Comment Israël gère-t-il les terroristes « loups solitaires » ?
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Comment Israël gère-t-il les terroristes « loups solitaires » ?

Grâce à un savant mélange de gestion des données, à des mesures de contrainte et à une gestion des groupes terroristes, Tsahal parvient à limiter l'escalade de la violence

JTA – Le terrorisme des « loups solitaires » en Europe fait la Une des journaux dans le monde entier. Mais en Israël, le phénomène des individus en colère ou dérangés prenant les armes n’est pas nouveau.

Depuis octobre, les Israéliens subissent une vague de violence qui a été réalisée en grande partie par des Palestiniens seuls, sans le soutien de groupes terroristes – si bien que certains ont appelé cela « l’Intifada du loup solitaire ».

À la fin du mois de juin, 38 personnes avaient été tuées et 298 blessées par des attaquants, selon le service de sécurité du Shin Bet.

Pourtant, la violence semble diminuer, au moins pour l’instant. En octobre, quand la vague de violence a commencé, le nombre d’attaques contre les Israéliens était monté à 620. En juin, il y a eu 103 attaques, ce qui est moins qu’en septembre, avant que la vague de violence ne commence.

Une grande majorité des attaques – environ 1 500 sur 2 000 – se sont produites en Cisjordanie, où les Forces de défense israéliennes sont responsables de la protection des Israéliens. Voici cinq méthodes clé que l’armée a utilisées pour inverser la tendance de la violence.

S’assurer que les groupes terroristes ne sont pas impliqués

La vague de violence est sans doute considérée comme une intifada du loup solitaire, mais c’est dû au fait que l’armée a mis en laisse les groupes terroristes, a déclaré un officier responsable de Tsahal aux journalistes lors d’un briefing cette semaine. Il a parlé sous couvert d’anonymat du fait de la nature de son travail.

Depuis la deuxième Intifada, le dernier soulèvement palestinien majeur au début des années 2000, l’armée israélienne a réussi à largement démanteler les réseaux gérés par le Hamas et d’autres groupes terroristes en Cisjordanie, selon Shlomo Brom, un général de brigade à la retraite et analyste du think tank l’Institut israélien d’études de sécurité nationale.

« Fondamentalement, les réseaux terroristes sont démantelés, et essentiellement les forces de sécurité font de l’entretien », a-t-il dit.

Mais cela ne signifie pas que les groupes terroristes ont cessé d’essayer de lancer des attaques contre les Israéliens. Au cours des trois derniers mois, l’armée a déjoué des dizaines de tentatives d’attaques du Hamas dans ce que le haut fonctionnaire a qualifié de « vieille guerre » contre le terrorisme organisé.

« Nous continuons d’avoir des indications quotidiennes sur le fait qu’ils essaient de trouver des gens en Cisjordanie, de les financer, de leur donner des armes, de leur donner des explosifs et de leur dire de tirer sur des Juifs », a-t-il rapporté. « Ceci n’a pas changé”.

Prévoir l’imprévisible

Une nouvelle guerre est menée contre les loups solitaires. Leurs attaques ont commencé l’automne dernier à Jérusalem, déclenchées par les accusations côté palestinien que les Juifs tenteraient d’empiéter sur le mont du Temple. Mais le cœur de l’Intifada du loup solitaire s’est rapidement déplacé vers la ville de Hébron, en Cisjordanie, avec des attaques contre des soldats et des colons dans la région, ainsi que dans tout Israël.

Au même moment, à la fin de l’année dernière, l’armée a commencé à construire un système pour faire face à la nouvelle menace qui émergeait, a rapporté l’officier supérieur.

« Nous avons compris, après avoir dressé trois ou quatre profils-type, que la plupart des attaquants correspondaient à ces profils », a indiqué un responsable militaire israélien sous couvert de l’anonymat.

L’armée a mis au point un système d’alerte basé sur l’analyse des données disponibles sur les assaillants palestiniens depuis début octobre, prenant notamment en compte leur histoire personnelle, le lieu de leur attaque et leurs activités dans les jours précédant leur acte, explique le responsable.

Les stratégies utilisées en cas de repérage d’un individu potentiellement dangereux sont diverses : surveillance, conversations avec sa famille, arrestation en cas d’incitation à la violence, précise-t-il.

L’objectif était de prévoir l’imprévisible : lorsque, par exemple, un jeune Palestinien prend le couteau de cuisine de sa mère et sort dans la rue pour faire couler le sang israélien. Les motifs peuvent aller du nationalisme aux problèmes familiaux, a-t-il expliqué.

« Contrairement aux terroristes qui sont affiliés au Hamas ou au Jihad islamique, si vous visitez leur maison une semaine avant l’attaque, l’enfant ne sait pas encore qu’il est un terroriste », a déclaré l’officier supérieur. « Voilà donc le principal défi ».

Sur la base de ce qui était connu des attaquants précédents, l’armée a créé un système d’alerte. Actuellement, les analystes de l’armée entrent d’énormes quantités d’informations de renseignement dans ce système – une combinaison de « médias sociaux, intelligence humaine, intelligence des signaux », selon l’officier supérieur, qui a refusé de fournir davantage de détails au sujet de la collecte de renseignements. En retour, a-t-il dit, le système produit un petit nombre d’alertes sur de futures attaques potentielles.

« L’une des façons dont vous produisez une alerte est [de se demander] quelles sont les dernières actions qu’un individu spécifique a fait », a déclaré l’officier supérieur. « Par exemple, s’il est exposé à l’incitation [à la haine] et que juste après, il loue une voiture, peut-être une voiture non enregistrée, cela soulève des questions ».

Des soldats de Tsahal gardant la maison où Hallel Yaffa Ariel, 13 ans, a été poignardée à mort par un terroriste palestinien dans l'implantation de Kiryat Arba en Cisjordanie le 30 juin 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des soldats de Tsahal gardant la maison où Hallel Yaffa Ariel, 13 ans, a été poignardée à mort par un terroriste palestinien dans l’implantation de Kiryat Arba en Cisjordanie le 30 juin 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En réponse à une alerte, les options comprennent l’arrestation d’un suspect, le suivi de ses actions, l’intervention via la famille ou le déploiement de troupes dans une zone cible potentielle. Lorsque les attaquants sont arrêtés ou tués sans qu’ils n’aient réussi à provoquer un carnage, on pense que les attaquants futurs ont été dissuadés.

« Les attaques sont en baisse en raison de leur inefficacité, parce que la plupart d’entre elles échouent », a déclaré Brom, analyste à l’Institut d’études de sécurité nationale. « Il y a une limite au nombre de jeunes gens, même frustrés, qui sont prêts à donner leur vie et à ne parvenir à rien. Donc, il est logique que dans le temps, le nombre d’attaques diminue ».

Partir à la recherche de ceux qui incitent à la haine

L’incitation à la violence peut se produire en personne, par le biais des médias traditionnels ou sur les médias sociaux. Le Hamas est responsable d’une grande partie de l’incitation à la haine des Palestiniens contre Israël, a affirmé l’officier supérieur.

« Ils créent certains des mèmes [phénomène repris et décliné en masse sur internet] d’incitation [à la haine] de haut niveau, ou bien l’incitation qui est très influente et que vous voyez sur le web », a-t-il déclaré. « Donc, lorsque vous gérez la majeure partie de l’incitation [à la haine] du Hamas, ou lorsque vous empêchez une partie de l’incitation [à la haine] d’atteindre les médias sociaux, vous avez aussi moins d’incitation [à la haine] par des personnes privées qui partagent juste une publication spécifique ou d’ajout d’incitation ».

Éliminer les armes à feu

Malgré le contrôle d’Israël des frontières de la Cisjordanie, la fabrication d’armes sur le territoire a « considérablement augmenté » au cours des deux dernières années, selon l’officier supérieur. Il estime qu’on y trouve des centaines de centres de production.

Ces derniers mois, a-t-il rapporté, l’armée a lancé une répression organisée, avec la fermeture de quelque 20 emplacements de production de mitraillettes artisanales Carl Gustav, ou « Carlos », comme celles utilisées le mois dernier par les deux cousins des environs de Hebron, dans une fusillade mortelle au marché Sarona à Tel Aviv.

« Ils ont payé pour leurs costumes plus qu’ils ont payé pour les armes », a assuré l’officier au sujet des tireurs de Sarona, qui portaient des costumes de soirée lors de l’attaque.

« Et notre logique est très simple… Si tout le monde ne peut pas avoir une arme avec 2 000 shekels [environ 470 euros], le prix va grimper et ils vont avoir à faire toutes sortes d’arrangements et rencontre de plus en plus de gens pour obtenir l’arme qu’ils veulent, donc nous allons voir moins d’attaques avec des armes parce que les gens vont faire plus d’erreurs ».

Limiter les conséquences négatives

En même temps, l’armée tente de minimiser son empreinte sur la société palestinienne. Cela commence par essayer d’arrêter plutôt que de tuer les attaquants et les attaquants en puissance, a déclaré l’officier supérieur.

Selon Brom, l’armée pousse également à limiter les punitions collectives, comme la retenue des taxes qu’Israël perçoit pour le compte de l’Autorité palestinienne, qui régit des parties de la Cisjordanie, ou la révocation des permis de travail ou de visite d’Israël.

« Plus vous pouvez séparer le public des auteurs, mieux c’est », a-t-il assuré.

Quand l’armée met en œuvre des mesures ayant des effets punitifs, comme le refus de renvoyer les corps des Palestiniens tués lors d’attaques ou la destruction des maisons des attaquants, cela ne vise qu’à cibler les partisans des attaquants, selon Brom.

Le colonel Ido Mizrachi, chef du génie au Commandement central de l’armée israélienne, qui est responsable de la Cisjordanie, a reconnu dans un autre briefing avec des journalistes que la démolition de maisons palestiniennes provoque du ressentiment, mais a dit qu’il pense que l’effet dissuasif est plus fort.

Pour maintenir cet équilibre, a-t-il déclaré, ses ingénieurs travaillent rapidement et utilisent des techniques pour faire en sorte que les maisons environnantes, ou même les appartements voisins, ne soient pas endommagés.

Alors que l’officier supérieur a minimisé la coopération en matière de sécurité de l’Autorité palestinienne avec Israël, Brom a déclaré que le partenariat est l’un des principaux facteurs qui permet à l’armée de limiter des tensions plus fortes.

« Si l’Autorité palestinienne cessait de coopérer, les services de sécurité israéliens seraient dans une situation où ils auraient à faire eux-mêmes ce que l’Autorité palestinienne est en train de faire », a-t-il dit. « Le problème est que cela créerait beaucoup plus de friction avec la population en général. Et plus de friction avec la population en général signifie plus de motivation pour plus de jeunes à se joindre à des groupes terroristes ».

Dans l’ensemble, l’armée estime que cette combinaison de tactiques a contribué à changer la mentalité des Palestiniens en Cisjordanie, ce qui réduit le nombre de personnes prêtes à risquer leur vie pour attaquer les Israéliens.

« Nous avons vu de plus en plus de gens ne pas devenir pro-israéliens ou pro-sionistes, mais comprendre qu’ils n’arrivent à rien avec cette escalade, que cela leur fait mal économiquement, qu’ils ne contribuent pas aux [meilleures] conditions de leur vie, que cela ne sert à rien au niveau national », a déclaré l’officier supérieur.

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