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Comment le secteur de la high-tech israélienne évoluera-t-il en 2023 ?

Les start-ups israéliennes s'apprêtent à faire plus d'économies et à réduire leurs effectifs pour surmonter la récession ; pourtant, c'est le bon moment pour investir

Des bâtiments de bureaux  high-tech à Herzliya  Pituach, en Israël, le 12 décembre 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)
Des bâtiments de bureaux high-tech à Herzliya Pituach, en Israël, le 12 décembre 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Si 2021 a été l’année des licornes (entreprises privées valorisées à un milliard de dollars ou plus) du secteur high-tech, l’année 2022 a été en grande partie consacrée à la gestion des séquelles de la crise et d’une réalité économique qui a été modifiée par des coûts d’emprunt plus élevés et par la fin de l’ère de l’argent « bon marché ».

Alors, que nous réserve l’année 2023 ? Il semble qu’il s’agira d’une année de recalibrage pour les entreprises du secteur des hautes technologies, dans le but de réinitialiser les systèmes.

Les investisseurs et les entrepreneurs du secteur de la high-tech abordent 2023 avec prudence, car la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt devrait se faire sentir encore plus au premier semestre et les entreprises se préparent à la probabilité d’un ralentissement économique mondial, voire d’une récession.

Alors que le financement n’est plus bon marché et que la croissance des revenus ralentit, les économies sur les coûts et l’efficacité sont devenues essentielles pour les fondateurs de start-ups et les entrepreneurs de la haute technologie, des facteurs qui pourraient faire ou défaire leurs entreprises.

« En période de ralentissement économique, lorsque vous voyez les marchés baisser, la quantité d’argent que le secteur de la haute technologie lève diminue également. Obtenir des fonds et du financement, qu’il s’agisse de capitaux propres ou de dettes, va être un grand défi », a déclaré Dror Bin, PDG de l’Autorité israélienne de l’Innovation (IIA). « Les start-ups qui génèrent déjà des revenus pourraient être confrontées à des difficultés soit pour augmenter leurs revenus, soit peut-être même pour voir leurs revenus diminuer. »

« Si les entreprises de nombreux secteurs vont être confrontées à un ralentissement, cela signifie également que leur demande de solutions technologiques va diminuer, de sorte que de nombreuses entreprises israéliennes de haute technologie qui fournissent des solutions logicielles d’entreprise pourraient être confrontées à une baisse de la demande pour leurs produits », a ajouté Bin.

L’année 2022 s’est avérée être une année difficile pour l’industrie technologique israélienne, à cause du spectre incertain de la hausse des taux d’intérêt et des valorisations poussant les entrepreneurs et les investisseurs à l’attentisme.

Dror Bin, PDG de l’Autorité israélienne de l’Innovation. (Crédit : Hanna Teib)

L’année dernière, le nombre de licornes fondées par des Israéliens a également diminué.

Au 14 décembre, Israël abritait 98 licornes, dont 23 créées en 2022, soit une baisse par rapport aux 42 licornes qui avaient été enregistrées en 2021, mais toujours une hausse par rapport aux 19 nouvelles de 2020, selon Tech Aviv, qui suit le secteur.

Quarante de ces licornes, soit environ 41 %, sont basées en Israël, les autres étant basées dans la Silicon Valley (24), à New York (19), à Boston (5), à Londres (4), à Los Angeles (2) et à Singapour, Chicago, Barcelone et Dallas (1).

Les start-ups locales ont levé 13,9 milliards de dollars au cours de 538 tours de financement l’année dernière, ce qui représente une forte baisse de plus de 46 % par rapport au record de 25,8 milliards de dollars enregistré l’année précédente, selon les données recueillies par la société de capital-risque israélienne, Vintage Investment Partners (VIP), forte de deux milliards de dollars en gérance. Le flux record de fonds investis en 2021 a conduit à des valorisations élevées des entreprises, et parfois à des surévaluations d’entreprises qui n’étaient pas près de faire des bénéfices.

« Ce qui s’est passé en 2021 était unique, mais l’impact négatif de l’important flux de capitaux est qu’il y a eu beaucoup d’entreprises qui ont levé des fonds sans prouver une activité durable, et certaines ne survivront pas à ce ralentissement et devront fermer boutique », a déclaré Asaf Horesh, associé chez VIP, qui gère 3,6 milliards de dollars d’actifs. « Les six premiers mois de 2022 ont été très similaires à ceux de 2021, à tel point que les licornes ont même vu leur prix augmenter par rapport à 2021. »

Selon VIP, au premier semestre 2022, les investisseurs ont payé en moyenne 50 fois le volume des ventes de l’entreprise, contre un multiple de 41,6 fois en 2021, et un multiple de 27,9 fois en 2020.

Fondée en 2003, Vintage Investment Partners investit dans des compagnies de capital-risque et des start-ups en Israël, en Europe, au Canada et aux États-Unis, et combine des fonds secondaires, des fonds de co-investissement et des fonds de fonds. La société d’investissement technologique basée à Herzliya a investi directement dans des entreprises telles que Moovit (vendue à Intel en 2020 pour 900 millions de dollars), Honeybook, Monday.com, MyHeritage, Wolt et Outbrain.

« Ce que nous voyons maintenant, c’est que pour la première fois peut-être depuis quelques années, il y a une sorte d’ajustement de l’évaluation des entreprises en phase avancée ou mature et sur les marchés publics aujourd’hui, les bonnes entreprises sont négociées à [un multiple d’évaluation de] 10 à 15 fois », a déclaré Horesh.

Un ralentissement à l’horizon

Au cours du premier semestre 2022, les investissements dans les entreprises privées financées par du capital-risque israélien ont totalisé 10,3 milliards de dollars, un chiffre similaire à celui de 2021 pour l’ensemble de l’année, et un résultat remarquable compte tenu de l’important ralentissement du marché qui a entraîné le licenciement de milliers d’employés.

Avec l’aggravation de la récession, les investissements ont ralenti, les entreprises technologiques ayant levé 2,3 milliards de dollars au troisième trimestre et 1,2 milliard de dollars au quatrième trimestre de 2022, respectivement.

Asaf Horesh, associé de Vintage Investment Partners. (Crédit : Efi Yosefi)

Toujours d’un point de vue historique, les 13,9 milliards de dollars levés par les entreprises technologiques privées soutenues par des VC en 2022 marquent la deuxième meilleure année pour les investissements dans les entreprises du secteur high-tech après le record de 25,8 milliards de dollars levés en 2021 et les 10,4 milliards de dollars levés en 2020, un précédent record.

« Lorsque vous regardez un graphique, l’année 2021 a été une aberration, elle a dépassé, littéralement dépassé les limites, mais lorsque vous faites abstraction de 2021, vous voyez que le marché se développe sainement », a déclaré Jon Medved, PDG et fondateur de la société de capital-risque mondiale OurCrowd, basée en Israël. « Cette année représente le point où le graphique devient vraiment intéressant. »

« La question est de savoir si les investissements vont continuer à croître pour revenir à 20 milliards de dollars, ou s’ils vont encore baisser et c’est très difficile à prévoir », a ajouté Medved.

Medved considère 2023 comme une « année de rééquilibrage, une année de retour aux fondamentaux et de redémarrage pour adopter une vision à long-terme – une année des deux, et il faudra se concentrer sur les fondamentaux de votre portefeuille et rechercher des opportunités particulièrement intéressantes ».

Dans l’ensemble, 2023 et 2024 pourraient finir par être des années très fortes pour les investisseurs du secteur de la haute technologie, car il existera des opportunités d’acheter sur un marché où les prix et les valorisations seront déprimés, a souligné Medved.

« C’est une bonne chose. Il sera plus facile de vendre plus cher par la suite », a-t-il ajouté.

Pendant ce temps, les investisseurs ont trouvé peu d’endroits sûrs où placer leur argent en 2022, alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les politiques strictes de la Chine en matière de COVID-19 ont également contribué à la montée en flèche de l’inflation, et ont ébranlé l’économie et les marchés mondiaux en provoquant une chute des valorisations des technologies. L’indice de référence S&P 500 a connu son pire moment – depuis 1970 – en début d’année.

En Israël, le nombre « d’exits » de sociétés technologiques – fusions-acquisitions ou offres publiques initiales (IPO) – en 2022 a chuté de 80 % par rapport à l’année précédente pour atteindre 16,9 milliards de dollars, selon le rapport pour l’année 2022, Israel High Tech Exit, du cabinet de consultants PwC Israël.

Le nombre « d’exits » a chuté de 58 %, passant de 171 en 2021 à 72, et la valeur moyenne des transactions a chuté de plus de 50 %, passant de 482 millions de dollars à 235 millions de dollars au cours de la même période comparative.

« Si l’on se fie au passé, ce ralentissement n’est pas nécessairement mauvais », a déclaré Bin de l’IIA. « Certaines des meilleures entreprises de haute technologie commençaient à être financées et à démarrer leurs activités en période de crise, que ce soit pendant la bulle technologique de 2000 ou la crise financière des subprimes de 2008. »

Réduction des effectifs

Le ralentissement du marché a entraîné le licenciement de milliers d’employés, ce qui a provoqué des retraits de financement et créé un marché baissier pour les nouvelles offres technologiques, avec un sentiment général de malheur qui a assombrit l’économie.

En conséquence, les « exits » de la high-tech israélienne reviennent aux niveaux observés en 2020, année marquée par 60 transactions évaluées à 15,4 milliards de dollars, et en 2019, avec 80 opérations évaluées à 9,9 milliards de dollars.

« Nous voyons une vague de licenciements parce que les chefs d’entreprise comprennent qu’ils doivent réduire les structures de coûts, car ils ont besoin de fonds pour une plus longue projection avant d’aller essayer de lever un autre tour de table », a déclaré Bin. « Et certaines entreprises réduisent leurs coûts pour s’assurer d’avoir suffisamment de liquidités jusqu’à la fin de ce ralentissement. »

Pour certaines start-ups, la réduction des effectifs ne sera pas suffisante, et elles devront lever de nouveaux fonds et faire face à des conditions de marché défavorables car elles ont besoin de l’injection de capital pour continuer à fonctionner, selon Horesh chez VIP.

« C’est la réalité des start-ups, elles ont besoin de capitaux pour se développer, et il leur faut beaucoup de temps avant d’atteindre une certaine rentabilité. Leurs valorisations lorsqu’elles sont confrontées au marché vont être réduites de 70 %, 80 %, voire de 90 % », a déclaré Horesh. « Les entreprises plus solides vont probablement se présenter sur le marché, chaque fois qu’elles sentiront qu’elles ont besoin de capitaux pour essayer de profiter d’une opportunité, pour obtenir plus de parts de marché, ou simplement pour renforcer leur bilan, même si cela signifie une décote sur leur évaluation. »

La start-up américaine de cyber-sécurité Snyk, fondée par des entrepreneurs israéliens, a levé en décembre 196,5 millions de dollars auprès d’investisseurs dans le cadre d’un tour de financement de série G, à une valorisation de l’entreprise de 7,4 milliards de dollars, en baisse par rapport à sa précédente valorisation de 8,5 milliards de dollars. La start-up, qui a atteint le statut de licorne en 2020, aurait envisagé une introduction en bourse au cours de l’année 2022, visant une valeur de marché de plus de 8,6 milliards de dollars.

« Pour les entrepreneurs et pour les investisseurs qui sont prêts à prendre des risques, c’est en réalité le bon moment pour faire des investissements parce que les valorisations baissent et même le coût de l’emploi baisse, ou du moins n’augmente pas comme cela a été le cas ces deux dernières années », a déclaré Bin. « Même dans le contexte de cette crise, certaines bonnes technologies et bonnes entreprises peuvent en tirer parti et se développer très rapidement. »

La baisse des valorisations est susceptible de rendre les entreprises technologiques israéliennes, tant sur le marché public que privé, plus vulnérables aux rachats, ainsi qu’aux opérations de fusion et d’acquisition.

« Ce sera un marché qui recherchera de plus en plus de solutions technologiques profondes et des choses qui iront au-delà d’un site de commerce électronique pour une énième nouvelle idée fintech », a déclaré Medved. « Les domaines qui vont de plus en plus attirer l’intérêt des investisseurs vont être les semi-conducteurs, les soins de santé, le climat, l’énergie et la foodtech (tech alimentaire). »

« Ce sont des entreprises qui dépendent de véritables percées technologiques, secteur dans lequel Israël est très, très fort », a-t-il ajouté.

C’est là qu’interviennent les fonds de capital-risque et les fonds d’investissement privés, qui sont assis sur une pile de capitaux de près de 300 milliards de dollars, levés ces dernières années.

« Les gestionnaires de fonds qui étaient assis sur ce que nous appelons de la ‘poudre sèche’ [capital engagé mais non alloué dans les sociétés de capital-risque] vont passer un bon moment parce que les prix sont bas et parce que la pression n’est pas aussi intense pour obtenir de bonnes affaires », a souligné Medved. « Il y a beaucoup d’opportunités intéressantes et c’est le bon moment pour investir dans des entreprises, car les valorisations sont revenues sur terre. »

De solides tours de table

Au cours de l’année 2022, les fonds de capital-risque israéliens ont levé un montant record de 3,9 milliards de dollars, contre 2,7 milliards de dollars en 2021, et 2,3 milliards de dollars en 2020, selon les données compilées par VIP. Près de la moitié du montant total de 2022, soit 1,9 milliard de dollars, a été levée au cours des trois premiers mois, 1,1 milliard de dollars au deuxième trimestre, 650 millions de dollars au troisième et 245 millions de dollars au dernier trimestre.

« C’est le moment d’investir pour deux raisons », a déclaré Horesh. « D’abord parce que les valorisations vont être beaucoup plus raisonnables qu’elles ne l’étaient ces dernières années, et ensuite parce que nous avons vu dans le passé que de grandes entreprises se construisent dans les périodes de ralentissement, alors que les forts deviennent plus forts, et les faibles plus faibles. »

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