Ces experts l’affirment : non, Israël n’est pas au bord d’une troisième vague
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Analyse

Ces experts l’affirment : non, Israël n’est pas au bord d’une troisième vague

Le taux de transmission est en hausse mais l'image d'ensemble est moins alarmante qu'il n'y paraît avec des épidémies très localisées et un pays largement "vert"

Le personnel de l'unité Covid d'un hôpital de Galilée. (Crédit : Shlomi Tova)
Le personnel de l'unité Covid d'un hôpital de Galilée. (Crédit : Shlomi Tova)

Alors qu’Israël est en émoi face aux spéculations portant sur une troisième vague qui arriverait à grands pas, le cabinet dit « du coronavirus » a pris la décision de renvoyer à l’école la plus grande partie des élèves.

Après huit heures de discussion, dans la journée de lundi, il a été décidé de hâter la réouverture du système éducatif israélien tout entier – un système qui, dans la plus grande partie du pays, n’accueille pour le moment que les élèves de primaire. A l’exception des zones qui restent marquées par un taux élevé d’infection, les lycéens devraient reprendre les cours, dans leurs établissements, dès dimanche et les collégiens une semaine plus tard.

Cette décision est prise dans un contexte d’inquiétudes concernant la situation sanitaire actuelle du pays dans le contexte de l’épidémie de coronavirus. Certains laissent entendre que cette situation est bien pire que ce qu’elle devrait être, un mois et demi après le début de la levée graduelle des mesures qui avaient été imposées pendant le confinement de l’automne.

Des sources reprises dans les médias israéliens ont attribué ces mises en garde à des employés du ministère de la Santé dont l’identité n’a pas été révélée. Le vice-ministre de la Santé, Yoav Kisch, a fait part de sa préoccupation, jeudi dernier, au sujet d’un taux de morbidité en hausse et d’une réouverture du pays qui, selon lui, est trop rapide.

Élèves d’une école primaire de Tel Aviv portant des masques de protection (Autorisation Chen Leopold/Flash 90)

Ce nouveau pessimisme s’est emparé des Israéliens au début du mois quand l’ancien directeur du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman Tov, a déclaré qu’il y avait des « signes » qui semblaient indiquer l’imminence d’une « troisième vague ». Dimanche, un groupe de travail militaire a averti qu’une levée continue des restrictions pourrait entraîner une hausse du taux de morbidité.

Les présentateurs télé et le public ont donc tiré leurs conclusions, envisageant la perspective immédiate d’une troisième vague avec un sentiment croissant d’appréhension. Mais même certains des experts les plus prudents – les mêmes qui avaient décrié, dans le passé, ce qu’ils avaient considéré comme de la complaisance – pensent qu’Israël n’est pas encore entré dans cette zone de danger.

Prof. Gabi Barbash, ancien directeur général du Centre médical Sourasky de Tel Aviv, le 7 avril 2020. (Douzième chaîne)

Ainsi, si l’ex-directeur-général du ministère de la Santé, Gabi Barbash, considère comme une « possibilité » l’arrivée d’une troisième vague, il estime aussi que cette dernière n’a pas fait pour autant son apparition pour le moment.

Barbash, qui avait affirmé – dans un entretien sans détours qu’il avait accordé au mois de juillet – que l’intensité de la deuxième vague avait très largement pour origine l’échec, par le gouvernement, à répondre « davantage et plus tôt » aux problématiques posées par l’épidémie, se montre inhabituellement serein quand le Times of Israel le sollicite, mardi, pour évoquer l’initiative du retour des élèves israéliens dans les classes.

« C’est une décision risquée, mais il s’agit d’un risque calculé », estime-t-il, précisant qu’il ne s’y oppose pas, mais qu’il pense que l’État doit par ailleurs éviter de rouvrir des lieux plus commerciaux en même temps que les écoles par mesure de précaution.

Dans les hôpitaux, les médecins se préparent à un hiver potentiellement difficile avec l’effet des « épidémies jumelles » du coronavirus et de la grippe, mais un grand nombre constatent toutefois, pour le moment, une dissonance entre le discours populaire sur la troisième vague et la réalité sur le terrain.

La Prof. Galia Rahav, chef de l’unité des maladies infectieuses au centre médical Sheba, observe les données des patients du COVID-19. (Crédit : Centre médical Sheba)

« Dire que nous entrons dans une troisième vague n’est pas seulement incorrect – ce n’est pas le cas, certainement pas maintenant », a commenté la professeure Galia Rahav du centre médical Sheba auprès du Times of Israel, lundi. Au sein de son institution, toutes les unités accueillant des malades du coronavirus sont actuellement fermées en raison du faible nombre de cas, à l’exception d’une seule. Et il y a, dans le pays, environ 500 personnes qui sont hospitalisées pour cause de coronavirus contre 700 au début du mois de novembre et 1 500 au début du mois d’octobre.

Dans un pays qui a entrepris des initiatives significatives vers un retour à la normale au cours de ces dernières semaines, l’image d’ensemble est loin d’être alarmante, pense Rahav.

L’une des causes d’inquiétude majeures de la situation sanitaire actuelle en Israël est le fait que le taux de transmission – ou le nombre moyen de personnes contaminées par chaque porteur de la COVID-19 – est en hausse. Immédiatement après le début de l’assouplissement graduel des mesures de confinement, à la mi-octobre, il s’élevait à 0,65 et il est maintenant de 1,07.

Autre source d’inquiétude : le nombre de nouveaux cas. Le gouvernement avait espéré passer rapidement en deçà des 500 nouveaux cas quotidiens après avoir commencé à alléger les restrictions induites par le confinement, mais les chiffres sont plus élevés, parfois de plus de 200, voire 400. Lundi a été une journée marquée par le plus grand nombre de nouveaux cas enregistrés depuis presque un mois – 949.

Le personnel médical du Magen David Adom devant l’unité coronavirus de l’hôpital Hadassah Ein Karem à Jérusalem, le 19 octobre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Mais, pour les experts, ces indicateurs ne sont pas constitutifs pour autant d’une nouvelle vague nationale. Ils notent tout d’abord que l’augmentation quotidienne des nouveaux cas est liée aux chiffres du dépistage en hausse, dont une grande partie consiste en campagnes de dépistage dans des municipalités et dans des industries qui permettent de remarquer des cas qui passeraient normalement inaperçus. De plus – et c’est plus significatif – ils soulignent que les épidémies sont hautement localisées.

Presque la moitié des nouvelles infections sont répertoriées parmi les Arabes israéliens qui constituent seulement 20 % de la population, a fait savoir jeudi dernier le Conseil national de sécurité, selon les médias locaux. L’organisation de mariages a été mise en cause comme étant à l’origine de cette recrudescence des cas, et elle explique aussi pourquoi, dans la communauté arabe, les infections se sont largement concentrées dans des foyers spécifiques.

Le professeur Nadav Katz, qui dirige la recherche quantique à l’université Hébraïque de Jérusalem, lors d’une conférence à Jérusalem, le 11 décembre 2018. (Crédit : Noam Moreno)

La plus grande partie du pays est « d’un vert brillant », estime Nadav Katz, statisticien à l’université Hébraïque, qui ajoute que l’image serait très différente si Israël se trouvait au bord d’une nouvelle épidémie.

La forte concentration régionale est aussi la raison pour laquelle Barbash considère que l’ouverture des écoles est un « risque calculé » plutôt qu’une décision irresponsable. Il note que même dans les secteurs ultra-orthodoxes, qui ont payé un lourd tribut à la pandémie, les infections sont dorénavant sous contrôle. Et pour le retour dans les classes, « le taux qui prévaut dans la population générale, y compris parmi les orthodoxes, n’est pas trop élevé », dit-il.

Les calculs d’un autre expert, Eran Segal, qui travaille au sein de l’Institut Weizmann des sciences, vont dans le même sens, expliquant pourquoi Israël semble relativement épargné pour le moment par la COVID-19, alors que le R-0 – le nombre de transmission de base – frôle les 1. Il a calculé à la fin de la semaine dernière qu’au cours des sept jours précédents, environ 82 % des localités israéliennes avaient connu moins de cinq nouveaux cas confirmés – et ce, malgré d’importantes opérations de dépistage.

Il a aussi découvert que, en prenant un instantané de la population israélienne excluant les deux communautés les plus vulnérables face à l’infection, les Arabes et les ultra-orthodoxes, environ 92 % des Israéliens vivaient dans des zones où moins de cinq nouveaux cas étaient enregistrés par semaine.

Eran Segal (Autorisation)

Et dimanche, Segal s’est penché sur un autre paramètre. Quel pourcentage de la population vit donc dans des localités présentant moins de cinq malades atteints par le coronavirus pour 10 000 résidents ? Un facteur considéré par les experts internationaux comme un seuil sûr pour la réouverture des écoles.

La réponse, chez les Israéliens non arabes et non haredim, est de 91 %. Dans la communauté ultra-orthodoxe, où les taux d’infection ont spectaculairement diminué ces dernières semaines, ce pourcentage est de 61 % et il n’est que de 9 % au sein des populations arabes et druzes.

Si les choses restent très inquiétantes dans les communautés arabes et druzes, Katz, de l’université Hébraïque, dit qu’il ne s’agit pas non plus du cauchemar redouté par un grand nombre d’Israéliens concernant une autre recrudescence imminente des cas au sein de l’État juif.

« Ce que nous constatons, c’est que c’est très, très localisé, limité à certains foyers », commente-t-il. « Et ce qui est positif, c’est que si nous parvenons à contrôler le virus dans ces mêmes foyers, alors nous pourrons éviter une nouvelle vague – qui n’est ni inévitable, ni prédéterminée ».

Katz ajoute que, ces dernières semaines, l’État a témoigné d’une volonté accrue de prendre en charge les épidémies au niveau local, notamment en mettant en vigueur des confinements ciblés. Vendredi, les ministres ont approuvé la recommandation faite par le ministère de la Santé d’imposer des confinements temporaires à Nazareth et à Isfiya, deux villes du nord d’Israël, en raison du taux d’infection croissant qui touche ces deux localités largement arabe israélienne et druze.

Les recrudescences de cas, au niveau local, peuvent être contenues grâce à un meilleur déploiement dans les secteurs très touchés des systèmes de suivi, pour voir exactement qui les malades ont rencontré, continue Katz.

De plus, Katz, qui fait partie d’un groupe de recherche interdisciplinaire, explique que « nous soutenons l’ouverture des écoles – en particulier là où les taux d’infection sont faibles. Nous recommandons fortement, bien entendu, des campagnes de dépistage extensives, le port du masque et la mise en place de capsules là où c’est possible. Les écoles, si elles sont correctement gérées, ne contribueront pas nécessairement à la propagation de la maladie – c’est ce dont on a pu se rendre compte en observant les pays d’Europe ».

Alors qu’il reste de nombreux défis à relever – concernant le bon rythme à adopter pour la réouverture des commerces ou à la mise en place d’une quatorzaine efficace pour les Israéliens revenant de séjours hivernaux à l’étranger – il pense qu’une nouvelle hausse importante des cas reste une possibilité réelle, mais qu’elle peut néanmoins être évitée grâce à des mesures locales fortes, au moins pour le moment – et même si les écoles accueillent à nouveau les élèves.

« Il est devenu évident, ces dernières semaines, qu’il est possible d’ouvrir les écoles sans déclencher immédiatement une épidémie », dit Katz. « C’est le cas du système d’enseignement en général et c’est le cas également des écoles haredim qui se conforment à la transmission des informations et au dépistage ».

« Il est clairement apparu, ces dernières semaines, que notre situation n’est pas celle d’un incendie, mais qu’il reste des braises – mais il en restera toujours avec ce virus », explique-t-il. « Nous devons juste nous assurer que les flammes ne se propageront pas ».

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