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Cisjordanie: Des militants de gauche blessés par des soldats à une manifestation

Selon l'armée, le mouvement de protestation a été violent ; le ministre de la Santé Horowitz, indigné, réclame "une enquête minutieuse" et dénonce les brutalités

Tuly Flint, activiste de gauche, est arrêté par les soldats israéliens près de la ville d'al-Tuwani en Cisjordanie, dans le sud des collines de Hébron, le 18 septembre 2021. (Autorisation)
Tuly Flint, activiste de gauche, est arrêté par les soldats israéliens près de la ville d'al-Tuwani en Cisjordanie, dans le sud des collines de Hébron, le 18 septembre 2021. (Autorisation)

Plusieurs activistes israéliens et palestiniens de gauche ont été blessés dans le sud des collines de Hébron, vendredi après-midi, après la dispersion d’un mouvement de protestation dans le secteur par les soldats israéliens.

Dans une vidéo de l’incident, qui a eu lieu aux abords d’Avigayil, un avant-poste illégal de Cisjordanie, un soldat israélien bouscule avec force un activiste d’une soixantaine d’années, l’immobilisant au sol. Ce dernier a été hospitalisé. Les images ont largement circulé sur les réseaux sociaux et sur les chaînes de télévision israéliennes.

De leur côté, les militaires ont affirmé que les manifestants avaient bloqué avec violence la route qui mène à Avigayil – une accusation qui a été vigoureusement rejetée par les protestataires. Une quarantaine d’activistes ont pris part à ce mouvement de protestation dont l’objectif était de dénoncer l’inégalité dans l’accès à l’eau potable entre Israéliens et Palestiniens en Cisjordanie.

« On ne se trouvait même pas à proximité directe d’Avigayil. Personne n’a touché un seul soldat, personne n’a eu un contact physique avec un soldat avant que ces derniers ne bousculent les manifestants en les violentant au bord de la route », commente Lexie Botzum, une activiste juive américaine présente lors de l’incident.

Des vidéos montrent un officier israélien qui bouscule de manière répétée des manifestants qui semblent pacifiques et qui se tiennent au bord de la route qui mène à l’avant-poste. Sur des images, il pousse avec violence le manifestant de gauche Eli Ziv, 65 ans, le faisant tomber au sol. Ce dernier a été hospitalisé à Tel Aviv pour des fractures et des blessures au visage et il devrait être opéré cette semaine.

« Cela fait quarante ans que je participe à des manifestations dans les Territoires occupés. Mais je n’avais jamais assisté à un tel déferlement de violence à l’encontre de manifestants israéliens », a déclaré Mossi Raz, parlementaire du Meretz, qui s’était rendu à ce mouvement de protestation.

Dans un communiqué, l’armée israélienne a déclaré qu’un mouvement « violent » de protestation s’était déroulé après l’arrivée d’activistes à proximité de l’entrée de l’avant-poste d’Avigayil, en Cisjordanie, ce qui avait nécessité de mener des opérations anti-émeutes.

« Les manifestants ont commencé à bloquer l’entrée de la ville, à tenter d’agresser physiquement les soldats ; ils ont hurlé des injures, des menaces et ils se sont même couchés au sol devant les roues des véhicules militaires », a précisé Tsahal dans un communiqué.

Les soldats ont toutefois ajouté qu’une enquête avait été ouverte suite aux vidéos montrant l’officier bousculer brutalement les manifestants.

« La conduite de l’officier – telle qu’elle apparaît sur ces images – ne correspond nullement à la conduite attendue d’un soldat de l’armée israélienne. Une enquête a été ouverte et des leçons en seront tirées », a fait savoir Tsahal.

De leur côté, les manifestants ont nié avoir attaqué les soldats. L’un d’entre eux a estimé que ces accusations avaient été « honteusement fabriquées ».

« S’ils affirment cela, qu’ils présentent donc une seule vidéo montrant de la violence », déclare Tuly Flint, activiste israélien du groupe de gauche Combattants pour la paix qui avait aidé à organiser la manifestation.

Selon les activistes présents, les soldats ont commencé à utiliser des gaz lacrymogènes environ deux minutes après le début du mouvement de protestation. Plusieurs manifestants ont été blessés lorsque les cartouches de gaz ont été lancées directement sur la foule, et notamment deux Palestiniens.

« Il y avait du gaz lacrymogène partout, les cartouches étaient lancées directement comme ça, sans précaution. On ne peut même pas parler de dispersion des manifestants parce qu’on était déjà dispersés », explique Sam Stein, un activiste de gauche américano-israélien.

« Il n’y a pas eu d’appel préalable à se disperser, rien du tout. La première chose venue d’eux, ça a été les jets de cartouches de gaz lacrymogène et le lancement des grenades incapacitantes », continue Flint.

Des soldats israéliens lancent du gaz lacrymogène sur des manifestants de gauche à proximité d’al-Tuwani, au sud des collines de Hébron, le 17 septembre 2021. (Crédit : Ghassan Bannura)

Cinq manifestants – dont Flint – ont été arrêtés pendant le mouvement de protestation. L’armée a fait savoir que c’était la police israélienne qui avait procédé à ces arrestations, mais des photos montrent les activistes, les yeux bandés, détenus par les soldats.

Dans le cas de Flint, des images montrent un soldat plaçant son genou sur son cou au moment de son arrestation par les militaires. Tous les activistes ont été libérés plusieurs heures plus tard.

« Nous n’avons pas résisté. Nous croyons en la non-violence, nous ne résistons pas aux forces de l’ordre. M’immobiliser au sol et me poser le genou sur le cou – c’était totalement inutile », s’exclame Flint.

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz, qui est le président du parti du Meretz, a demandé « une enquête rigoureuse » aux autorités israéliennes.

« Les violences exercées par les soldats à l’encontre d’activistes de la paix doivent cesser », a dit Horowitz dans une déclaration.

Il y a depuis longtemps des tensions accrues entre soldats israéliens, résidents palestiniens et habitants d’implantations israéliennes dans le sud des collines de Hébron. Un grand nombre de villes palestiniennes du secteur se trouvent dans des zones d’entraînement militaire israéliennes. L’armée israélienne considère leur présence comme illégale et elle détruit de manière répétée des constructions palestiniennes établies dans ce périmètre.

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