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Chute de plus de 50 % des investissements dans les startups israéliennes en 2022

Les sociétés de cybersécurité enregistrent une baisse de 60 % des financements, les investissements d'amorçage ont augmenté de 22 % selon le rapport de Start-Up Nation Central

Des traders travaillent sur le parquet de la Bourse de New York, à New York, le 10 août 2022. (Crédit : Seth Wenig/AP)
Des traders travaillent sur le parquet de la Bourse de New York, à New York, le 10 août 2022. (Crédit : Seth Wenig/AP)

L’année 2022 aura marqué le début d’un ralentissement pour le secteur technologique israélien avec une diminution des fonds levés par les startups de près de 50 %, pour atteindre 15,5 milliards de dollars. Les entreprises de cybersécurité ont été les plus touchées, tandis que les investissements d’amorçage dans les startups locales ont augmenté, selon un rapport publié mardi par Start-Up Nation Central (SNC), une organisation à but non lucratif qui suit l’industrie technologique israélienne.

La valeur des investissements de l’année dernière a chuté de 43 % par rapport à 2021, une période faste au cours de laquelle les entreprises israéliennes ont bénéficié de 27 milliards de dollars de capitaux privés au total, ce qui a fait grimper la valeur des transactions. Au cours de la même période de référence, le nombre total de cycles d’investissement a diminué d’environ un tiers, passant de 1 103 l’année précédente à 826 en 2022.

Le flux record de fonds levés en 2021, qui s’est poursuivi durant les premiers mois de l’année dernière, a engendré des évaluations élevées – et quelquefois même des surévaluations – d’entreprises qui n’étaient pas près de réaliser des bénéfices. Mais au milieu de l’année 2022, le marché a commencé à se retourner, entraînant une baisse des valorisations et des actions cotées en bourse. La hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, ainsi que la guerre en cours en Russie contre l’Ukraine, ont eu un impact sur les chaînes d’approvisionnement et l’économie mondiale, et ont poussé les investisseurs à se replier.

« 2022 est vraiment une combinaison de deux années. Si vous regardez le premier semestre, on voit encore des traces de 2021, un marché plus haussier, tandis que le deuxième semestre de 2022 marque déjà le début du ralentissement », a déclaré Avi Hasson, PDG de Start-Up Nation Central, au Times of Israel. « Le bond en avant irréaliste des investissements, de la capitalisation boursière et des multiples de transaction en 2021 s’est corrigé en 2022, parallèlement aux tendances macroéconomiques mondiales. »

En raison du ralentissement du marché, des milliers de licenciements ont eu lieu dans le secteur des technologies, entraînant des pertes de financement et une forte baisse de la valeur des sociétés techs cotées en bourse. Cela a créé un marché baissier pour les nouvelles offres, avec un sentiment général que la fête est terminée et l’économie menacée.

« Aux États-Unis, la technologie est le marché qui a connu le plus grand nombre de licenciements. Près de 100 000 personnes ont été licenciées dans le secteur de la high-tech, alors qu’en Israël, les chiffres sont loin d’être comparables », a fait remarquer M. Hasson. « En Israël, nous avons vu des entreprises ralentir leur croissance ou supprimer 5 à 10 % de leur personnel. Cela relève davantage de l’optimisation ou de la gestion de votre attrition. »

Avi Hasson, acien chef de l’Autorité de l’Innovation et directeur-général de Start-Up Nation Central. (Crédit : Vered Farkash)

Ces derniers mois, Intel Israël, qui est l’employeur le plus important dans le secteur privé des technologies du pays, a licencié des dizaines d’employés. SodaStream, le fabricant d’appareils de fabrication de boissons gazeuses à domicile, a licencié 120 employés. Isracard va remercier 250 employés, soit 12 % de ses effectifs, la plus grande société de cartes de crédit d’Israël s’étant lancée dans un plan de rationalisation des coûts et des opérations. Le fabricant américain de moteurs d’avion Pratt & Whitney est sur le point d’arrêter la fabrication des aubes de compresseur chez Blades Technology Ltd. (BTL) à Nahariya, après plus de 40 ans, mettant ainsi 900 travailleurs au chômage.

« Nous n’avons encore pratiquement jamais vu, mis à part quelques rares exceptions, des entreprises qui revoient leur activité dans le détail, en réduisant jusqu’à 30 % de leurs effectifs par exemple, et je pense que nous allons en voir davantage au cours de l’année à venir, car les entreprises n’auront pas le choix », a averti Hasson.

Au cours du second semestre 2022, le nombre d’opérations d’investissement en capital dans des entreprises technologiques est tombé à 313 contre 519 au cours des six premiers mois de l’année, soit le second chiffre semestriel le plus bas jamais enregistré.

« Lorsque nous examinons les lignes de tendance, le problème ne vient pas du fait que 2022 est une mauvaise année, ou pire que prévu, mais du fait que 2021 a été une énorme anomalie en termes de tous les indicateurs sur lesquels vous vous penchez », a déclaré Hasson. « Si vous laissez tomber 2021, et que vous tracez une ligne de croissance de 2015 à 2022, il semble correct que plus de 15 milliards de dollars aient été investis dans les startups israéliennes l’année dernière. »

La tendance à la baisse des investissements n’est pas propre à Israël et correspond à ce qui s’est passé à Silicon Valley, où les investissements dans les entreprises technologiques ont diminué de 40 %, selon le rapport de SNC.

Les investissements d’amorçage échappent à la tendance

Alors que le ralentissement des marchés financiers a entraîné une baisse des investissements totaux dans la plupart des types de cycles d’investissement en 2022 en Israël, la tendance la plus positive a été enregistrée par les startups en phase de démarrage ou d’amorçage, qui ont connu une augmentation des investissements. Les investissements d’amorçage dans les startups israéliennes ont augmenté de 22 % pour atteindre 1,62 milliard de dollars en 2022, contre 1,32 milliard de dollars en 2021.

Bureaux de la société d’investissement technologique Jerusalem Venture Partners à Jérusalem, le 18 février 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Les investisseurs qui, traditionnellement, n’investissaient que dans les entreprises en phase avancée ont déplacé leurs investissements vers le financement d’amorçage, principalement en raison des valorisations extrêmement élevées dans les tours de table des entreprises en phase avancée, selon le rapport de SNC.

Comme les années précédentes, les secteurs technologiques israéliens qui, en 2022, ont attiré le plus de capitaux étaient basés sur les logiciels, dont principalement les logiciels d’entreprise, les technologies de sécurité (y compris le cyber-espace) et les fintech, ainsi que les que les biosciences et les technologies de la santé.

Le secteur le plus durement touché, qui a subi la plus forte baisse d’investissements en 2022, est celui de la cybersécurité. Les investissements dans les startups de cybersécurité en 2022 ont piqué du nez, chutant de 60 %, pour passer de 6,6 milliards de dollars un an plus tôt à 2,7 milliards de dollars, contre une baisse annuelle de 43 % pour l’ensemble de l’industrie high-tech. Cela dit, le nombre de tours de financement est resté stable par rapport à 2021, selon l’analyse du rapport de SNC.

Au cours de l’année 2022, il y a eu 20 exits – c’est-à-dire des fusions-acquisitions ou des introductions en bourse (IPO) – de sociétés israéliennes de cybersécurité. La transaction la plus importante a été le rachat par le fonds d’investissement britannique Liberty Strategic Capital de la société de solutions de sécurité mobile Zimperium, fondée en Israël, pour 525 millions de dollars. La deuxième opération la plus importante a été l’acquisition de l’entreprise israélienne de cyber-espace Medigate par Claroty, soutenue par Softbank, pour 400 millions de dollars. La troisième opération a été le rachat de Cider Security par l’entreprise américaine de cybersécurité Palo Alto Networks pour 300 millions de dollars. À la fin de l’année 2022, Israël comptait 676 entreprises actives dans le domaine de la cybersécurité.

« 2021 a vraiment révélé l’appétit des investisseurs et le cyber-espace était en tête du peloton, et à mesure que les choses se refroidissent, vous voyez le cyber-espace se déplacer vers le bas », a déclaré Hasson.

Les investissements et le nombre de tours de financement dans tous les secteurs technologiques couverts par le rapport ont diminué en 2022, à l’exception du secteur des technologies agroalimentaires, qui a vu le nombre de transactions passer de 84 en 2021 à 87 en 2022, mais le montant total des investissements est resté stable entre les deux années.

« Cela suggère que le secteur des technologies agricoles et agroalimentaires a peut-être mieux résisté à des facteurs externes tels que les ralentissements économiques », selon le rapport de SNC. « Ce secteur est relativement petit mais a connu une croissance rapide ces dernières années avec 624 startups actives. »

Selon le rapport de SNC, l’investisseur étranger de capital-risque le plus actif dans les entreprises israéliennes en 2022 était Insight Partners, une société d’investissement et de capital-investissement basée à New York qui a participé à 40 tours de table en 2022, contre 49 en 2021.

Tiger Global, qui n’a commencé à opérer en Israël qu’en 2019, était le deuxième plus actif et a investi dans 26 startups. Au cours de ses premières années d’activité en Israël, Tiger s’est concentré sur des entreprises plus matures prêtes à être introduites en bourse ou à être valorisées comme des licornes. En 2022, sa stratégie d’investissement s’est orientée vers des entreprises plus jeunes, ce qui a donné lieu à 13 opérations de financement de type A et à trois opérations de type seed-round. En 2021, le fonds a effectué 75% de ses investissements en Israël dans des tours C+, et le reste dans des tours B.

De loin, la société de capital-risque israélienne la plus active est OurCrowd, qui a investi dans 84 start-ups en 2022, suivie de Viola (tous fonds confondus) avec 47 tours de table, et de Pitango, qui a investi dans 21 start-ups différentes.

IPOs et fusion-acquisitions

L’année 2022 a marqué un retour aux chiffres « normaux » de 10 à 20 nouvelles introductions en bourse (IPO) par an, caractéristiques de l’industrie de la high-tech israélienne ces dernières années, après un record phénoménal de 77 IPO (y compris les sociétés d’acquisition à vocation spécifique, ou SPAC) qui ont eu lieu en 2021, selon le rapport de SNC. L’année dernière, seules 14 sociétés israéliennes sont entrées en bourse, et quatre autres l’ont fait via des SPAC, contre 22 introductions en bourse enregistrées en 2020.

Le nombre de fusions-acquisitions a chuté de 45 % en 2022, en glissement annuel, et la somme globale des transactions a baissé de 40 %. Au total, 89 sociétés tech ont été vendues pour une somme totale de 5,3 milliards de dollars. Les opérations de fusion-acquisition se sont taries au second semestre de 2022, la somme globale des transactions étant classée comme la quatrième plus faible enregistrée par la base de données SNC.

L’une des opérations les plus marquantes de 2022 a été l’achat par le géant américain des semi-conducteurs Intel de la startup israélienne de technologie informatique Granulate pour 650 millions de dollars, marquant la septième acquisition d’une entreprise israélienne par la multinationale des puces en un peu plus de cinq ans. La startup israélienne Finaro, anciennement connue sous le nom de Credorax, a également été rachetée par la société Shift4, spécialisée dans les paiements intégrés et le commerce, pour 575 millions de dollars.

Pour ce qui est de l’année 2023, Hasson prévoit une année de ralentissement de l’activité économique, au cours de laquelle les investissements et les sorties se poursuivront, mais de manière beaucoup plus « prudente et mesurée ». Une certaine difficulté dans le financement VC qui pourrait avoir un impact sur le capital disponible pour les investissements en 2024 et 2025.

« Nous allons assister à une énorme réduction des exits, beaucoup moins que ce que nous avons l’habitude de voir, et cela aura, en soi, une incidence sur la capacité des fonds à lever des capitaux », a déclaré Hasson. « Alors que tout le monde connaît un ralentissement en termes de base d’investissement, les fonds vont avoir du mal à lever des capitaux, ce qui signifie que nous allons assister à une pénurie de capital dans les entreprises en 2024 ».

« La bonne nouvelle est que l’industrie israélienne de la haute technologie aborde cette situation avec les poches pleines, car les entreprises et les fonds sont entrés dans la crise actuelle avec plus de liquidités levées en 2020 et 2021, de sorte qu’ils peuvent résister à la tempête pendant les six à douze premiers mois », a-t-il poursuivi. « Mais à un moment donné, l’année prochaine, les startups vont avoir besoin de plus d’argent et lorsque cela se produira, nous verrons des down rounds et beaucoup de consolidation, parce qu’à l’heure actuelle, cela arrange tout le monde de retarder la discussion, et de ne pas ajuster les valorisations tant que cela n’est pas nécessaire. »

On parle de « down round » lorsqu’une entreprise privée lève des capitaux à un prix ou à une valorisation plus faible que lors d’un tour de financement précédent. Le mois dernier, la startup américaine de cybersécurité Snyk, fondée par des entrepreneurs israéliens, a levé 196,5 millions de dollars de fonds auprès d’investisseurs à une valorisation de l’entreprise de 7,4 milliards de dollars, en baisse par rapport à sa valorisation de 8,5 milliards de dollars lors d’un précédent tour de financement.

« Il reste donc beaucoup de liquidités et les fonds de capital-investissement, qui ont les poches pleines, vont trouver des opportunités vraiment intéressantes sur le marché, car nous allons avoir moins de liquidités, moins de fusions-acquisitions et moins d’introductions en bourse qui se matérialisent », a déclaré Hasson. « Nous allons également assister à davantage d’opérations secondaires où les sociétés de capital-risque vont vendre leurs parts dans des sociétés à des fonds de capital-investissement. »

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