Comment reprendre la main sur le Hamas, qui retient les corps d’otages et attaque Tsahal ?
Ce qu'il faut, c'est un ultimatum immédiat de Trump, appuyé par une menace militaire crédible, et, au-delà, un plan réaliste pour un Gaza d'après-guerre d'où le Hamas serait définitivement exclu
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Au mois de février, dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu qui était alors en vigueur à Gaza, le Hamas avait « restitué » le corps sans vie d’une femme inconnue, une Palestinienne, en lieu et place de la dépouille de Shiri Bibas, otage qui avait été assassinée alors qu’elle était captive avec ses deux fils, Ariel, 4 ans, et Kfir, 9 mois – aussi assassinés à mains nues. Une restitution qui avait pourtant été promise par le groupe terroriste.
Et il y a deux semaines, dans le cadre de l’accord actuel, il a « rendu » le corps d’un Palestinien originaire de Cisjordanie au lieu de renvoyer en Israël la dépouille de l’un des otages tués qu’il détient toujours.
De surcroît, lundi soir, il a « restitué » un cercueil qui contenait de nouveaux restes d’Ofir Tzarfati — qui avait été abattu alors qu’il tentait de s’échapper du site où était organisée la rave-party Nova et dont le corps avait été emmené à Gaza avant d’être retrouvé par l’armée israélienne dans l’enclave, au mois de décembre 2023, et rapatrié au sein de l’État juif. Un cercueil qui ne contenait donc pas la dépouille de l’un des treize otages décédés qui se trouvent toujours à Gaza.
Faisant preuve d’un tel degré de dépravation que même le comité international de la Croix-Rouge s’est senti dans l’obligation de prendre la parole, le groupe terroriste a mis en scène la fausse découverte de ces restes en creusant un grand trou dans le quartier de Shejaiya, à Gaza-City, en y jetant un sac mortuaire contenant une partie des restes de Tzarfati, en le recouvrant, puis en appelant la Croix-Rouge pour assister à la « découverte » et à l’extraction du sac qui venait tout juste d’être enterré.
Toutefois, l’ensemble du processus – depuis l’enterrement clandestin du sac mortuaire jusqu’à sa « découverte » – a été filmé par un drone de l’armée israélienne. Ainsi, une mise en scène qui était destinée à démontrer que le Hamas recherchait de bonne foi les restes des 13 derniers otages décédés, et qu’il ne violait pas les exigences de l’accord de cessez-le-feu, s’est transformée en une saga documentée de la supercherie du groupe terroriste.
Israël et ceux qui, au sein de la communauté internationale, sont prêts à réfléchir avec honnêteté à la situation à Gaza ont été révulsés, mais pas particulièrement choqués par la duplicité du Hamas. Après tout, c’est le Hamas qui avait pris d’assaut l’État juif, sans provocation antérieure de la part de ce dernier, le 7 octobre 2023, depuis un territoire dont il avait totalement le contrôle ; c’est lui qui avait massacré plus de 1 200 personnes dans des circonstances horribles, c’est lui qui avait enlevé 251 personnes et qui a finalement présidé à la mort de 40 d’entre elles en captivité.
Le groupe terroriste n’a rendu la liberté aux vingt derniers otages encore en vie que le 13 octobre, après que le président américain Donald Trump a mobilisé ses relations et qu’il a usé de son influence sur les pays médiateurs que sont le Qatar et l’Égypte, s’appuyant ses relations avec la Turquie et sur les menaces et assurances données par ses propres envoyés pour persuader le Hamas que les otages vivants étaient devenus un handicap : ainsi, tant que le Hamas les détiendrait, Trump n’interviendrait pas pour mettre fin à la guerre et le groupe continuerait à s’affaiblir sous les coups de boutoir israéliens. Néanmoins, si le Hamas consentait à les relâcher, les combats prendraient fin et Trump garantirait qu’ils ne reprendraient pas. Une perspective indiquant au groupe terroriste, selon ses propres calculs, qu’il pourrait survivre, relever la tête et in fine, qu’il pourrait poursuivre sa mission de destruction d’Israël.
Mais alors pourquoi le Hamas retarde-t-il à l’évidence le retour des derniers otages décédés, qui constituent un moyen de pression moins puissant que les otages vivants ?
Eh bien, d’une part, parce qu’il est en capacité de le faire : l’accord qui a été signé le 9 octobre, dans un changement frappant et inexplicable par rapport au plan de paix en 20 points qui avait été initialement proposé par Trump pour Gaza, le 29 septembre, exigeait qu’Israël libère 2 000 prisonniers palestiniens, dont 250 terroristes condamnés à perpétuité, en échange de tous les otages vivants, mais sans que le Hamas ne soit tenu de rendre au préalable tous les otages décédés. Si le plan en 20 points conditionnait la remise en liberté des détenus au rapatriement de tous les otages, vivants ou morts, sur le sol israélien, l’accord du 9 octobre n’a intégré aucune exigence de ce type, laissant au Hamas une marge de manœuvre suffisante pour prétendre qu’il restituerait tous les otages qu’il pourrait raisonnablement localiser.
Et maintenant que la mise en œuvre du plan Trump a commencé, le Hamas aimerait croire que sa cause – sa survie, sa renaissance et son retour définitif – sera mieux servie en retardant la libération des otages décédés, même s’il reprend ses attaques meurtrières contre les soldats israéliens, qu’il fait sa réapparition dans les rues en plein jour, assassinant ses rivaux dans les 50 % du territoire de Gaza où l’armée israélienne n’est plus déployée, et qu’il retarde – et empêche en conséquence – la mise en œuvre des autres éléments du plan Trump. Des étapes futures qui comprennent notamment le désarmement du Hamas, la démilitarisation de Gaza et une nouvelle ère pour l’enclave dans laquelle, pour citer le point 13, « le Hamas et les autres factions acceptent de ne jouer aucun rôle dans la gouvernance, que ce soit directement, indirectement ou sous quelque forme que ce soit ».
Comment l’État d’Israël, avec l’administration Trump, peut-il reprendre le dessus dans cette tentative hasardeuse de permettre une stabilité et, à terme, de permettre la paix à Gaza ?… Pour commencer, le président américain doit manifestement faire comprendre aux interlocuteurs qu’il avait su mobiliser la dernière fois que le Hamas ferait mieux de restituer immédiatement les corps sans vie des otages restants et que lui-même ne croit pas le groupe terroriste lorsqu’il affirme chercher véritablement à retrouver et à restituer l’ensemble des dépouilles, la « découverte » d’un sac mortuaire qui venait juste d’être enterré, dans la journée de lundi, étant la preuve ultime de sa duplicité. Trump doit faire comprendre au Hamas que s’il ne respecte pas ses obligations, il n’y aura plus de garantie de sa part concernant la fin de la guerre et qu’Israël sera libre de reprendre sa campagne militaire, avec une capacité nouvelle à prendre pour cible les bastions du groupe terroriste où l’armée ne pouvait pas mener d’opérations jusqu’à présent par crainte de tuer des otages.
Au-delà de cela, le succès du plan Trump – le succès d’Israël – nécessite, en fin de compte, un accord et la mise en œuvre d’une vision viable et réaliste pour la bande de Gaza, où le Hamas serait définitivement poussé à la marge. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’oppose catégoriquement à tout rôle de l’Autorité palestinienne – un positionnement qui dissuade actuellement des partenaires potentiels modérés, comme les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, de toute intervention, et ce qui complique la mise en place de la Force internationale de stabilisation transitoire envisagée au point 15, créant un vide potentiellement comblé par le Qatar et la Turquie, deux pays favorables au Hamas.
Dans l’état actuel des choses, le Hamas est en train de transformer sa défaite initiale, avec la libération forcée des 20 otages encore en vie, en une victoire de plus en plus large dans la mesure où il est en train de réaffirmer son contrôle sur une grande partie de la bande et où il n’est confronté à aucune force militaire autre que l’armée israélienne, ni à aucune autre forme de gouvernance civile.
Rupture de la cohésion
La coalition de Netanyahu, quant à elle, continue dans de nombreux domaines à agir comme le ferait son propre ennemi – et comme le ferait un ennemi d’Israël.
Un nombre suffisant de ses membres se sont opposés à la volonté du Premier ministre en faisant avancer, mercredi dernier, un projet de loi préliminaire visant à annexer toutes les implantations de Cisjordanie, alors même que le vice-président américain JD Vance était en visite au sein de l’État juif – une initiative que Vance a qualifié de « coup politique véritablement stupide » et en contradiction directe avec la politique déclarée de son président.
Lorsqu’il avait accueilli Netanyahu au mois de février, Trump avait fait part de sa possible volonté d’envisager l’annexion de la Cisjordanie, affirmant qu’il révélerait son positionnement à ce sujet au cours des semaines suivantes. Alors même que les partisans de l’annexion, à la Knesset et en dehors, se félicitaient de l’adoption du projet de loi, la semaine dernière, ils réussissaient l’exploit singulier de susciter l’une des séries de déclarations les plus catégoriques à ce jour de la part du président et de ses hauts responsables, qui se sont opposés fermement à toute perspective d’annexion, quelle qu’en soit l’ampleur. Jeudi, Trump a déclaré : « Israël ne fera rien avec la Cisjordanie ». Dans une interview accordée au magazine Time, qui avait été donnée plus tôt mais qui a été publiée le même jour, il a ajouté que si Israël tentait de procéder à l’annexion, « il perdrait tout le soutien des États-Unis ».
La coalition a également relancé ses efforts visant à écraser les appareils et les autorités chargés de faire appliquer la loi en Israël, des initiatives à même de briser la cohésion nationale. Elle fait actuellement avancer un projet de loi qui détruirait l’autorité et l’indépendance de la procureure-générale. Elle envisage de promouvoir une législation qui lui permettrait, tout simplement, d’ordonner l’arrêt du procès pour corruption de Netanyahu. Et elle continue de s’opposer à la création d’une commission d’enquête nationale qui serait nommée par le président de la Cour suprême et qui serait à même d’ouvrir des investigations sur les échecs qui ont entouré le 7 octobre 2023.
Près de 2 000 Israéliens ont été tués pendant et depuis le pogrom commis par le Hamas. Il est impensable que cette débâcle et ses multiples causes effroyables ne fassent pas l’objet d’une enquête menée par la commission la plus puissante que la loi autorise, et ce pour pouvoir garantir que le pays disposera des meilleures capacités pour empêcher que des atrocités similaires se reproduisent. Mais Netanyahu s’y oppose, car il sait pertinemment que ses recommandations seraient fatales pour lui sur le plan politique.
Enfin, et c’est peut-être le point le plus controversé, Netanyahu et ses fidèles redoublent d’ardeur pour inscrire dans la loi l’exemption de service militaire de presque tous les jeunes hommes ultra-orthodoxes – ce qui est intenable – à un moment où environ 80 000 haredim sont aptes au service et où l’armée israélienne a désespérément besoin de recrues.
Le dernier texte du projet de loi – dont le contenu a été divulgué – qui a été présenté sous la forme de législation régissant le service militaire des ultra-orthodoxes a été si manifestement conçu pour préserver les exemptions que la petite minorité de députés du Likud ayant une once d’intégrité a ouvertement dénoncé cette farce.
Moshe Saada et Dan Illouz, deux législateurs du parti au pouvoir, ont souligné que la dernière version du texte ne prévoyait aucun quota s’agissant du recrutement des jeunes ultra-orthodoxes dans des unités de combat et dans des rôles de soutien au combat. Sans ces quotas, a protesté Saada, « à quoi bon ? Allons-nous recruter davantage de superviseurs casher ? »
Et les sanctions prévues pour les réfractaires, avec notamment l’interdiction d’obtenir le permis de conduire avant l’âge de 23 ans, sont inefficaces, a-t-il ajouté, exigeant que ceux qui échappent au service ne bénéficient pas des avantages financés par les contribuables, notamment en matière de logement.
Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a proposé cette semaine que ceux qui se soustraient au service au sein de Tsahal soient privés du droit de vote, une mesure antidémocratique qui les priverait de leurs droits civiques. Il serait certainement beaucoup plus adapté que ceux qui ne se placent pas au service de l’État ne profitent pas des avantages qui sont accordés par ce dernier.
Révélant au grand jour une mentalité totalement déconnectée des besoins de la nation et des valeurs authentiques du judaïsme, les responsables ultra-orthodoxes ont décidé d’organiser un rassemblement « d’un million d’hommes » (oui, uniquement des hommes) à l’entrée de Jérusalem, jeudi, pour protester contre toute mesure visant à les enrôler de force dans l’armée. Mardi, les manifestants ont revêtu des casquettes jaunes et ils ont brandi des ballons jaunes lors d’une manifestation qui s’est déroulée devant une prison militaire où un réfractaire au service est actuellement incarcéré.
Ce rassemblement, la manifestation de masse qui est prévue jeudi et le choix du jaune comme couleur du mouvement de protestation font cyniquement écho aux méthodes qui ont été utilisées par les familles d’otages qui cherchaient à obtenir la libération de leurs proches, conservés en captivité dans l’enfer du Hamas. Faisant preuve d’une inintelligence et d’une insensibilité écœurantes, les organisateurs des manifestations ont également diffusé des affiches rappelant celles qui avaient été faites à l’effigie des otages mais qui ont présenté, cette fois-ci, les réfractaires emprisonnés.
Nous pouvons ainsi nous attendre à voir, jeudi, l’entrée de la capitale israélienne bloquée par des jeunes hommes qui, avec le soutien de leurs leaders et de leur gouvernement, refusent de jouer le rôle qui est le leur dans la défense essentielle de ce pays. Déployés en masse par leurs députés et par leurs rabbins, ils bloqueront notamment la route de nombreux jeunes Israéliens et Israéliennes qui tenteront de rentrer chez eux pour passer le Shabbat après avoir servi sur l’un des nombreux fronts de bataille d’Israël.
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