenu le prix d’interprétation à Cannes pour son rôle dans « La loi du marché » de Stéphane Brizé, incarne au cinéma l’homme contemporain à la fragilité manifeste.

Dans « La loi du marché », film cinglant sur la brutalité du monde du travail, il interprète avec justesse Thierry, un chômeur de longue durée, père d’un enfant handicapé, qui va d’entretiens d’embauche humiliants en stages inutiles.

Après avoir été embauché comme vigile, il va se retrouver face à un dilemme moral quand on lui demande d’espionner ses collègues.

« C’est la première fois que je reçois un prix d’interprétation », a-t-il souligné, « c’est l’un des trois plus beaux jours de ma vie ».

L’acteur a estimé que ce prix était « un acte politique ».

« J’avais envie d’être lui, il me plaît. Je pense que le fait de l’interpréter ne m’a pas laissé indemne », avait-il confié auparavant à l’AFP.

Se glissant avec la même aisance dans la peau d’un brave type ordinaire ou d’un voyou, l’acteur de 55 ans, doté d’un caractère impétueux et inquiet, secoué de tics, qui donne l’impression d’entrer dans ses personnages avec un grand naturel, a été cinq fois nommé pour le César du meilleur acteur, sans jamais l’emporter.

Il a joué dans une soixantaine de films, oeuvres à résonance sociale, polars, comédies ou films d’auteurs, dirigé par Claude Lelouch, Diane Kurys Claire Denis, Benoît Jacquot, Pierre Jolivet, Philippe Lioret, Coline Serreau ou Alain Cavalier.

« Le confort m’angoisse… J’ai choisi l’intranquillité », disait-il récemment dans une interview à l’hebdomadaire Télérama.

Né le 15 juillet 1959, Vincent Lindon est le fils d’un industriel et neveu de l’éditeur Jérôme Lindon. Il débute dans le métier comme aide-costumier sur « Mon oncle d’Amérique » d’Alain Resnais et régisseur sur un spectacle de Coluche.

Après le cours Florent, il joue son premier rôle dans « Le Faucon » de Paul Boujenah, en 1983, mais sa première apparition marquante date de « 37,2 le matin » de Jean-Jacques Beineix, deux ans plus tard.

On le voit ensuite dans « Quelques jours avec moi » de Claude Sautet, « Un homme amoureux » de Diane Kurys, avec qui il tournera « La Baule-les-Pins » ou dans « La crise » de Coline Serreau, qui le dirigera aussi dans « Chaos ».

Une romance avec Caroline de Monaco le propulse au début des années 1990 à la « une » de la presse people. A cette époque, les « à-côtés » du cinéma semblent l’attirer. Il sera proche de Claude Chirac, la fille du président Jacques Chirac, pendant des années, et soutient activement François Bayrou à l’élection présidentielle de 2007.

Puis c’est en 1994 « L’irrésolu » avec Sandrine Kiberlain, sa future compagne qui lui donnera une fille, Suzanne, en 1999. Le couple s’est depuis séparé.

Pudique et secret sur sa vie privée, l’acteur tourne dans « Paparazzi » d’Alain Berbérian, dans « Ma petite entreprise » (une de ses nominations aux César), de Pierre Jolivet, qu’il retrouvera dans « Fred », « Le Frère du guerrier » et « Filles uniques ». Il a aussi joué dans « La Moustache » d’Emmanuel Carrère.

Il tourne en 2008 dans « Welcome » sur l’immigration clandestine, signé Philippe Lioret, qui le dirige à nouveau en 2011 dans « Toutes nos envies », sur la question du surendettement, des films dans une veine sociale à laquelle l’acteur est sensible.

« J’aime jouer dans ce type de films, mais pas uniquement. (…) C’est d’abord du cinéma que je vois », a-t-il dit à l’AFP.

Acteur fétiche de Stéphane Brizé, il a déjà joué deux fois avec lui, dans « Mademoiselle Chambon » (2009) et « Quelques heures de printemps » (2012).

« C’est un monstre d’acteur, quelqu’un qui questionne tout le temps l’instant sur un plateau, qui cherche tout le temps à savoir s’il y a du vrai », dit de lui Stéphane Brizé.

Dans « Pater » d’Alain Cavalier, film-ovni en compétition en 2011 au Festival de Cannes, Vincent Lindon joue au Premier ministre face au cinéaste qui interprète le président de la République, dans des échanges improvisés tournés chez l’un ou l’autre.

Récemment, il a campé le jardinier antisémite du « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot, face à Léa Seydoux.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...