Covid : vaccination des Palestiniens, Israël et les accords d’Oslo
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Covid : vaccination des Palestiniens, Israël et les accords d’Oslo

Selon Ramallah, Israël devrait veiller à ce que les Palestiniens de Cisjordanie et Gaza soient vaccinés, mais fait ensuite marche arrière pour reconnaître la responsabilité de l'AP

Des Palestiniens portant un masque facial assistent à une prière dans une mosquée de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 janvier 2021. (Photo par Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des Palestiniens portant un masque facial assistent à une prière dans une mosquée de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 janvier 2021. (Photo par Abed Rahim Khatib/Flash90)

Les responsables palestiniens de la santé ont annoncé ce week-end qu’ils avaient signé un accord avec la firme pharmaceutique AstraZeneca et qu’ils attendaient l’arrivée de sa première grande livraison de vaccins pour la fin février.

« Nous avons reçu une lettre officielle de la compagnie pharmaceutique AstraZeneca nous informant que d’ici le 15 février, les vaccins arriveront en Palestine… entre le milieu et la fin du mois », a déclaré samedi le porte-parole du ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, Kamal al-Shakhra, à la radio Voix de la Palestine.

L’Autorité palestinienne, qui a cherché à importer des vaccins pour les résidents palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, a fixé plusieurs dates limites pour l’arrivée des vaccins, notamment fin décembre dernier. Jusqu’à présent, toutes les échéances ont été dépassées.

Ramallah n’a pas encore demandé publiquement à Israël – qui est devenu un leader mondial dans le domaine des vaccinations – d’assumer la responsabilité de fournir des vaccins aux Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Toutefois, certains responsables ont critiqué Israël pour ne pas l’avoir fait.

Israël a déjà administré les premières doses à quelque 1,8 million de personnes sur une population de 9,29 millions, ce qui représente de loin le taux de vaccination le plus élevé au monde. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est engagé à accélérer la campagne de vaccination à 170 000 doses par jour afin de tenter de mettre fin à la pandémie de coronavirus en Israël d’ici la fin mars.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Santé Yuli Edelstein (à gauche) assistent à une cérémonie pour l’arrivée d’un avion transportant une cargaison de vaccins anti-coronavirus Pfizer-BioNTech, à l’aéroport Ben Gurion près de la ville israélienne de Tel Aviv, le 10 janvier 2021. (Motti MILLROD / POOL / AFP)

Samedi, le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a déclaré qu’Israël négligeait ses obligations de fournir des vaccinations aux Palestiniens « conformément au droit international ».

« Israël essaie de s’absoudre de ses responsabilités en tant que puissance occupante, et de rejeter l’entière responsabilité sur le gouvernement palestinien », a déclaré le ministère des Affaires étrangères de l’AP dans un communiqué samedi.

« La recherche par les dirigeants palestiniens de vaccins provenant de diverses sources ne dispense pas Israël de ses obligations envers le peuple palestinien en matière de fourniture de vaccins », a ajouté le ministère des Affaires étrangères.

Toutefois, dimanche, le ministère des Affaires étrangères de l’AP a fait marche arrière pour préciser que les obligations légales d’Israël envers le bien-être des Palestiniens ne constituaient pas « une abdication de quelque manière que ce soit des responsabilités de l’État de Palestine [sic] envers le peuple palestinien, y compris la fourniture de soins de santé et de vaccinations COVID ».

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La majorité des vaccins israéliens proviennent de Pfizer, et l’Autorité palestinienne a reconnu qu’elle aurait du mal à les stocker dans les conditions requises en dessous de zéro.

Les responsables palestiniens ont également nié avec acharnement les rapports de la presse israélienne de la semaine dernière qui alléguaient un transfert secret de doses à des « fins humanitaires ».

Des membres des forces de sécurité palestiniennes imposent un bouclage suite à la propagation du coronavirus à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 18 décembre 2020. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

« Le ministère de la Santé n’a reçu aucun vaccin d’Israël », avait alors déclaré un haut responsable de la santé de l’Autorité palestinienne, Oussama al-Najjar, au Times of Israel.

L’Organisation mondiale de la santé, cependant, a déclaré que le ministère israélien de la Santé avait rejeté une demande d’attribution de vaccins pour inoculer les travailleurs de la santé palestiniens de première ligne.

« Le ministère israélien de la Santé a indiqué qu’il étudierait cette option, mais qu’il n’était pas en mesure actuellement de fournir des vaccins en raison d’une pénurie de vaccins en Israël », a déclaré Gerald Rockenschaub, fonctionnaire de l’OMS, qui est l’envoyé de l’organisme international auprès des Palestiniens.

Ces derniers jours, les responsables palestiniens de la santé ont également fait des déclarations contradictoires sur la date exacte d’arrivée des vaccins d’AstraZeneca. Dimanche, le responsable palestinien de la santé Yaser Bouzyeh a déclaré à Reuters qu’il prévoyait que les vaccins arriveraient en mars.

Dans une clarification faite aux médias officiels de l’AP samedi, la ministre de la Santé de l’AP, Mai al-Kaila, a jeté de l’eau froide sur le timing optimiste d’Al-Shakhra.

« Il n’y a pas encore de date limite précise pour l’arrivée du vaccin contre le coronavirus, même s’il est probable qu’ils arriveront au cours du premier trimestre de cette année », a affirmé Mme al-Kaila.

La ministre de la Santé de l’Autorité palestinienne, Mai al-Kaila. (WAFA)

Al-Kaila a ajouté que des accords avaient été signés avec trois autres entreprises pour fournir des vaccins aux Palestiniens. La ministre a déclaré qu’elle pensait que les doses prévues par ces accords couvriraient 70 % de la population palestinienne.

Ramallah dépend également d’un mécanisme soutenu par la communauté internationale, le COVAX, qui vise à fournir des vaccins gratuits contre le coronavirus à environ 90 pays participants qui, autrement, ne pourraient pas se payer les vaccins. Si tout se passe comme prévu, le COVAX fournira suffisamment de doses pour vacciner environ 20 % des Palestiniens.

Mais il est peu probable que les vaccins COVAX atteignent Ramallah ou la ville de Gaza avant un certain temps. L’Organisation mondiale de la santé, un des principaux sponsors de COVAX, n’a encore approuvé aucun vaccin pour le programme. La mise à disposition sera également relativement lente. Une première tranche de vaccins – suffisante pour inoculer 3 % de la population palestinienne – sera envoyée à Ramallah pour être utilisée par les groupes prioritaires avant que d’autres doses ne soient progressivement envoyées.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’attribution des vaccins gratuits devrait commencer en février, alors que les livraisons pourraient avoir lieu jusqu’au milieu de l’année. Le programme ne vise à vacciner que les 20 % de la population cible d’ici la fin 2020, selon un document interne de l’OMS envoyé au Times of Israel.

Des responsables de la santé israéliens non nommés ont fait savoir à la Douzième chaîne que cela était peu judicieux d’un point de vue épidémiologique. « Nous ne pouvons pas avoir des dizaines de milliers de personnes non vaccinées qui entrent sur le territoire israélien », ont-ils déclaré.

Des dizaines de milliers de travailleurs de Cisjordanie entrent chaque jour en Israël, bien que certaines restrictions aient été imposées à leur entrée pendant les périodes de bouclage national.

« Le ministère de la Santé a signé des contrats avec quatre entreprises pour la livraison de vaccins qui arriveront dans les deux prochains mois », a indiqué lundi le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammed Shtayyeh lors de la réunion hebdomadaire du gouvernement.

Les quatre contrats d’une valeur totale de 21 millions de dollars (17 millions d’euros) ont été signés avec le duo américano-allemand Pfizer-BioNTech, le partenariat britannique AstraZeneca/Université d’Oxford, l’Américain Johnson and Johnson et le centre de recherches russe Gamaleïa, a indiqué à l’AFP Yasser Bouzia sans préciser le nombre de doses achetées à chaque fournisseur.

Mai al-Kaila a plus tard confirmé dans un communiqué avoir approuvé le vaccin russe, très critiqué pour l’annonce de sa conception jugée prématurée car intervenue avant les essais cliniques de masse et la publication de résultats scientifiques.

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