Crise économique palestinienne : L’AP et Israël discutent d’aides potentielles
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Crise économique palestinienne : L’AP et Israël discutent d’aides potentielles

Des responsables israéliens confient que jusqu'à 247 millions de dollars pourraient être versés à Ramallah, dans un contexte d'aides internationales en chute l'année dernière

La place Manara de Ramallah, en Cisjordanie. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
La place Manara de Ramallah, en Cisjordanie. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Le gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett est en négociation avec l’Autorité palestinienne (AP) concernant l’envoi de centaines de millions de shekels à Ramallah, dans un contexte d’économie palestinienne en forte crise, ont confié des sources de Jérusalem et de Ramallah au Times of Israel.

Un accord préliminaire portant sur une enveloppe d’aide financière allouée par Israël à l’AP et d’un montant de 800 millions de shekels a été conçu, a fait savoir vendredi un officiel israélien. Un autre responsable, proche du dossier, a évoqué pour sa part un accord « pratiquement conclu », mais en citant un chiffre plus modeste de 500 millions de shekels.

Au mois de juillet, le cabinet israélien avait pris la décision de saisir approximativement la même somme – soit environ 600 millions de shekels – sur les revenus fiscaux collectés au nom de l’Autorité palestinienne au cours des six derniers mois. La loi israélienne impose cette saisie pour sanctionner l’AP pour sa politique de versement d’allocations aux familles des Palestiniens blessés, emprisonnés ou tués par Israël – en particulier aux familles de terroristes avoués.

Le plan devait initialement être annoncé avant le voyage effectué par Naftali Bennett à Washington.
Finalement, l’enveloppe d’aide n’avait pas été finalisée avant le départ du Premier ministre.

Ahmad Majdalani, haut-responsable de l’AP, a confirmé que des pourparlers étaient en cours entre les deux parties. Il a déclaré que les fonds ne prendraient pas la forme d’un prêt mais plutôt celle d’une avance sur les revenus fiscaux collectés par Israël pour le compte de Ramallah.

« La discussion porte sur une avance sur ce qui nous est dû, pas sur un prêt », a précisé Majdalani.

Il n’a pas été possible d’obtenir des réactions de la part des ministères des Finances israélien et palestinien.

L’Autorité palestinienne est dans une position difficile depuis quelques mois. Le Hamas, son rival, connaît une popularité croissante depuis le conflit de onze jours qui l’a opposé à l’État juif, au mois de mai.

Maryam Banat, 67 ans, la mère de l’activiste Nizar Banat, critique de l’Autorité palestinienne, brandit sa photo pendant un rassemblement dénonçant sa mort entre les mains des services de sécurité de l’AP à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

La mort de Nizar Banat, un activiste critique de l’Autorité palestinienne, alors qu’il se trouvait sous la garde des forces de sécurité de l’AP, fin juin, a augmenté ces agitations. Ce décès dans des conditions troubles a entraîné des manifestations rares, réclamant le départ du gouvernement de l’AP, qui est très impopulaire. Certains de ces rassemblements ont été violemment réprimés par les forces de l’AP, qui ont frappé les manifestants et qui ont procédé à des dizaines d’arrestations, s’attirant les foudres à l’international.

Par ailleurs, l’économie de la Cisjordanie a été aussi fortement malmenée par l’épidémie de coronavirus. Elle a chuté de 11,5 % pendant l’année 2020.

Le budget gouvernemental de l’AP a également été frappé de plein fouet. Un diplomate occidental avait ainsi averti le Times of Israel, à la fin du mois de juillet, que l’AP était « au bord de l’effondrement en raison de l’absence de revenus ».

La plus grande partie du budget provient des revenus fiscaux collectés par Israël pour le compte de Ramallah.

Une loi adoptée au sein de l’État juif en 2018 impose la saisie régulière d’une partie de ces revenus pour sanctionner Ramallah en raison des allocations versées aux prisonniers sécuritaires palestiniens et aux familles des Palestiniens tués pendant des confrontations violentes avec les forces israéliennes. Sont notamment concernés les Palestiniens ayant commis un attentat terroriste contre des Israéliens.

Au mois de juillet, le gouvernement israélien a signé la saisie de 600 millions de shekels au cours des six prochains mois. Ce montant serait approximativement le même que celui qui a été versé par Ramallah aux condamnés pour terrorisme et aux familles des dits « martyrs » en 2020.

« Cela nous place dans une position financière difficile et cela affaiblit notre capacité à remplir nos obligations financières et à respecter nos engagements à l’égard de notre population », avait commenté, le 10 août, le Premier ministre de l’AP Mohammad Shtayyeh lors d’une rencontre de son cabinet.

Le Premier ministre Mohammad Shtayyeh lors d’une conférence de presse à Ramallah, le 27 février 2021. (Crédit : WAFA)

Au même moment, les aides internationales apportées à l’AP et par les pays arabes ont plongé – des aides qui représentaient une partie significative de son budget. En 2019, l’AP avait reçu environ 300 millions de dollars en soutien à son budget à la fin du premier semestre. Une somme qui, à la même période, s’est élevée à seulement 30,2 millions de dollars en 2021 – ce qui représente à peine un dixième du montant.

L’Union européenne, le plus important donateur, a attribué le retard de ses versements à des raisons techniques. Mais le calendrier – dans ce contexte de mouvements de protestation croissants et d’arrestations – est désastreux.

Le diplomate occidental avait démenti tout lien entre le retard accumulé pour le versement des aides et les récentes répressions.

« Il n’y a rien qui puisse justifier de sanctionner l’AP en raison de ses agissements au cours des six derniers mois. C’est une question purement technique », avait-il dit au Times of Israel.

Il avait ensuite critiqué la décision israélienne de saisir les fonds issus des revenus fiscaux, disant qu’elle était contradictoire avec la résolution prise par le nouveau gouvernement de renforcer l’AP.

« Le jour où Lapid se trouvait à Bruxelles, qu’il parlait de renforcer l’économie de l’Autorité palestinienne et l’AP… Liberman a saisi 600 millions de dollars. On est en droit de se demander ce qu’ils font », avait continué le diplomate occidental.

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