Découverte de coupes de cerveaux utilisées par les nazis avant et après la Guerre au Max Planck
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Découverte de coupes de cerveaux utilisées par les nazis avant et après la Guerre au Max Planck

L’Institut Max Planck essaie de déterminer si des juifs faisaient partie de ceux dont les organes ont été utilisés dans cette macabre affaire

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Julius Hallervorden , neuro-scientifique et membre du parti nazi, en 1935. Il a mené des recherches avec des cerveaux provenant des victimes du programme d'euthanasie involontaire des nazis jusque dans les années 1960.
Julius Hallervorden , neuro-scientifique et membre du parti nazi, en 1935. Il a mené des recherches avec des cerveaux provenant des victimes du programme d'euthanasie involontaire des nazis jusque dans les années 1960.

Des restes non incinérés de cerveaux prélevés à des victimes du régime nazi pendant la Deuxième Guerre mondiale ont été récemment découverts dans un institut de recherche allemand, où ils ont été utilisés pour des expériences jusque dans les années 1960.

L’Institut Max Planck a déclaré mercredi au Times of Israël qu’il ne savait pas encore si des morceaux de cerveau de juifs faisaient partie de ceux qui ont été découverts, et qu’il était en pleine enquête sur l’affaire.

L’affaire macabre, qui rappelle le travail monstrueux du médecin d’Auschwitz Josef Mengele, a été largement discutée mercredi dans les médias israéliens, quand la radio militaire (lien en hébreu) a annoncé que des juifs faisaient partie des hommes et des femmes dont les cerveaux ont été utilisés pour des études scientifiques pendant et longtemps après la Deuxième Guerre mondiale. Un porte-parole de l’Institut Max Planck a cependant déclaré que les identités des victimes étaient toujours inconnues.

Dans l’Allemagne nazie, les patients psychiatriques et les malades mentaux étaient systématiquement assassinés. Leurs cerveaux ont ensuite été envoyés dans un institut de recherche à Berlin. Le neuro-scientifique allemand Julius Hallervorden, nazi enthousiaste, a travaillé dans l’institut à partir de 1938, et a continué à travailler au sein de l’organisation qui lui a succédé, l’Institut Max Planck, jusqu’à sa mort en 1965.

Julius Hallervorden , neuro-scientifique et membre du parti nazi, en 1935. Il a mené des recherches avec des cerveaux provenant des victimes du programme d'euthanasie involontaire des nazis jusque dans les années 1960.
Julius Hallervorden , neuro-scientifique et membre du parti nazi, en 1935. Il a mené des recherches avec des cerveaux provenant des victimes du programme d’euthanasie involontaire des nazis jusque dans les années 1960.

Dans les années 1980, il avait été découvert que 700 préparations de cerveaux provenant soi-disant de « victimes d’euthanasie » appartenaient toujours aux collections de l’Institut Max Planck pour la recherche cérébrale à Francfort.

L’organisation avait décidé d’enterrer toutes les coupes cérébrales préparées entre 1939 et 1945, même si elle ne savait pas lesquelles venaient de victimes de meurtres et lesquelles de personnes mortes naturellement. En 1990, un mémorial pour les victimes avait été érigé dans un cimetière de Munich.

En avril 2015, une enquête externe sur le sujet avait montré que certaines coupes cérébrales n’avaient en fait pas été enterrées : environ 100 préparations microscopiques de 35 cas datant des années 1938 à 1967, qui avaient été en possession de la succession d’Hallervorden, ne sont arrivées à l’Institut qu’en 2001.

« A ce moment, la nature controversée du matériel n’a apparemment pas été reconnue », a déclaré l’Institut dans un communiqué de presse. « La vérification et la catégorisation des sections a effectivement eu lieu pendant le transfert, mais le besoin d’agir n’a pas été identifié. »

Les responsables de l’Institut Max Planck pour la recherche cérébrale ont reconnu l’erreur. « Cette nouvelle découverte nous perturbe profondément et souligne que, 70 ans après la fin du Troisième Reich, d’autres traces des atrocités passées restent à découvrir », avaient-ils déclaré dans un communiqué de presse à l’époque.

« Nous ne pouvons affirmer assez fortement la honte que nous avons ressentie quand nous avons été mis en face des actons des scientifiques du prédécesseur de notre Institut pendant le Troisième Reich. Nous nous engageons à exposer cette sombre histoire, et l’utiliserons pour renforcer les enseignements et la transmission des pré-requis éthiques des entreprises scientifiques. »

Le siège de la société Max Planck, à Munich, en 2007. (Crédit : Maximilian Dörrbecker — Travail personnel/CC BY-SA 2.5/WikiCommons)
Le siège de la société Max Planck, à Munich, en 2007. (Crédit : Maximilian Dörrbecker — Travail personnel/CC BY-SA 2.5/WikiCommons)

En mars dernier, le président de l’Institut Max Planck avait ordonné un « examen total » de toutes ses collections de spécimens humains.

L’Institut avait de plus promis d’établir les identités des victimes « sur la base des dossiers disponibles », selon un communiqué de presse. « Les spécimens humains découverts dans le cadre d’un examen total devraient, à chaque fois que cela sera possible, être enterré avec leurs noms. »

L’Institut a déclaré mercredi que le processus d’identification des victimes était en cours. « Ce projet prendra du temps parce qu’il est lié à des recherches détaillées sur les victimes », a déclaré au Times of Israël Christina Beck, chef de la communication de l’Institut.

« Après seulement, nous pourrons dire à quel point des patients juifs ont été victimes de meurtres par euthanasie des nazis. »

Jusqu’à présent, seulement trois des 35 personnes ont été identifiées comme des victimes du programme d’euthanasie involontaire des nazis, connu en allemand sous le nom d’Aktion T4, a déclaré Beck. Aucune information sur leurs identités n’est connue, a-t-elle ajouté.

Pour faciliter le processus d’examen complet, tous les Instituts Max Planck (il en existe plusieurs en Allemagne) qui possèdent des collections de spécimens humains ont reçu pour instruction de fournir un accès total à ces collections et à tous les documents pertinents, et à soutenir activement le travail de la commission.

Gerrit Hohendorf, historien de la médecine et spécialiste de psychiatrie et psychologie de Munich, a été chargé de super viser le processus d’examen.

« La société Max Planck a une responsabilité éthique particulière », avait déclaré en mars le président de l’Institut, Martin Stratmann. « Nous devons en conséquence être très responsables de la manière avec laquelle nous traitons tous les spécimens humains et interroger leur origine de manière critique. »

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