Démocrates US: Non aux « actions unilatérales » et oui aux droits des Palestiniens
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Démocrates US: Non aux « actions unilatérales » et oui aux droits des Palestiniens

Les progressistes affirment que le document politique doit reconnaître l'occupation, mais qu'il s'agit d'un progrès par rapport à 2016

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Joe Biden, candidat démocrate présumé à la présidentielle, s'exprime lors d'un événement de campagne, le 14 juillet 2020, à Wilmington, Delaware. (AP/Patrick Semansky)
Joe Biden, candidat démocrate présumé à la présidentielle, s'exprime lors d'un événement de campagne, le 14 juillet 2020, à Wilmington, Delaware. (AP/Patrick Semansky)

WASHINGTON – Le Parti démocrate a rendu public mercredi son projet de programme pour 2020, qui innove par rapport à 2016 en incluant un langage qui s’oppose à l’annexion et soutient les droits des Palestiniens, mais qui déçoit aussi les progressistes en ne mentionnant pas l’occupation.

Le document politique, qui sert de plan directeur pour les priorités du parti au cours des quatre prochaines années, vise la proposition du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’annexer des parties de la Cisjordanie. Le document final sera publié le mois prochain.

« Les démocrates s’opposent à toute mesure unilatérale prise par l’une ou l’autre partie – y compris l’annexion – qui compromettrait les chances d’une solution à deux États », indique le texte.

Netanyahu a promis d’annexer toutes les implantations et la vallée du Jourdain – les zones allouées à Israël dans le cadre du plan de paix du président américain Donald Trump pour le Moyen-Orient, qui envisage sous conditions un État palestinien dans le territoire restant avec des échanges de terres.

Le programme du Parti démocrate a également appelé à un retour à l’accord nucléaire iranien et à une issue du conflit israélo-palestinien avec une solution à deux États.

« Les démocrates reconnaissent la valeur de chaque Israélien et de chaque Palestinien. C’est pourquoi nous nous efforcerons de contribuer à mettre fin à un conflit qui a causé tant de souffrance à tant de personnes », est-il indiqué. « Nous soutenons une solution négociée à deux États qui assure l’avenir d’Israël en tant qu’État juif et démocratique avec des frontières reconnues et qui respecte le droit des Palestiniens à vivre en liberté et en sécurité dans un État viable qui leur est propre ».

La formulation finale du programme continuera à faire l’objet de litiges dans les semaines précédant la convention des démocrates d’août, lorsque le programme officiel sera dévoilé au public. Le Times of Israel a consulté une copie du projet la semaine dernière.

De nombreux militants progressistes ont noté que la mention des droits des Palestiniens rendait le programme plus progressiste que l’esquisse de 2016, qui disait que les « Palestiniens devraient être libres de se gouverner eux-mêmes dans leur propre État viable, dans la paix et la dignité ».

De plus, le programme 2020 s’oppose explicitement à l’expansion des implantations ; en 2016, il ne mentionnait pas la question des implantations.

Cependant, les termes employés ne sont pas allés assez loin pour certains des membres les plus libéraux de la base démocrate, qui souhaitaient une reconnaissance de la présence militaire israélienne en Cisjordanie.

Le groupe de pression de gauche J Street a qualifié le document de « progrès » mais a déclaré qu’il ne pouvait pas omettre « l’occupation ».

« Ce projet de texte est un progrès… mais le programme des Démocrates *doit* inclure la mention de l’occupation », a tweeté l’organisation. Elle a également inclus un lien permettant à ses membres de signer une pétition demandant au comité de rédaction de modifier ce paragraphe.

D’autres membres du Parti démocrate ont fait l’éloge de ce document, affirmant qu’il constituait un compromis entre les branches les plus progressistes et les plus traditionnelles du parti.

Ilan Goldenberg, directeur de la sécurité au Moyen-Orient au Center for New American Security, a tweeté qu’il aurait été agréable de voir le mot « occupation » mentionné, mais en fin de compte, tant l’establishment que les voix progressistes ont obtenu un certain nombre de concessions. « Et le document est bien meilleur que celui de 2016 ».

Goldenberg, qui a travaillé sur le dossier israélo-palestinien au sein de l’administration Obama, a déclaré que les critiques de l’expansionnisme israélien et le soutien des droits des Palestiniens étaient une victoire pour les progressistes, tandis que l’engagement en faveur de la sécurité d’Israël et l’opposition à la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël étaient une victoire pour les centristes.

Ilan Goldenberg du Center for New American Security. (Capture d’écran sur YouTube)

« Les démocrates estiment qu’un Israël fort, sûr et démocratique est vital pour les intérêts des États-Unis », affirme le programme. « Notre engagement envers la sécurité d’Israël, son avantage militaire qualitatif, son droit à se défendre et le protocole d’accord de 2016 est à toute épreuve ».

En fin de compte, a fait valoir M. Goldenberg, le débat sur la mention de l’occupation ne relève pas d’un différend politique.

« La réalité est que l’argument de l’‘occupation’ est devenu plus une indication de qui contrôle le parti qu’une bonne politique”, a-t-il déclaré. « Et sur cette question, les modérés ont gagné l’argument et ont obtenu ce qu’ils voulaient ».

Hady Amr, ancien envoyé spécial adjoint pour les négociations israélo-palestiniennes au sein de l’administration Obama, a également reconnu que le nouveau programme allait plus loin que celui de 2016, mais qu’il n’allait toujours pas aussi loin que certains le souhaiteraient.

« Le programme du Parti démocrate pour 2020, tel qu’il se présente actuellement, représente un progrès par rapport à 2016, mais les progressistes doivent continuer à plaider pour que tous les gens – y compris tous les résidents de Terre Sainte – vivent avec des mesures égales de liberté, de sécurité, de prospérité et de dignité », a-t-il tweeté.

Le programme a également déclaré que les démocrates chercheront à reconstruire la relation de l’Amérique avec l’Autorité palestinienne, qui s’est détériorée au cours des trois dernières années.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le président américain Donald Trump à l’hôtel Palace lors de la 72e Assemblée générale des Nations Unies le 20 septembre 2017, à New York. (AFP/Brendan Smialowski)

« Les démocrates rétabliront les liens diplomatiques américano-palestiniens et l’aide essentielle au peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza, conformément à la loi américaine », peut-on y lire.

Le président de l’AP Mahmoud Abbas a coupé tous les liens avec la Maison Blanche de Trump après la reconnaissance par le président de Jérusalem comme capitale d’Israël et le déplacement de l’ambassade de Tel Aviv vers cette ville.

En réponse, Trump a coupé l’aide aux hôpitaux de l’AP et de Jérusalem-Est, et a fermé le bureau de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington.

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