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Interview

Climat : il ne faut pas « lâcher » +1,5°C, plaide Laurence Tubiana

"On va très probablement dépasser ce niveau de température malheureusement", craint une architecte de l'accord de Paris

Laurence Tubiana, économiste, universitaire et diplomate française, qui a été ambassadrice pour le climat et représentante spéciale de la France pour la conférence sur le changement climatique COP21 de 2015 à Paris, et qui dirige la Fondation européenne pour le climat, donne une interview lors de la conférence sur le climat COP27 à Sharm el-Sheikh, le 16 novembre 2022. (Crédit : JOSEPH EID / AFP)
Laurence Tubiana, économiste, universitaire et diplomate française, qui a été ambassadrice pour le climat et représentante spéciale de la France pour la conférence sur le changement climatique COP21 de 2015 à Paris, et qui dirige la Fondation européenne pour le climat, donne une interview lors de la conférence sur le climat COP27 à Sharm el-Sheikh, le 16 novembre 2022. (Crédit : JOSEPH EID / AFP)

Même si les chances de ne pas dépasser un réchauffement de 1,5°C s’amenuisent, il ne faut pas « lâcher » cet objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris, a plaidé à la COP27 Laurence Tubiana, une des architectes de cet accord climatique mondial.

Certains experts estiment qu’il n’y aucun chemin crédible actuellement pour limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Est-ce que cet objectif est mort ?

Oui c’est mort au sens où on va très probablement dépasser ce niveau de température malheureusement, ce qu’on appelle l’overshoot (dépasser le seuil puis y revenir plus tard en absorbant du carbone dans l’atmosphère, ndlr).

Mais qu’on dise « +2°C c’est acceptable », d’abord scientifiquement ce n’est pas vrai, on le voit aujourd’hui avec seulement une température qui a augmenté de 1,1°C ou 1,2°C. Il y a une manière de nier le problème, de le repousser à plus tard, et ça c’est très dangereux. On sait que chaque dixième de degré compte donc moi je suis pour qu’on garde cet objectif même si on a beaucoup moins de chances de le respecter, et que si on le dépasse, il faudra revenir d’une manière ou d’une autre en dessous, faire des efforts accrus de capture du carbone.

Si on lâche là, on va faire moins. C’est un signal politique.

Les signataires de l’accord de Paris s’étaient engagés il y a un an à renforcer leurs objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour « maintenir en vie » l’objectif de 1,5°C. Seuls une trentaine l’ont fait. Les Etats sont-ils à la hauteur ?

Les pays se sont engagés à le faire, ils auraient déjà dû le faire en 2020. Il faut protester contre ça, dire que ce n’est pas acceptable. C’est vrai qu’avec la crise du Covid et les crises sous toutes leurs formes, alimentaire, énergétique, on peut comprendre que l’attention ait été détournée. C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de vents contraires mais il faut quand même maintenir la pression et montrer l’impact réel que le changement climatique a déjà. Ce n’est plus un problème lointain ou dans le futur, c’est malheureusement là. Il faut continuer à faire pression. On a besoin de pression, vu qu’il n’y a pas sanctions.

L’UE a dit cette semaine à la COP27 être prête à rehausser son objectif de baisse des émissions nettes à au moins 57 % d’ici 2030 par rapport à 1990, contre au moins 55 %, s’attirant des critiques des ONG jugeant cela insuffisant.

Le procès est un peu excessif, parce que l’UE est particulièrement touchée par cette guerre (en Ukraine).

Même avec le Covid, il n’y a pas eu de dérapage, en se disant « on laisse tomber le climat ». Pour l’instant, parce qu’il y a eu beaucoup de mobilisation des citoyens, de perception de l’urgence de l’action, on n’a pas déraillé, mais la diplomatie climatique pendant ce temps-là, elle s’est arrêtée. On parle de missiles, de qui livre des armes à qui ou de céréales, mais pas de climat. Il y a un manque de leadership international assez flagrant.

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