Conscription des haredim : Lapid et Gabbay se critiquent mutuellement
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Conscription des haredim : Lapid et Gabbay se critiquent mutuellement

Le chef de l'Union sioniste accuse son homologue de Yesh Atid de "trahir les soldats israéliens et ses propres électeurs" en soutenant le projet de loi parrainé par le gouvernement

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

A gauche, Avi Gabbay, à une conférence à Tel Aviv le 11 juillet  2017 ; à droite Yair Lapid  à une conférence à Herzliya, le 22 juin 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90 ; Jack Guez/AFP/Getty Images via JTA)
A gauche, Avi Gabbay, à une conférence à Tel Aviv le 11 juillet 2017 ; à droite Yair Lapid à une conférence à Herzliya, le 22 juin 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90 ; Jack Guez/AFP/Getty Images via JTA)

Le projet de loi sur le service militaire des ultra-orthodoxes continue de creuser le fossé entre la coalition et l’opposition. Le président de l’Union sioniste Avi Gabbay a fustigé son homologue de Yesh Atid, Yair Lapid, l’accusant d’avoir « effectivement rejoint le gouvernement » en annonçant son soutien à un projet de loi sur la conscription militaire des ultra-orthodoxes.

Lapid a déclaré qu’Avi Gabbay « se livre à des jeux politique et ne recherche pas le bien du pays ».

S’exprimant lors de l’ouverture de la réunion de faction de son parti de l’Union sioniste à la Knesset, Gabbay avait déclaré que Yesh Atid trahissait les soldats israéliens et ses propres électeurs en soutenant le projet de loi parrainé par le gouvernement, et a affirmé qu’il n’aurait aucun effet sur le projet de loi militaire.

« Aucun étudiant ultra-orthodoxe [étudiant de séminaire] qui n’aurait pas été enrôlé hier ne sera enrôlé demain du fait de cette loi », a accusé Gabbay. « Soyons honnêtes à ce sujet. »

Le président de l’Union sioniste Avi Gabbay dirige une réunion à la Knesset le 7 mai 2018. (Miriam Alster / Flash90)

Ce projet de loi contesté est le produit d’un rapport de la Commission du ministère de la Défense publié le mois dernier. Le ministère a qualifié le projet d’“arrangement durable, réaliste et pertinent” pour la conscription des ultraorthodoxes. La proposition fixe des objectifs annuels minimaux pour la conscription des ultraorthodoxes qui, s’ils n’étaient pas atteints, entraîneraient des sanctions financières pour les yeshivot, ou séminaires rabbiniques, dans lesquels ils étudient.

La question de l’enrôlement des ultraorthodoxes a longtemps été conflictuelle en Israël, tournant autour d’un débat vieux de plusieurs décennies sur la question de savoir si les jeunes hommes ultra-orthodoxes étudiant dans les yeshivot devraient être appelés au service militaire obligatoire, comme le reste de la population juive d’Israël.

Les partenaires de la coalition ultra-orthodoxe du Premier ministre Benjamin Netanyahu, les partis Shas et Yahadout HaTorah, ont menacé de s’opposer à la nouvelle loi si elle avance, et même de renverser la coalition, afin de torpiller la mesure.

Prétendant que Yesh Atid avait « effectivement rejoint le gouvernement », Gabbay s’en est pris à la décision du parti d’appuyer le projet de loi. Un vote des députés de Yesh Atid en faveur du projet de loi pourrait permettre son adoption, malgré les menaces des membres ultra-orthodoxes de la coalition de s’opposer à la loi. Si le projet de loi n’est pas adopté, cela pourrait entraîner l’effondrement du gouvernement.

« Voilà à quoi cela ressemble quand un parti a laissé tomber. Voilà à quoi ressemble la trahison de nos soldats et de ses propres électeurs, et voilà à quoi ressemble un parti qui a changé de camp », a déclaré M. Gabbay. « Yesh Atid a cessé de croire qu’on peut les battre. Au lieu de cela, il dit : « Nous allons nous joindre à eux. »

Rejetant la thèse de Gabbay selon laquelle le projet de loi actuel ne changera pas les effectifs ultra-orthodoxes, Lapid a affirmé que les partis ultra-orthodoxes de la coalition « Shas et Yahadut HaTorah voteront contre le projet de loi parce qu’ils savent que cela signifiera plus d’enrôlement », ajoutant que la loi est soutenue par Tsahal et son chef d’état-major.

« Le rôle de l’opposition n’est pas de s’opposer à des lois bonnes et appropriées pour l’État d’Israël et le peuple d’Israël ; le rôle de l’opposition est d’offrir une alternative, notre travail est d’offrir au pays une meilleure direction et de meilleures valeurs », a déclaré M. Lapid lors de sa réunion de la faction Yesh Atid à la Knesset.

« Une vision forte et optimiste caractérise la manière de se comporter en opposition, et celui qui veut diriger le pays se mesure d’abord et avant tout par sa capacité à faire preuve de responsabilité nationale », a-t-il poursuivi.

Le chef du parti politique Yesh Atid, le député Yair Lapid, dirige une réunion de faction à la Knesset, le 18 juin 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Lapid a fait valoir que le projet de loi est proche d’un projet de loi similaire que son parti avait proposé dans le passé. Les principales différences sont que le projet de loi actuel ne prévoit pas de sanctions pénales contre les étudiants qui se dérobent au recrutement – mais uniquement des sanctions économiques contre les établissements dans lesquels ils étudient – et prévoit également un quota plus faible pour le nombre d’ultra-orthodoxes qui seront recrutés chaque année.

Le parti de la Liste arabe unie, qui compte 13 députés de l’opposition, a déclaré que ses membres ne participeraient pas au vote.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré que le projet de loi sur la conscription militaire des ultra-orthodoxes, qui doit faire l’objet d’un vote plus tard aujourd’hui, « sera une grande contribution pour les institutions de la Défense et l’Etat d’Israël ».

S’exprimant lors de sa réunion de la faction Yisrael Beytenu à la Knesset, Liberman a revendiqué la victoire pour le projet de loi, disant que si ce n’était pas pour son parti, le gouvernement aurait adopté un projet de loi autorisant de vastes exemptions pour les étudiants ultra-orthodoxes de yeshiva.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de faction de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 18 juin 2018. (Miriam Alster/ Flash90)

« Je tiens à rappeler à tous ceux qui sont ici présents une autre réunion qui a eu lieu à la fin de la dernière session d’hiver au cours de laquelle Yisrael Beytenu a défendu notre position et empêché une autre loi, une mauvaise loi », a-t-il dit. « Nous avions dit que nous aurions besoin de deux choses – une loi qui soit acceptée par Tsahal et qui puisse être adoptée par la Cour Suprême, cette loi remplit les deux conditions. »

Liberman a remercié Yair Lapid, le président du parti d’opposition Yesh Atid, pour avoir soutenu le projet de loi, tout en s’en prenant violemment à l’Union sioniste, qui a juré de s’y opposer.

« Je salue leur décision parce qu’elle montre où ils se trouvent réellement – entre Meretz et la Liste arabe unie », a-t-il fait remarquer au sujet de l’Union sioniste. « Ils ont perdu le sens de ce que signifie être un parti d’hommes d’État. »

S’adressant lundi aux députés et militants du Likud, Netanyahu a félicité le ministre de la défense pour « avoir demandé à l’armée ce dont elle a besoin et avoir créé une loi en fonction de cela ».

« C’est une loi bonne et équilibrée », a-t-il déclaré. « Cela augmentera la participation des ultra-orthodoxes au sein de Tsahal et leur participation dans le marché de l’emploi. »

En septembre 2017, la Cour suprême de justice a annulé une loi antérieure qui exemptait du service militaire les hommes ultra-orthodoxes engagés dans des études religieuses, affirmant qu’elle portait atteinte au principe de l’égalité devant la loi. Toutefois, la Cour a suspendu sa décision pendant un an pour permettre la mise en place d’un nouvel arrangement, donnant au gouvernement la possibilité d’adopter la nouvelle loi d’ici le 1er septembre 2018.

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