Comment la hi-tech israélienne partage ses richesses en faisant don de parts
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Comment la hi-tech israélienne partage ses richesses en faisant don de parts

L'ONG Tmura approche les start-ups naissantes et leur demande de participer avec une petite part dans la firme - si la destinée de l'entreprise est heureuse, la jeunesse en profite

Krembo Wings fournit des activités sociales à des centaines de jeunes en situation de handicap. (Capture d'écran : YouTube)
Krembo Wings fournit des activités sociales à des centaines de jeunes en situation de handicap. (Capture d'écran : YouTube)

Les investisseurs, les fondateurs et les employés de MyHeritage, une entreprise spécialisée dans la généalogie qui a été vendue à la firme de capital-investissement Francisco Partners, la semaine dernière, ne vont pas être les seuls à porter un toast pour fêter un accord de sortie évalué a priori à plus de 600 millions de dollars. Les jeunes Israéliens, eux aussi, vont tirer profit de cette acquisition par le biais de la vente d’options offertes par la start-up en 2013 à l’organisation à but non-lucratif Tmura.

Fondée en 2002 par Yadin Kaufmann, un natif de New York qui a fait son alyah en 1985, Tmura veut aider les entrepreneurs technologiques à se montrer solidaires des moins favorisés en soutenant des organisations à but non-lucratif dont les activités se consacrent à l’éducation et à la jeunesse.

Tmura approche les start-ups et autres firmes naissantes dans le secteur hi-tech et, plutôt que de leur demander de l’argent, elle demande une donation de parts, d’options ou autres participations dans l’entreprise quand de tels actifs sont encore à un prix abordable. Puis, en cas de vente à une compagnie plus importante ou en cas d’introduction en bourse, Tmura encaisse ces titres, et verse des donations très nécessaires à diverses organisations à but non-lucratif qui, pour la plupart, s’occupent d’aider les enfants dans le besoin. Chaque firme peut par ailleurs choisir l’ONG qu’elle désire soutenir via la vente de ses options.

Kaufmann, qui a rejoint la scène israélienne du capital-risque lorsque cette dernière faisait son apparition au début des années 1990, au commencement de la Startup Nation, a immédiatement compris le potentiel énorme de richesses et les disparités sociales causées par l’industrie technologique. Il a décidé de créer Tmura pour mettre en place « une culture du don dans le secteur technologique », confie-t-il lors d’un entretien téléphonique récent.

Yadin Kaufmann de Tmura. (Autorisation)

Tmura, qui suit un modèle qui fonctionnait déjà dans la Silicon Valley, signifie « métamorphose » en hébreu et également « valeur » pour l’argent. Le nom est aussi un jeu de mot sur le mot « truma », qui signifie « donation ».

Dans les 19 années qui ont suivi sa fondation, l’ONG Tmura est parvenue à mobiliser les fonds de capital-risque et les start-ups autour de son projet, générant environ 75 millions de shekels issus de 121 sorties au cours de nombreuses années d’activités caritatives et humanitaires – sans compter l’accord conclu avec MyHeritage.

Cet argent a aidé environ 200 organisations caritatives à croître au fil des années – notamment Krembo Wings, qui offre des activités sociales hebdomadaires à des centaines de jeunes en situation de handicap ; Moona, fondé par un ancien pilote de combat israélien, s’efforce de construire des passerelles entre jeunes Juifs et jeunes arabes israéliens à travers les technologies spatiales et Heroes for Life, qui utilise le réseau des jeunes voyageurs qui quittent l’armée pour les envoyer participer à des projets humanitaires bénévoles dans les pays en développement du monde entier.

Ce sont 718 entreprises israéliennes au total qui ont fait des donations à Tmura, avec un nombre record de 62 nouvelles start-ups qui ont apporté leur contribution en 2020 alors que les ONG luttaient pour lever des fonds pendant la pandémie.

En 2020, les sorties ont généré un total de 1,9 million de dollars, ce qui représente la seconde somme la plus importante pour Tmura depuis 2013, quand Waze avait été vendu à Google pour environ un milliard de dollars. Waze avait offert des options en 2011 qui avaient débouché sur un montant de 1,5 million de dollars pour Tmura lors de sa vente au géant internet.

Baruch Lipner, de Tmura. (Autorisation)

La sortie de MyHeritage est la troisième de l’année pour Tmura, après l’achat par IHS Markit du fournisseur de technologie Cappitech, firme dans laquelle Tmura avait des options, et d’Alcide, récemment acquise par Rapid7. D’autres sorties devraient avoir lieu encore cette année, explique Baruch Lipner, directeur-exécutif de Tmura, qui exprime l’espoir que les recettes, en 2021, dépasseront celles de 2013, année-record, ajoute-t-il. Il est difficile de dire pour le moment quel sera le montant que dégagera l’ONG à l’occasion de la sortie de MyHeritage, l’accord ayant été annoncé mais n’ayant pas encore été finalisé, continue-t-il.

Tmura avait gagné 750 000 dollars lors de la vente d’Argus Cyber Security à Continental AG en 2017 et 750 000 dollars au cours de l’entrée en bourse de CyberArk, en 2014. Le groupe avait réuni 150 000 dollars suite à la vente des options de Wix, développeur de sites internet à créer soi-même.

« Nous voulons faire venir à nous de plus en plus d’entreprises », continue Lipner, « de manière à ce que notre pipeline soit toujours remplie » de nouvelles start-ups.

Lipner rencontre de jeunes entrepreneurs via des investisseurs ou des amis, note-t-il, et ces derniers sont habituellement ouverts à l’idée d’une donation. Même ceux qui n’apportent pas immédiatement une réponse finissent par donner leur accord, quand ils sont prêts. L’essentiel est de maintenir le contact, explique-t-il.

Généralement, la plus grande partie des start-ups donnent à Tmura une part de moins de 1 % dans la firme, par le biais d’options. « Dans de nombreux cas, ces options n’ont pas de valeur. Mais de nombreuses start-ups réussissent aussi », indique Kaufmann. « Et nous affirmons que ces entreprises qui acceptent de partager avec la communauté réussissent mieux que les autres ».

Les options sont revendues dès qu’il y a une sortie. « Nous préférons mettre l’argent en fonctionnement dans la communauté dans les meilleurs délais », déclare Kauffman, plutôt que de conserver une part dans l’entreprise.

Tmura espère, à l’avenir, mobiliser un plus grand nombre encore de compagnies dans son projet de donations. « C’est important de transmettre le message », explique-t-il.

L’organisation espère également porter son modèle aux Etats-Unis. « Nous voulons cibler les investisseurs juifs et les Américains qui investissent dans les compagnies israéliennes » et les amener à donner une partie de leurs investissements à Tmura, continue-t-il.

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