Coronavirus : Le B’nai B’rith se penche sur les théories du complot juif
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Coronavirus : Le B’nai B’rith se penche sur les théories du complot juif

Plusieurs théories antisémites sont nées ces derniers jours au sujet du coronavirus – relayées notamment par l’actrice américaine Rosanna Arquette ou le polémiste Dieudonné

Détail d'une peinture représentant une accusation de meurtre rituel d'enfants chrétiens par des Juifs, dans l'église Saint-Paul de Sandomierz, en Pologne. (Domaine public, Wikimedia Commons)
Détail d'une peinture représentant une accusation de meurtre rituel d'enfants chrétiens par des Juifs, dans l'église Saint-Paul de Sandomierz, en Pologne. (Domaine public, Wikimedia Commons)

Dans son dernier podcast (en anglais), publié la semaine dernière, l’organisation B’nai B’rith International s’est penché sur les théories du complot juif au sujet de l’épidémie de coronavirus.

Alors que le virus frappe la planète, Eric Fusfield, directeur adjoint du Centre international des droits de l’homme et des politiques publiques du B’nai B’rith, a échangé à ce sujet avec Daniel S. Mariaschin, vice-président exécutif de l’organisation, dans un épisode intitulé « Quand le coronavirus sert de prétexte à l’antisémitisme ».

« Ces complots reprochent aux Juifs et à Israël d’avoir créé et propagé le coronavirus », explique le B’nai B’rith en présentation du podcast.

« Mariaschin et Fusfield considèrent ces théories comme une nouvelle forme de diffamation de sang [phénomène antisémite qui accuse les Juifs de meurtres rituels], qui fait suite à une longue série [de complots] dans l’histoire. » Ils citent ainsi des complots antisémites datant de l’Europe médiévale, du Damas du 19e siècle, de la Russie tsariste du 20e siècle, et de bien d’autres endroits et époques.

Eric Fusfield, directeur adjoint du Centre international des droits de l’homme et des politiques publiques du B’nai B’rith International. (Crédit : capture d’écran YouTube)

« C’est une illustration de la résilience et de l’adaptabilité de l’antisémitisme. L’antisémitisme est un virus à lui tout seul. C’est un virus social, et il est agressif, et c’est un virus qui se transfère », a déploré Fusfield. « Il s’est déplacé de façon presque transparente dans le monde islamique d’aujourd’hui – certaines parties du monde islamique – et d’autres régions du monde moderne. Dans le cas de l’Iran, les bases ont déjà été jetées. L’Iran, depuis un certain temps, a fait de la diffamation de sang une idée acceptée dans le pays. »

Le B’nai B’rith rappelle néanmoins que les complots antisémites ne proviennent pas uniquement de gouvernements hostiles tel que le régime théocratique iranien. Il cite ainsi l’exemple de l’actrice américaine Rosanna Arquette qui, dans un tweet depuis supprimé, a affirmé que le gouvernement israélien avait eu connaissance à l’avance de l’épidémie de coronavirus qui menaçait et avait cherché à en tirer profit en développant en premier un vaccin.

Logo du site Conspiracy Watch.

Plus tôt cette semaine, en France, le site Conspiracy Watch a alerté sur Twitter au sujet d’un message antisémite partagé sur le réseau social près de 700 fois, et liké plus de 1 300 fois.

Le message posté par le média, qui vise à lutter contre la propagation du conspirationnisme sur Internet, répondait à un autre, posté par le compte anonyme d’extrême droite @DutertEtet – depuis désactivé.

@DutertEtet écrivait : « Pendant que Buzyn refusait de fermer les frontières, son mari Lévy empêchait Didier Raoult de publier ses résultats tandis que Jérôme Salomon liquidait notre stock de masques. Mais bon officiellement l’empoisonnement des puits au moment de la peste relève du mythe. »

La publication antisémite accusait ainsi l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, son époux Yves Lévy (ex-PDG de l’Inserm) et Jérôme Salomon, actuel Directeur général du ministère de la Santé, d’avoir permis et favorisé l’épidémie de coronavirus, en tirant un parallèle avec le prétendu « empoisonnement des puits » par les Juifs au Moyen-Âge.

« Il est reproché à A. Buzyn d’avoir ‘refusé de fermer les frontières » (comme si cela avait été de sa compétence) et à J. Salomon d’avoir ‘liquidé notre stock de masques’, ce qui est faux, comme le montre notamment cet article du Monde », a répondu Conspiracy Watch à DutertEtet.

« Quant à Yves Lévy, ‘Dutertetet’ l’accuse d’avoir ‘empêché [l’infectiologue] Didier Raoult de publier ses résultats’. Là encore, c’est faux : D. Raoult a rendu public ses résultats il y a 4 jours, son article est disponible ici », a ajouté Conspiracy Watch.

Dieudonné M’bala M’bala, portant un masque représentant un ananas en référence à son expression négationniste ‘shoahananas’, fait le geste controversé de la « quenelle » à son arrivée au palais de justice de Paris le 26 mars 2019, devant un public amusé. (Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

En France également, le polémiste Dieudonné a, au début du mois, accusé la famille juive Rothschild de « profiter de l’épidémie de COVID-19, et les a accusés en filigrane d’avoir commandité une ‘propagande de terreur’ autour du virus afin de remplir leurs propres caisses », a rapporté le MEMRI, Institut de recherche des médias du Moyen-Orient, organisation internationale non gouvernementale de surveillance des médias.

« Le coronavirus va justifier une crise financière par laquelle Rothschild et consorts vont dérober la totalité de l’épargne des moutons », a déclaré l’homme dans une vidéo YouTube.

Afin d’empêcher un tel dessein, Dieudonné a appelé ses auditeurs à investir dans sa propre crypto-monnaie – décrite comme une quasi arnaque, ou du moins très risquée, par une enquête du magazine Capital.

Des membres du personnel médical transportant un patient à l’hôpital de Jinyintan, où sont soignés des patients infectés par un mystérieux virus de type SRAS, à Wuhan, dans la province centrale du Hubei, en Chine, le 18 janvier 2020. (AFP)

Apparue dans la région de Wuhan, en Chine, en décembre dernier, l’épidémie de coronavirus a contaminé 441 000 personnes à travers le monde et en a tué plus de 20 000.

En France, 25 233 cas et 1 331 morts sont à déplorer.

En Israël, le coronavirus a tué cinq personnes et en a contaminé près de 2 500.

Afin de lutter contre l’épidémie, les autorités sanitaires de nombreux pays à travers le monde ont imposé des mesures de confinement, de distanciation sociale et d’hygiène.

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