Décès de la chanteuse franco-israélienne Rika Zaraï à l’âge de 82 ans
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Décès de la chanteuse franco-israélienne Rika Zaraï à l’âge de 82 ans

Chanteuse à succès dans les années 60 et 70, Rika Zaraï était ensuite devenue la grande prêtresse des soins par les plantes, vendant des millions de livres

La chanteuse israélienne Rika Zarai, à Paris, le 17 octobre 2019. (Crédit : Lionel BONAVENTURE / AFP)
La chanteuse israélienne Rika Zarai, à Paris, le 17 octobre 2019. (Crédit : Lionel BONAVENTURE / AFP)

La chanteuse franco-israélienne Rika Zarai, connue notamment pour son tube « Sans chemise, sans pantalon » dans les années 1970, est décédée à 82 ans, a annoncé mercredi l’ambassade d’Israël en France, dans un tweet.

« Elle a chanté Israël et Jérusalem avec passion et dévouement. C’est une des plus belles voix d’Israël en français qui s’est éteinte », indique le message.

« Triste nouvelle. Rika Zaraï a été une véritable ambassadrice de la chanson israélienne en Europe pendant de nombreuses années », a réagi l’ambassadeur d’Israël en Belgique, Emmanuel Nahshon.

« Chanter la joie, c’était sa grande force. Il faut garder de Rika Zaraï son côté toujours heureux, résiliante, elle faisait partie des gens qui incarnent la joie de vivre et qui nous manque aujourd’hui », a souligné à l’AFP Haim Korsia, le grand rabbin de France. « C’était une chanteuse qui faisait le pont entre les deux espérances, celle de France et d’Israël, cette fille israélienne a fait chanter toute la France sur des musiques de joie. Aujourd’hui une candidate de Miss France se fait huer uniquement en disant que son père est Israélien, c’est une collusion étrange de l’actualité », a-t-il relevé.

« Une femme généreuse nous a quittés, toutes mes pensées à sa famille et à ses proches », a réagi la maire de Paris, Anne Hidalgo, sur Twitter.

Chanteuse à succès dans les années 60 et 70, Rika Zaraï était ensuite devenue la grande prêtresse des soins par les plantes, vendant des millions de livres, mais suscitant de vives critiques dans le milieu médical.

Disque d’or 1969 avec « Casatchock », dansée par des millions de gens, interprète de succès comme « Exodus », « Hava Naguila », « Tournez manège » ou « Michael », cette femme de caractère aux cheveux coiffés en casque, se qualifiait « d’abeille laborieuse ». Elle avait cartonné en 1975 avec « Sans chemise, sans pantalon ».

Rika Gozman naît le 19 février 1938 (ou 1940 selon le Who’s Who) à Jérusalem dans une famille de pionniers juifs. Premier prix de piano au Conservatoire, elle conquiert ses galons de sergent-chef de Tsahal comme directrice du groupe de variétés de l’armée israélienne. Elle y rencontre le soldat Johann Zaraï qu’elle épouse. Ils auront une fille.

Elle s’amuse à traduire en hébreu et à chanter Trenet, Gréco, Aznavour et Brassens, s’embarque pour Paris où elle connaît quelques années de vache maigre. Tenace, elle décroche des tournées, anime des fêtes juives puis rencontre le producteur Eddie Barclay avec qui elle va longtemps travailler.

En 1969, un accident de voiture la laisse six semaines dans le coma, avec fractures du crâne et de vertèbres. Mais ce « cauchemar va se transformer en une réussite formidable » : elle est sauvée, dit-elle, grâce à la « médecine douce », dont elle va devenir une ardente prosélyte.

Elle se relance avec de nouvelles chansons (« Tante Agathe », « Moi le dimanche » ou « Les jolies cartes postales »), de nombreux passages à la télévision ou dans des salles comme l’Olympia. Fin 1976, elle tombe en dépression, s’en remet encore aux plantes pour reprendre une vie normale mais le succès populaire n’est plus au rendez-vous.

« Madame tisane »

Elle connaît un immense succès en librairies avec Ma médecine naturelle (1985, écrit avec l’auteur Dan Franck). Surnommée « Madame tisane », elle vend près de 3 millions d’exemplaires du livre, suivi d’autres, comme Mes secrets naturels ou Ces émotions qui guérissent.

« L’état pré-cancéreux et cancéreux appelle au secours ail et betterave rouge, la ménopause recule surtout quand le cassis s’impose, l’obésité se dégonfle à la vue du poireau », écrit-elle.

Elle affirme que le miel est « un excellent aliment pour prévenir et traiter le cancer » et qu’une personne atteinte du sida peut « redevenir séronégatif « à condition de suivre des soins naturels, principalement à base de buis et d’argile ».

C’est le tollé dans le milieu médical. Des journaux titrent : « Rika Zaraï danger public. » Les caricaturistes se déchaînent : « Rika Zaraï ? Grâce à ses plantes, je peux enfin l’écouter pendant des heures ! » Coluche et Pierre Desproges se régalent : ce dernier la qualifie de « ruminante callipyge illettrée de nos bibliothèques potagères ».

La chanteuse israélienne Rika Zarai à Paris en février 1974. (Crédit : AFP)

Avec son second mari, Jean-Pierre Magnier, elle crée un établissement, « Pronatura » (près d’Angers), destiné à fournir des plantes de premier choix.

Le conseil de l’Ordre des pharmaciens n’apprécie pas l’ouverture de l’usine et la commercialisation de ses plantes dans les supermarchés. En 1989, il traîne Rika Zaraï (et son mari) en justice pour exercice illégal de la pharmacie.

Ses problèmes font la une des médias. Elle reçoit en peu de temps 80 000 lettres de soutien du public. Après des années de procédure, elle est définitivement relaxée en 1994. Mais l’usine, en faillite, a fermé.

« Je ne suis pas une vieille midinette qui chante uniquement les fleurs, le ciel bleu. J’avais étudié la santé pendant dix ans avant d’écrire (mes livres), ce n’était pas une lubie. Manger cinq fruits et légumes par jour, je le disais déjà à l’époque », assurait-elle, toujours battante, en 2013 au Parisien.

Rika Zaraï fait son retour à la chanson en 2000 avec un nouveau disque. En 2008, elle est victime d’un AVC qui la laisse partiellement paralysée plusieurs mois.

Après une longue absence sur scène, elle avait chanté aux Folies-Bergères à Paris en février dernier.

En fauteuil roulant, elle avait interprété l’un de ses succès, « Prague », à l’occasion de la « Nuit de la Déprime », et avait reçu une standing-ovation du public.

La chanteuse israélienne Rika Zarai à Paris, le 16 février 2004. (Crédit : Jack GUEZ / AFP)
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