De jeunes Juifs tombent amoureux pendant l’épidémie, sans s’être rencontrés
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De jeunes Juifs tombent amoureux pendant l’épidémie, sans s’être rencontrés

Les applis et groupes, de "MeetJew University" à "CoronaCrush", font figure d'entremetteurs du moment — et ont attiré des dizaines de milliers de membres en quelques semaines

Photo d'une application de rencontre en ligne. (iStock/ SIphotography)
Photo d'une application de rencontre en ligne. (iStock/ SIphotography)

JTA — Il y a une dizaine de jours, l’Américaine Josephine Stockwell a eu son premier rendez-vous  avec Nathan, un garçon avec lequel elle échangeait par message depuis un certain temps.

Le courant est bien passé entre eux. Ils parlent tous les deux espagnol, aiment les comédies romantiques et ont la même vision du judaïsme. Ils ont fini par discuter pendant deux heures et demie.

« Je n’avais même pas les mots pour décrire ce que je ressentais, car je n’avais jamais vécu une telle expérience, mais nous sommes sur la même longueur d’onde, plus que je n’aurai jamais imaginé que cela soit possible avec un partenaire », confie l’étudiante âgée de 23 ans en master à la Northwestern University.

Ils s’envoient maintenant des messages en permanence et ont des conversations de plusieurs heures chaque jour ou presque.

« J’hésite à dire que [nous sommes] dans une relation parce que cela ne fait que quelques jours, mais nous sommes tous les deux très engagés l’un envers l’autre. »

Le hic ? Le couple ne s’est jamais rencontré.

Logo de « MeetJew University ». (Facebook)

Alors que la distanciation sociale est devenue la norme pendant la pandémie, rencontrer un inconnu pour dîner ou prendre un verre semble déjà un souvenir lointain. Mais cela ne veut pas dire que les jeunes Juifs ne cherchent pas – et ne trouvent pas – l’amour. Alors que les Juifs orthodoxes qui utilisent des entremetteurs ont vu leur démarche passer au numérique pour la première fois, d’autres Juifs, qui pourraient être plus habitués aux rencontres en ligne, ont vu l’apparition de sites spécifiques pendant la pandémie – un site s’appelle même « CoronaCrush ».

Josephine Stockwell a rencontré son ami sur « MeetJew University Dating », un groupe Facebook qui s’est rapidement développé alors que les universités commençaient à renvoyer les étudiants chez eux en raison de l’épidémie. Le groupe compte maintenant plus de 30 000 membres.

Le fondateur du groupe, Aaron Raimi, avait peu d’expérience des sites de rencontre avant de fonder la page – même s’il a réussi une fois à caser une ex avec l’un de ses amis.

Mais le résident de San Diego, âgé de 23 ans, a été inspiré par un autre groupe Facebook destiné aux étudiants juifs pendant la quarantaine, « Zoom University Hillel », devenu très populaire. Dans ce groupe, qui est né afin de servir de pierre angulaire à l’expérience juive universitaire, des étudiants de tout le pays publient des mèmes, des blagues et discutent de tout, de la politique à l’identité juive et aux rencontres interconfessionnelles.

Hillel Zoom University. (Collage par Emily Burack/ Alma via JTA)

« Ce que je me suis dit, c’est qu’il devrait y avoir un groupe pour les rencontres », explique Aaron Raimi.

« MeetJew University » a connu une croissance rapide, et son fondateur a depuis ajouté deux versions pour les groupes plus âgés (l’originale s’adresse aux 18-26 ans), ainsi qu’un groupe pour ceux qui cherchent à se faire des amis. Ses groupes de rencontres comptent maintenant plus de 43 000 membres au total.

Il existe de nombreuses façons de rencontrer d’autres personnes par l’intermédiaire du groupe. Les gens peuvent publier des annonces ou remplir un sondage de 50 questions que Aaron Raimi a mis au point pour découvrir les autres membres. Les questions portent sur des sujets aussi variés que l’âge, l’orientation sexuelle, l’appartenance à un groupe juif, les habitudes casher et les goûts musicaux.

Jackie Abrams, une étudiante de 20 ans vivant à Troy, New York, a discuté avec 14 personnes du groupe avant de rencontrer un type « vraiment mignon » par le biais d’un chat Zoom animé par l’un des membres du groupe. Bien que l’objet de sa convoitise réside au Canada, à environ quatre heures de route de chez elle, les deux discutent quotidiennement et espèrent se retrouver après la quarantaine.

Capture d’écran de l’icône du groupe CoronaCrush. (Facebook)

« Outre le fait qu’il est mignon et qu’il est Juif, il aime aussi la marijuana, comme moi, ce qui est important mais pas une caractéristique déterminante. Il est intelligent, il est en prépa de droit », décrit-elle.

« MeetJew University » n’est pas le seul groupe Facebook pour les Juifs qui cherchent à rencontrer l’âme sœur pendant la pandémie. Il y a aussi « CoronaCrush », dont les membres sont plus religieux et basés en Israël. Le co-fondateur Ian Mark affirme que lui et plusieurs de ses amis ont décidé de lancer « CoronaCrush » après avoir vu le groupe d’Aaron Raimi.

« En voyant la façon dont ils le mettaient en place, on pensait que ce n’était pas seulement pour les Juifs, et pas pour des rencontres sérieuses », explique l’entrepreneur de 31 ans basé à Tel Aviv. « Il semblait que beaucoup d’étudiants affichaient des photos de bikinis et d’autres choses de ce genre, alors nous voulions que ce soit plus sain, plus familial et plus sérieux. »

Dans le sens des aiguilles d’une montre en partant du haut à gauche : les fondateurs de « CoronaCrush », Ian Mark, Ben Lang, Bracha Rappaport, Nicky Hakimi, Bracha Katsoff, et Josh Benjamin lors d’une rencontre Zoom. (Autorisation)

Le groupe compte aujourd’hui plus de 11 000 membres. Selon Ian Mark, les administrateurs font preuve de discernement quant aux personnes qui peuvent rejoindre le groupe – « les personnes qui ont des amis communs avec nous ont la préférence, celles qui ont beaucoup d’amis dans le groupe ont la préférence » – afin de favoriser un sentiment de communauté et de responsabilité.

« Lorsque les gens font partie d’un groupe où ils connaissent beaucoup de gens, ils se comportent beaucoup mieux et l’environnement reste positif et affectueux », d’après lui.

Les rencontres en ligne ne sont pas nouvelles, bien sûr. Il y a eu des hauts et des bas, mais l’activité générale sur l’application de rencontre juive JSwipe, qui existe depuis longtemps, est restée la même qu’avant la pandémie, rapporte son fondateur David Yarus, qui a ajouté que de nombreuses personnes font maintenant pour la première fois des rencontres par vidéo, car il n’est pas possible de se rencontrer en personne.

« Ce qui m’intéresse le plus, c’est de savoir comment le confort des choses comme la vidéo ou les premiers rendez-vous en vidéo va changer du fait que les gens font peut-être l’expérience de leur premier rendez-vous sur FaceTime », commente David Yarus.

David Yarus, le fondateur de JSwipe. (Facebook)

Amanda Doreson, 36 ans, a été mis en relation avec Dan, un autre résident de Washington, sur JSwipe il y a plus d’un mois. Ils se sont rencontrés après avoir découvert qu’ils aimaient tous deux le yoga, les voyages, les musées et qu’ils avaient des chiens Cavalier King Charles.

Ils ont maintenant eu plusieurs rendez-vous virtuels, notamment en visitant ensemble une exposition en ligne sur la mode au Smithsonian Museum et en regardant des films sur Netflix en même temps.

« Sur FaceTime, on sourit, on s’envoie des baisers, on se regarde et on se fixe et c’est vraiment amusant, mais on ne sait pas la suite », décrit Amanda Doreson. « Qui sait ce que ce sera en personne. »

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