De modestes noyaux d’olive au centre d’une exposition consacrée à une ancienne ville sur les traces du Roi David
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De modestes noyaux d’olive au centre d’une exposition consacrée à une ancienne ville sur les traces du Roi David

Des artefacts de Khirbet Qeiyafa, datant de 3 000 ans à l'aube du Royaume de Judée, sont exposés pour la première fois au Bible Lands Museum

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

Des noyaux d'olives carbonisées de Khirbet Qeiyafa exposés au Bible Lands Museum, en septembre 2016 (Crédit : Lands Oded Antman / Bible Museum)
Des noyaux d'olives carbonisées de Khirbet Qeiyafa exposés au Bible Lands Museum, en septembre 2016 (Crédit : Lands Oded Antman / Bible Museum)

Si les noyaux d’olive peuvent être l’objet d’une rapide pensée venant conclure une collation, ils sont l’un des éléments cruciaux découverts sur un site biblique situé à proximité de Jérusalem qui se trouve actuellement au centre d’une nouvelle exposition présentée dans la capitale, “Au Coeur de la Vallée de David et Goliath”, au Bible Lands Museum Jerusalem.

Plusieurs artefacts venant du site de Khirbet Qeiyafa, qui sont présentés pour la première fois au public, ont fait les gros titres et flatté les imaginations depuis leur découverte. Parmi eux, un modèle de sanctuaire en pierre calcaire avec des éléments qui rappellent l’époque du Premier Temple et une inscription cananéenne arborant un nom biblique.

Mais c’est une modeste poignée de noyaux d’olive carbonisés – dont la datation au carbone indique une date allant de 1020 à 980 avant Jésus-Christ – qui établit que l’existence de Khirbet Qeiyafa remonte à l’ère que l’on associe traditionnellement au Roi David. En cela, ces noyaux deviennent l’une des découvertes essentielles présentées dans le cadre du musée – même s’il est facile pour le visiteur de ne pas s’y attarder. Enfin, tous ces vestiges rares datant de cette époque trouble, à l’aurore du Royaume de Judée, deviennent le centre d’une exposition qui répond à la question : Quelle était la population de Khirbet Qeiyafa ?

« L’idée globale était de rassembler pour la première fois toutes ces magnifiques trouvailles », a expliqué Yehuda Kaplan, commissaire de l’exposition, au Times of Israel avant l’inauguration. Préparée pendant deux ans, l’exposition a pour objectif de « non seulement montrer ces objets, mais aussi de donner aux visiteurs le sentiment qu’ils se trouvent dans la ville ancienne de Qeiyafa.”

Les ruines datant de l’âge de fer de Khirbet Qeiyafa se trouvent perchées au sommet d’une colline qui surplombe la vallée d’Elah, site du combat mythique entre David et Goliath tel qu’il est décrit dans le Livre de Samuel. Cette toile de fond littéraire et dramatique permet d’aiguiser la curiosité des visiteurs qui dès lors en viennent à s’intéresser à des aspects d’archéologie plus prosaïques – poteries, architectures et autres os d’animaux abandonnés.

Le site de Khirbet Qeiyafa dans la vallée d'Elah. (Crédit : Skyview Société / avec l'autorisation de l'université hébraïque et Israel Antiquities Authority)
Le site de Khirbet Qeiyafa dans la vallée d’Elah. (Crédit : Skyview Société / avec l’autorisation de l’université hébraïque et Israel Antiquities Authority)

La ville, a expliqué Kaplan, se situait sur les contreforts de Judée, une terre frontalière séparant les Judéens dans les collines à l’est et les Philistins dans la plaine côtière à l’ouest. Les récipients et les outils découverts à Khirbet Qeiyafa ont été importés de toute la région – Egypte, Chypre, sud de la Syrie et pays des Philistins – ce qui apporte la preuve d’un rapport économique.

Les archéologues de l’Université Hébraïque Yosef Garfinkel et Saar Ganor, qui ont commencé les fouilles des ruines de la ville fortifiée en 2007, ont soutenu qu’il pourrait s’agir de la ville biblique de Shaara’im après la découverte inhabituelle de deux portes. L’absence d’os de porc, un sanctuaire central du culte, des images sculptées, la profusion d’objet en fer, et la découverte d’un écrit proto-israélite sur le site laissent à penser qu’il aurait été occupé par des Judéens avant sa destruction au début du 10e siècle, ont indiqué Garfinkel et Ganor.

L’absence d’icônes reliées au culte avec la miniature “donne la preuve que les habitants du lieu pratiquaient un culte différent de celui des Cananéens ou des Philistins, observant une interdiction des images sculptées », ont déclaré les chercheurs après la découverte des sanctuaires en 2012. Les murs solides de la ville de Qeiyafa, ont-ils dit, indiquent l’existence d’une administration centralisée à Jérusalem dont dépendaient les planifications et les organisations diverses.

De la poterie et des vestiges domestiques de Khirbet Qeiyafa, y compris des noyaux d'olives calcinés exposés au Bible Lands Museum. (Crédit :  Oded Antman / Bible Lands Museum)
De la poterie et des vestiges domestiques de Khirbet Qeiyafa, y compris des noyaux d’olives calcinés exposés au Bible Lands Museum. (Crédit : Oded Antman / Bible Lands Museum)

Tous les spécialistes ne sont pas toutefois d’accord. Les archéologues Israel Finkelstein et Alexander Fantalkin de l’Université de Tel Aviv ont écrit dans une dénonciation acerbe des conclusions de Garfinkel en 2012 que les fouilles menées sur le site de Khirbet Qeiyafa s’étaient révélées « précipitées » et « manquant de méticulosité », que certains ouvrages de restauration étaient allés « bien au-delà des données découvertes », et que leurs allégations selon lesquelles les habitants de la ville auraient été des Judéens n’avaient pas été suffisamment prouvées.

Les Qeiyafans auraient pu s’associer aux montagnards Judahite à l’est, les anciens Cananéens des plaines, ou aux populations cananéene ou philistine à l’ouest, ont affirmé Finkelstein et Fantalkin. « Les découvertes faites à Khirbet Qeiyafa n’offrent pas une réponse claire à cette question”, mais elles pointent vers les deux dernières options.

L’exposition du musée s’oriente toutefois vers l’interprétation soutenue par Garfinkel lors des découvertes, en établissant des parallèles clairs entre l’archéologie de Khirbet Qeiyafa et le texte biblique. A l’entrée du hall, froide et sombre, une maquette de la porte de la ville à quatre compartiments, et la galerie est conçue de manière à imiter le plan de la ville. Les citations bibliques éparses établissent les corrélations entre les textes et les artefacts.

Modèles de sanctuaire et des objets culturels de Khirbet Qeiyafa exposés au Bible Lands Museum. (Crédit : Oded Antman / Bible Lands Museum)
Modèles de sanctuaire et des objets culturels de Khirbet Qeiyafa exposés au Bible Lands Museum. (Crédit : Oded Antman / Bible Lands Museum)

L’exposition permet de découvrir trois modèles de sanctuaires découverts sur le site, l’un doté de piliers encadrant l’entrée semblables aux éléments du temple de Jérusalem, avec de petits lions gardant l’accès de la porte. Mais il s‘agit d’un modèle réalisé en pierre calcaire, trouvé en morceaux, portant des styles architecturaux mais ni statue, ni décorations : ce qui est une similarité qui revient souvent avec la description biblique du Temple de Salomon.

Alors que le modèle présenté ne dépeint probablement pas le Premier Temple lui-même, Garfinkel a déclaré que “cette découverte des plus étonnantes” possède des caractéristiques architecturales communes avec celles décrites dans le Livre des Rois – des poutres ornées de triglyphes et une porte encastrée – qui offrent une meilleure compréhension de comment le tombeau de Jérusalem peut avoir apparu.

Yosef Garfinkel avec un modèle de sanctuaire en pierre, trouvé à Khirbet Qeiyafa (Crédit : L'autorisation de l'université hébraïque de Jérusalem)
Yosef Garfinkel avec un modèle de sanctuaire en pierre, trouvé à Khirbet Qeiyafa (Crédit : L’autorisation de l’université hébraïque de Jérusalem)

Les inscriptions cananéennes, l’une portant un nom indiqué dans le récit biblique de David, attirent l’attention du visiteur sur le Royaume de Judée.

Une inscription datant du 10e siècle de Khirbet Qeiyafa avec le nom d'Ismaël (Crédit : Ilan Ben Zion / Times of Israël)
Une inscription datant du 10e siècle de Khirbet Qeiyafa avec le nom d’Ismaël (Crédit : Ilan Ben Zion / Times of Israël)

“Parce que nous sommes sur cette ligne frontalière [entre les pays des Philistins et des Judéens] il est très difficile parfois de déterminer à qui nous avons affaire”, a-t-il déclaré.

« Le problème est que nous sommes vraiment à un stade transitoire, alors peut-être que les définitions que nous utilisons aujourd’hui … [ne sont pas ] pertinentes à cette période initiale. Je ne sais pas si les Israélites ou les Judahites étaient vraiment définis à cette époque-là. »

En fin de compte, c’est aux visiteurs d’interpréter les vestiges présentés et de tirer leurs propres conclusions.

“Les gens n’ouvrent pas les rapports archéologiques – ils restent au sein de l’université”, a dit Kaplan. “Et là, nous avons la chance de donner à tous l’opportunité de voir Qeiyafa avec ses artefacts. »

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du musée.

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