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Dans un monastère de Haïfa, des pèlerins juifs tentent la coexistence

Devant le monastère Stella Maris, des haredim disent vouloir prier en face du lieu de sépulture présumé du prophète Elisha, entraînant des tensions avec les fidèles chrétiens

Des personnes réunis au monastère Stella Maris à la suite de manifestations de Juifs ultra-orthodoxes affirmant que l'église se trouve sur la tombe du prophète Elisha, à Haïfa, au nord d'Israël, le 18 juin 2023. (Crédit : Flash90)
Des personnes réunis au monastère Stella Maris à la suite de manifestations de Juifs ultra-orthodoxes affirmant que l'église se trouve sur la tombe du prophète Elisha, à Haïfa, au nord d'Israël, le 18 juin 2023. (Crédit : Flash90)

Alors que les fidèles chrétiens affluent pour la prière à l’église Stella Maris, ils sont encadrés par deux groupes de jeunes hommes, petits mais visibles, qui se tiennent de part et d’autre de l’entrée principale.

Ces hommes ne sont pas là par hasard.

Il s’agit d’une force de sécurité improvisée, composée de volontaires qui montent la garde pendant les offices de ces dernières semaines en raison d’un différend avec les Juifs haredim qui ont commencé à venir prier à l’extérieur de cette église emblématique de Haïfa.

Considérés localement comme des provocateurs désireux d’intimider les Arabes, les pèlerins juifs affirment qu’ils veulent simplement prier devant ce qu’ils croient être le lieu de sépulture du prophète Elisha, personnage biblique du VIIIe siècle avant notre ère et légendaire successeur d’Élie.

À LIRE : Des centaines de personnes protestent contre un pèlerinage hassidique à Haïfa

« C’est pour notre propre sécurité », a déclaré l’un des jeunes chrétiens, qui travaille dans le populaire magasin de falafels de son père à Haïfa, à propos du détachement de sécurité qui encadre l’entrée. Il a parlé au Times of Israel sous le couvert de l’anonymat, expliquant que « si les choses s’aggravent, je ne veux pas que votre article établisse un record [d’audience] sur mon dos ».

Les choses se sont effectivement aggravées quelques jours plus tard. Dimanche, des fidèles chrétiens ont chassé des alentours de l’entrée de l’église plusieurs dizaines de Juifs ultra-orthodoxes du mouvement hassidique Breslev.

C’était la dernière d’une série de tentatives faites cet été par des « Breslovers » – ou adeptes du Rabbi de Breslev – pour prier près de l’église, qui a récemment été ajoutée aux itinéraires de plusieurs organisateurs de pèlerinages sur les tombes de sages juifs.

Les événements autour du monastère Stella Maris sont de rares perturbations qui mettent en lumière des rancœurs historiques dans une ville où les combats meurtriers entre Juifs et Arabes en 1948 avaient entraîné une fuite massive des résidents arabes, mais qui est devenue depuis un rare modèle de coexistence harmonieuse entre les adeptes des trois principales religions abrahamiques, et d’autres religions.

Les fidèles de Stella Maris rejettent les raisons religieuses invoquées par les pèlerins juifs comme un prétexte peu convaincant pour intimider les chrétiens, prétendument avec le soutien tacite du gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu.

Un membre de la paroisse de l’église Stella Maris avant une prière le 20 juillet 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Les pèlerins juifs, quant à eux, qualifient l’hostilité des chrétiens d’intolérance et de hooliganisme, soutenus par la maire de gauche, Einat Kalish, et par les médias. Le bureau de Kalish n’a pas répondu aux demandes de réaction à ces affirmations.

Les pèlerinages ont donné lieu à des violences dans au moins deux cas, qui ne se sont soldées que par des blessures légères. Lors de la bagarre de dimanche, des hommes de l’intérieur et des environs du monastère Stella Maris ont repoussé une soixantaine de haredim alors qu’ils priaient à l’extérieur de l’église. La police a séparé les ultra-orthodoxes et les chrétiens. Les officiers ont brièvement arrêté plusieurs fidèles juifs. Lors d’une précédente bagarre ce mois-ci, la police avait arrêté un chrétien pour avoir agressé un haredi à proximité de l’église, et avait placé des véhicules de patrouille en face de l’église tout au long de la semaine.

Un homme prie au monastère Stella Maris dans la ville de Haïfa, au nord d’Israël, le 18 juin 2023. (Crédit : Flash90)

Lundi, plusieurs centaines de chrétiens ont organisé une veillée devant l’église. Cette veillée s’est transformée en une manifestation contre les pèlerinages, qui s’est traduite par le blocage non-autorisé d’une grande artère de circulation.

« Les Juifs qui viennent ici n’ont rien à voir avec le judaïsme ou la religion », a déclaré le père William Abu Shqar, directeur du bureau de l’évêque grec-catholique de Haïfa. « À cause de ce qui se passe avec le gouvernement, ils sortent de partout. Le culte juif n’a jamais existé ici, il est inventé pour prendre pied dans ce lieu qui est sacré pour les chrétiens depuis des siècles », a déclaré Abu Shqar, 66 ans, au Times of Israel.

Abu Shqar n’est pas le seul à constater une tendance au harcèlement et à l’hostilité à l’égard des chrétiens. Plusieurs dirigeants et adeptes de cette religion ont déclaré que depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement, ils ont constaté une augmentation des manifestations d’hostilité, principalement des crachats sur le sol dans leur direction, de la part de Juifs dévots dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Le Père William Abu Shqar, à gauche, et un prêtre prient à l’église Stella Maris à Haïfa, en Israël, le 18 juillet 2023. (Crédit : Flash90)

Le jeune vendeur de falafels a menacé de représailles si les pèlerinages juifs se poursuivaient à Stella Maris.

« Nous sommes des gens pacifiques qui respectent les Juifs, même si nous entendons parler de nombreux problèmes, y compris de viols, parmi les religieux », a déclaré le vendeur. « Mais si cela continue, nous devrons aussi cibler les sites religieux pour préserver notre sécurité. Nous voulons nous défendre, défendre notre terre et notre église. »

« Les pèlerinages ont ébranlé le sentiment de sécurité des chrétiens de Haïfa et renforcé notre sentiment de discrimination », a-t-il ajouté.

Lorsqu’on lui a demandé s’il était en colère, le vendeur de falafels a répondu : « Bien sûr que je suis en colère ».

« Je suis en colère pour beaucoup de choses. Mais nous n’avons jamais voulu intervenir. Haïfa n’a jamais été comme ça et ne l’est toujours pas. Juifs et Arabes vivent ici côte à côte en paix. La prochaine fois qu’ils viendront, nous ferons un barbecue de porc et nous le leur ferons manger. Et sinon, vous pensez que je ne peux pas dresser un cochon pour chier à l’intérieur des synagogues ? »

D’autres fidèles ont minimisé le problème. « Quoi, les prières juives à l’extérieur ? Plus on est de fous, plus on rit », a déclaré un homme venu à l’église la semaine dernière avec son fils et son épouse pour allumer des cierges dans la grotte de l’église.

« Cela ne me dérange pas qu’ils prient à l’extérieur : Ahlan wa sahlan », a-t-il déclaré en utilisant une expression en arabe souvent utilisée pour saluer un invité. L’homme a refusé d’être nommé.

Un couple arabo-israélien se prend en photo lors de leur visite à la Fête du Prophète Élie le 20 juillet 2023 à la grotte de l’église Stella Maris à Haïfa, Israël. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

La grotte est l’un des deux endroits de Haïfa connus sous le nom de « grotte d’Élie » et associés à ce prophète, dont le travail sur le Carmel est décrit dans Melakhim, le Livre des Rois de la Torah. De nombreux chrétiens pensent qu’Élie a prié dans la grotte située à l’intérieur du monastère Stella Maris, une structure du XIXe siècle dont la façade blanche frappante et le clocher proéminent couronnent une pente abrupte de la chaîne de montagnes du Carmel qui surplombe la Méditerranée. À l’intérieur, une impressionnante chapelle ornée de fresques représentant des scènes bibliques centrées sur la Vierge Marie émerveille les visiteurs qui ne s’attendent souvent pas à une telle splendeur lorsqu’ils pénètrent pour la première fois dans l’intérieur sombre et relativement petit.

Stella Maris revêt une importance symbolique en raison de sa beauté et de son ancienneté, mais aussi de son lien avec la région. C’est la base de l’ancien ordre catholique des Carmélites, qui porte le nom de la montagne. Chaque année, des milliers de chrétiens montent à Stella Maris lors d’une procession cérémonielle. Des centaines de touristes étrangers visitent l’église chaque mois.

Un membre de la paroisse de l’église Stella Maris à Haïfa, Israël, retire la cire des bougies allumées par les fidèles le 20 juillet 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Ayman Odeh, un député de la Knesset basé à Haïfa qui dirige l’alliance arabe radicale Hadash-Taal, a proféré des menaces dimanche lors d’un discours au Parlement israélien.  « Je veux vous dire à tous : Vous n’avez pas votre place à Haïfa. Dans notre ville, Haïfa, vous n’avez pas votre place », a déclaré Odeh.

Il n’a pas expliqué qui exactement n’avait pas sa place à Haïfa, mais il a poursuivi. « Soit vous vous occupez des hooligans, soit nous le ferons », a déclaré Odeh, dont la famille est musulmane mais qui a fréquenté une école chrétienne dans son enfance.

Le Père William Abu Shaqr conclut un service à l’église Stella Maris à Haïfa, Israël, le 20 juillet 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Les Breslovers qui ont visité l’église affirment que les hooligans sont les chrétiens qui empêchent les pèlerins juifs de prier à l’extérieur de l’église.

« De nombreuses sources indiquent que l’église est la tombe du prophète Elisha », a déclaré Benjamin Israel, un habitant de Jérusalem âgé de 48 ans. Israel a visité Stella Maris avec plusieurs douzaines d’autres Breslovers dimanche et a déclaré que les locaux ont agressé les pèlerins juifs.

« Nous nous tenions à l’écart de l’entrée, priant tranquillement. Soudain, des dizaines d’Arabes nous ont attaqués, nous ont bousculés et ont blessé deux personnes », a déclaré Israel.

Les chrétiens de Stella Maris ont déclaré qu’ils pensaient que les pèlerins voulaient entrer dans l’église malgré l’interdiction de la halakha, la loi juive orthodoxe, de prier dans un lieu de culte non-juif. Plusieurs personnes interrogées ont cité ce fait comme cause de leur suspicion que les pèlerinages ont pour but la domination plutôt que le culte.

Les fidèles quittent l’église Stella Maris à Haïfa, Israël, après une prière, le 20 juillet 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Ces soupçons sont alimentés par les actions de deux pèlerins qui, au début du mois, ont été filmés en train de frapper aux portes de l’église, apparemment dans le but d’entrer. Plusieurs Breslovers ont déclaré que ces pèlerins avaient effectivement enfreint la halakha. « Les autorités rabbiniques de notre génération se sont prononcées contre l’entrée dans un lieu de culte non-juif et nous nous y opposons », a déclaré Menachem Malka, un adepte du Rabbi de Breslev.

Le pèlerin Benjamin Israel a déclaré que les Breslovers ne cherchaient « aucun changement au statu quo » à Stella Maris. « Nous ne voulons pas entrer, nous ne voulons pas de places assises, nous n’avons pas besoin d’eau ni de rafraîchissements, laissez-nous simplement nous tenir debout et parfois prier à l’extérieur de l’église, sur le terrain public. Est-ce trop demander ? », a-t-il demandé. Le fait que la police n’autorise pas les Juifs à prier à l’extérieur de l’église constitue « une discrimination à l’encontre des haredim et une violation de la liberté fondamentale de culte », a déclaré Israel.

Interrogé sur la raison pour laquelle les Breslovers n’ont commencé à fréquenter le site qu’au cours des derniers mois, il a répondu : « Parce qu’on ne peut pas voir le lieu de sépulture proprement dit, c’est un choix moins évident que d’autres tombes. Mais c’est dans la littérature et nous nous y intéressons maintenant. Nous n’avons pas l’intention de disparaître. »

Assise sur une chaise pliante à l’extérieur de l’église, Hanna Suheila, une habituée de Stella Maris âgée de 82 ans, considère que ce conflit s’inscrit dans le cadre d’une tentative juive de déposséder les Arabes de Haïfa, qui a connu un exode de ses habitants arabes en 1948.

Hanna Suheila, une fidèle de l’église Stella Maris à Haïfa, Israël, le 20 juillet 2023 à l’extérieur de l’entrée ouest, où des Juifs ont tenté de prier. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Aujourd’hui, cette ville majoritairement juive compte environ 285 000 habitants, dont quelque 35 000 Arabes, qui se répartissent plus ou moins également entre chrétiens et musulmans.

« Tout ce qu’ils prennent, ils le creusent sous la mosquée al-Aqsa à Jérusalem à la recherche de tombes juives, mais ils n’ont rien trouvé », a déclaré Suheila, évoquant une conception contestée mais largement répandue parmi les Arabes des fouilles archéologiques et des travaux de restauration dans la Vieille Ville de Jérusalem.

« Nous aimons les Juifs, ce sont nos cousins », a déclaré Suheila, qui avait 7 ans lorsque des dizaines de milliers d’Arabes, musulmans pour la plupart, ont quitté Haïfa lorsque les Juifs locaux l’ont reprise aux autorités du mandat britannique pendant la première partie de la Guerre d’Indépendance d’Israël.

« Mais pourquoi les Juifs prennent-ils les églises ? », demande-t-elle. « Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir cet endroit pour nous seuls ? »

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