Démission à « Haaretz » pour plainte d’abus sexuels sur des femmes et des mineures
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Démission à « Haaretz » pour plainte d’abus sexuels sur des femmes et des mineures

Roy "Chicky" Arad, journaliste, poète et chanteur, aurait forcé des filles de 14 ans ; Arad dit ne pas se souvenir de ces faits mais s'excuse, et annonce prendre un congé illimité

Roy "Chicky" Arad, 2013. (Capture d'écran : YouTube)
Roy "Chicky" Arad, 2013. (Capture d'écran : YouTube)

Un journaliste du journal Haaretz a annoncé sa démission mercredi soir, avant la publication d’un rapport d’enquête l’accusant d’inconduite sexuelle sur des mineurs.

Roy « Chicky » Arad, 43 ans, qui est également poète, chanteur, artiste et militant politique, a publié sur Facebook un post préemptif à un article ce jeudi du site Ha-Makom, déclarant qu’il avait informé ses supérieurs qu’il quittait Haaretz avec effet immédiat. Il a également démissionné d’un magazine de poésie qu’il dirige, expliquant avoir trouvé un remplaçant.

Arad a déclaré qu’il ne se souvenait pas des faits décrits dans le rapport, soulignant que nombre d’entre eux avaient eu lieu lorsqu’il avait une vingtaine d’années, à l’époque où il représentait Israël au Concours Eurovision de la Chanson en 2000 dans le cadre du groupe Ping Pong. Mais il a ajouté qu’il avait honte de lui-même, s’est excusé auprès de « toute femme qui a eu le sentiment que je lui ai fait du mal » et a déclaré qu’il prenait un congé illimité pour « introspection ».

Dans le reportage publié jeudi matin sur Ha-Makom, six femmes accusent Arad de les avoir abusées ou exploitées sexuellement, dont trois étaient des lycéennes mineures à l’époque. Les incidents se seraient déroulés entre 1999 et 2015.

Selon le site web, une septième femme, qui était également mineure au moment des faits, a fourni un long témoignage – impliquant également l’histoire d’une autre mineure – mais a ensuite déclaré qu’elle ne pouvait pas se résoudre à le rendre public pour l’instant, même anonymement.

Une femme a affirmé que, lorsqu’elle avait 14 ans, Arad l’avait invitée chez lui. « La porte était ouverte, il était allongé en robe de chambre et tenait son pénis dans sa main. Sans rien dire, il m’a pris la tête et ce qu’il attendait de moi dans cette situation semblait clair », a-t-elle dit, ajoutant que c’était la première fois qu’elle voyait des organes génitaux masculins et qu’elle avait eu des relations sexuelles orales.

« J’étais très jeune. J’étais sûre que nous étions sur le point de tomber amoureux. Cela s’est produit plusieurs fois », a-t-elle déclaré.

Roy « Chicky » Arad à Tel Aviv, en 2009. (Gal d/Wikipedia CC-BY-SA-3.0)

Une autre femme a dit qu’en 2003, quand elle avait 16 ans, ils se sont rencontrés après lui avoir envoyé des poèmes, et il lui a suggéré de venir à son appartement.

« Il a mis un fond sonore qui ressemblait à du porno », a-t-elle dit, ajoutant qu’il avait essayé de la persuader de le rejoindre dans son lit. « À un moment donné, il est venu vers moi et m’a retournée, alors j’ai fait face au mur et il a commencé à me tripoter. Je ne me souviens pas combien de temps cela a duré, peut-être une minute ou deux. Je me suis figée… et puis je me suis libérée, je l’ai en quelque sorte poussé.

Elle a expliqué qu’elle s’était enfuie, et qu’il « a crié ‘Quoi, tu es vierge ?’ sur un ton très humiliant, du genre ‘Quel est ton problème ?' »

Deux femmes ont déclaré que, lors d’incidents distincts en 2012 et 2015, Arad les avait rencontrées dans un bar alors qu’elles étaient ivres, et a fini par avoir des relations sexuelles avec elles alors qu’elles n’étaient pas en état de consentir ou de s’y opposer.

« C’était carrément du viol », a déclaré l’une d’entre elles, qui avait 21 ans à l’époque alors qu’il en avait 38. « Je ne dis pas cela par vengeance ou par esprit de victimisation. Je pense juste que c’est une personne très dangereuse. Il a son magazine grâce auquel il peut atteindre toutes sortes de filles. Il approche de nombreuses femmes sous le couvert du féminisme et de la sensibilité. »

Selon le rapport, l’histoire a été révélée en raison d’un post sur Facebook concernant une agression sexuelle dans un groupe où les utilisateurs partagent leurs secrets. Deux femmes ont publié leurs histoires sur Arad, sans le nommer – mais ont reconnu qu’elles parlaient de la même personne.

Arad a répondu en disant que « depuis que les accusations portées contre moi ont été dévoilées, je suis un mort vivant. Parce que même si je ne me souviens pas des événements décrits, j’ai le cœur brisé d’entendre ces femmes, qui ont porté pendant deux décennies des sentiments aussi négatifs à mon égard ».

« Même s’il n’y avait pas de malice en moi, la cécité n’est parfois pas moins terrible. Je suis aujourd’hui plein de honte par rapport à l’homme que j’étais à l’époque », a-t-il déclaré.

« Empli de remords, je m’excuse auprès de toute femme qui a eu l’impression que je l’ai blessée. En tant que personne dont les actions ont eu pour but de rendre le monde meilleur, qui s’est considérée comme promouvant et soutenant les femmes, je me sens comme un raté. »

« Publiquement, mais aussi personnellement, je ne peux pas continuer comme si de rien n’était quand un nuage aussi lourd est au-dessus de ma tête, me rongeant l’âme », a-t-il déclaré. « J’arrête complètement toute mon activité pour un temps illimité, et procéder à de l’auto-bannissement et de l’introspection. »

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